En début de semaine, l’association Les Petits Invincibles a organisé de nouveau un rassemblement devant le palais de justice. Une centaine de personnes se sont jointes pour dénoncer les défaillances du système judiciaire face à la protection des enfants victimes de violences. Une mobilisation forte en émotions accompagnée de témoignages bouleversants.
Un rassemblement apolitique pour la protection des enfants
Anne-Cécile Collet, président de l’association Les Petits Invincibles, a ouvert le rassemblement sur une prise de parole au nom du collectif. Elle a rappelé les chiffres choquants des 160 000 enfants agressés sexuellement chaque année en France, avec une grande majorité de plaintes classées sans suite.
Le rassemblement se voulait, selon ses mots, apolitique et pacifiste, rassemblant toutes les sensibilités autour d’un seul objectif commun.
La parole donnée aux victimes
Plusieurs prises de parole se sont succédées tout au long de la soirée. Deux mères de l’école maternelle de Saint Laurent du Var, où un enseignant fait l’objet de plusieurs plaintes pour viol et agression sexuelle, sont venues raconter leur combat judiciaire après le classement sans suite de leur première plainte.
Déterminées, elles ont lancé : “aujourd’hui nous disons c’est fini”. Elles ont annoncé vouloir mobiliser plusieurs leviers juridiques, dont une saisine du Conseil supérieur de la magistrature, ainsi qu’une cagnotte solidaire pour financer les frais de justice à leur charge.
Une jeune femme a également témoigné de son agression survenue à l’âge de six ans. Elle a confié avoir compris, ce jour-là, “qu’on peut survivre à une agression” et malgré tout se heurter à la violence d’un système censé protéger. Elle a expliqué écrire aujourd’hui un livre pour continuer à porter sa voix.
D’autres mères sont venues raconter leurs parcours respectifs : éloignement de leur enfant, suspicion de la justice à leur égard, ou encore difficultés à faire entendre la parole de leur fille après des violences commises par un proche mineur. L’une d’elles a expliqué avoir longtemps gardé le silence avant de décider que “la honte doit changer de camp”.
La mobilisation a ensuite pris une tournure plus émouvante et musicale avec l’arrivée d’une jeune fille, Romy. À la demande des organisatrices, elle est montée sur scène pour interpréter “Je t’accuse” dans un moment de grande émotion partagé avec le public engagé.
Ça peut être l’enfant de tous
Anne-Cécile Collet est revenue sur les objectifs de cette nouvelle mobilisation, trois semaines après un précédent rassemblement en hommage à Lyhanna. Elle répond sans détour : “la volonté c’était de remettre au centre de cet iceberg terrible, la parole des victimes”. Elle ajoute que derrière les chiffres avancés par l’association, “il y a des victimes”, et que le but était que le public puisse mettre “un visage sur des victimes et sur les incohérences de la justice”.
Le but, c’est “une prise de conscience collective”, affirme-t-elle, avant de préciser que plus personne ne pourra dire “on ne savait pas”. Une situation qui, insiste-t-elle, concerne tout le monde car “ça peut être l’enfant de tous.”
Une soirée où l’émotion était particulièrement palpable. Anne-Cécile Collet s’en dit satisfaite, surtout que des participants sont restés sur la place une fois les discours terminés, un moment qu’elle juge essentiel : “il y en a qui vont se confier à vous, il y en a qui vont libérer leur parole. »
Les Petits Invincibles poursuivent leur action sur le terrain, avec notamment un cercle de parole mensuel destiné aux victimes et aux proches de victimes de violences sexuelles sur mineurs.
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