Alors que la rentrée universitaire vient de démarrer, le logement demeure l’un des principaux points de tension à Nice. Aujourd’hui, plus d’un jeune sur deux serait en situation de mal-logement. Entre témoignages et données chiffrées de la Fédération des Associations et Corporations Étudiantes du 06, la question se pose : Nice est-elle devenue une ville hors de prix pour ses étudiants ?
Les septembres se suivent mais le constat se dégrade d’une année à l’autre sur la Côte d’Azur. Selon l’Indicateur du Coût de la Rentrée 2026, réalisé par la FACE06, un étudiant européen non boursier, vivant seul et sans aide, doit dépenser 4 018,99 euros pour boucler sa rentrée. Un chiffre en hausse de 3,02% par rapport à 2025. Pour un étudiant international, la facture grimpe même à 7 704,05 euros.
À cela s’ajoute un budget mensuel incompressible estimé à 1 207,12 euros. Il englobe évidemment le loyer, l’alimentation et les transports, mais aussi les forfaits et abonnements multimédias, les loisirs, les produits d’entretien et les frais menstruels.
Se loger, un budget à part entière
Le logement reste le premier facteur de pression sur le budget des étudiants azuréens. Un T1 de 25 m² atteint désormais 700 euros par mois en moyenne, soit une hausse de 15,89 % en un an. Nice est la deuxième ville étudiante la plus chère de France pour se loger, juste derrière la région parisienne, selon le classement de l’UNEF.
Et puisque les difficultés n’arrivent jamais seules, rajoutez 325 euros de frais d’agence et un dépôt de garantie, qui équivaut généralement à un mois de loyer supplémentaire.
D’après la FACE06, première organisation de jeunesse des Alpes-Maritimes, « plus d’un étudiant sur deux est toujours en situation de mal-logement. » Outre le prix, « ce mal-logement se caractérise aussi par les difficultés d’accès, l’état de salubrité, la superficie ainsi que les enjeux liés à la sécurité », précise la fédération.
« La vie est bien plus chère à Nice »
Pour Léa, 19 ans, en prépa D1, la recherche de logement a été rapide, mais loin d’être simple pour autant. « J’ai été acceptée hyper vite dans ma prépa, donc dès que j’ai su, j’ai directement commencé à chercher. Au bout de trois semaines, j’avais déjà trouvé et déposé mon dossier », raconte-t-elle.
Ancienne étudiante angevine, elle mesure directement l’écart du coût de la vie entre les deux villes : « La plus grosse différence, c’est vraiment les prix. Même au niveau du logement, c’était plus simple d’en trouver à Angers. Mais oui, la vie est bien plus chère à Nice, notamment pour faire les courses ou sortir en ville. » Un choc financier qu’elle n’a toutefois pas à affronter seule, ses parents l’aidant à payer son loyer.
Même constat de rapidité pour Laura, 18 ans, qui prépare une LAS Droit : « J’ai mis environ une semaine, car je m’y suis prise à l’avance, dès février. » Elle avait même anticipé le niveau des prix pour ses recherches : « Mon loyer correspond au budget que j’avais prévu, je savais que les loyers n’étaient pas donnés. » Comme Léa, elle ne finance pas directement son logement, une aide qui lui permet d’éviter certains sacrifices.
Mais alors, d’où vient cette envolée des prix ?
Interrogée sur les raisons de cette flambée des prix, la FACE06 pointe une conjonction de facteurs structurels : « Le manque de logements disponibles crée une forte tension sur le parc locatif privé, avec une demande largement supérieure à l’offre. À cela s’ajoute un nombre insuffisant de logements en résidences universitaires du Crous, qui ne permet pas de répondre à l’ensemble des besoins des étudiants. »
Les résidences privées, souvent présentées comme une alternative, voient aussi « leurs loyers en constante augmentation », explique l’organisation étudiante.
Des inégalités qui s’accentuent
Si certains sont soutenus financièrement par leurs familles, la réalité est bien plus rude pour d’autres profils, en particulier les étudiants internationaux. En 2026, leurs droits d’inscription atteignent 2 902 euros en licence et 3 950 euros en master, contre 178 et 254 euros pour les nationaux. Depuis le 1er juillet 2026, les extra-européens non boursiers sont par ailleurs exclus des aides personnelles au logement. Une mesure dénoncée par la FACE06, qui réclame son retrait ainsi que l’accès aux bourses sur critères sociaux dès l’arrivée en France.
Le coût du titre de séjour a lui aussi doublé en un an, passant de 75 à 150 euros. Interrogée sur les profils les plus fragiles, la fédération est catégorique : « Les étudiants internationaux sont particulièrement exposés aux difficultés, avec des démarches administratives plus complexes et des mesures qui fragilisent davantage leur situation. »
Un témoignage illustre parfaitement cette accumulation de frais : « N’ayant pas encore de numéro de sécurité sociale, le système d’inscription du “Pass Zou ! Études” a refusé de m’accorder le tarif réduit solidaire à 45 euros, témoigne une étudiante avant de poursuivre : J’ai été obligé de choisir le tarif plein à 90 euros. » Un étudiant en alternance décrit à son tour un équilibre budgétaire délicat : « Je paye un appartement à 750 euros le mois plus 60 euros d’électricité, avec un abonnement de train à 90 euros l’année. Toutes ces dépenses avec un salaire d’alternant à environ 800 euros. »
Le repas à un euro, « une avancée majeure »
Certaines mesures apportent malgré tout un peu de répit. Depuis le 4 mai 2026, la généralisation du repas à un euro dans les restaurants universitaires ramène le budget mensuel à 20 euros, contre 66 euros auparavant.
Une avancée saluée par la FACE06, qui pointe toutefois la question des « zones blanches ». Certains étudiants éloignés des campus n’ont tout simplement pas accès à cette offre solidaire.
Des dispositifs solidaires pour amortir le choc
Face à cette précarité croissante, la Fédération des Associations et Corporations Étudiantes du 06 multiplie les initiatives concrètes. L’épicerie solidaire AGORAé, ouverte depuis 15 ans à Nice, permet aux étudiants en difficulté financière d’accéder à des produits essentiels à environ 15 % de leur prix habituel. Le Restaurant Solidaire propose de son côté des repas gratuits, les mardis et jeudis soirs.
Le Plan APPARTÉ offre quant à lui des logements à vocation sociale de 16 à 45 m², à un tarif solidaire d’environ 7 euros le m². « Pour y bénéficier, l’étudiant doit être inscrit dans un établissement d’enseignement supérieur et ne pas être en alternance. La valorisation du parcours constitue un atout supplémentaire : mention ou réussite académique, pratique sportive de haut niveau, parcours artistique, engagement particulier… », détaille la FACE06.
Enfin, le Guide des Aides Sociales de l’Étudiant Azuréen (GASEA) recense l’ensemble des aides existantes, afin de permettre à chaque étudiant d’identifier facilement celles auxquelles il peut prétendre tout au long de son parcours.
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