La minéralisation du centre met Nice sous tension thermique

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L’hypercentre de Nice, très minéralisé, reste exposé aux fortes chaleurs malgré une canopée essentielle pour rafraîchir l’air. La métropole dépasse pourtant la règle des 3‑30‑300 grâce à une couverture arborée étendue, même si le stress hydrique fragilise ces arbres.

La couverture arborée des Alpes-Maritimes dépasse l’objectif de 30 % de la règle des 3-30-300. La végétalisation méditerranéenne lui permet d’avoir 44,2 % de canopée en moyenne départementale. Cette règle, formulée par le chercheur Cecil Konijnendijk, a pour objectif, à travers ces 30 %, d’agir sur le microclimat et la santé des habitants.

Nice parvient à servir de modèle, puisque la ville de 340 000 habitants valide ces trois règles d’urbanisme vert. 94,8 % des logements ont au moins trois arbres visibles depuis chez eux, 38,2 % des quartiers de la ville bénéficient des 30 % de canopée (la surface végétale formée par les arbres, N.D.L.R.) et 77 % des logements ont un espace vert d’au moins 0,5 hectare à 300 mètres à proximité.

Une canopée faible dans l’hypercentre

Seulement 59 quartiers (IRIS) de Nice sur les 146 atteignent réellement le seuil protecteur de canopée. Le secteur du Vinaigrer possède 63 % de couverture verte, tandis que les quartiers de l’hypercentre et du port restent très minéraux et blancs. Même si ceux du Mont-Boron et de Cimiez descendent jusqu’au front de mer.

Cette minéralisation est d’autant plus inquiétante, le centre-ville subit un îlot de chaleur urbaine plus fort par rapport à son arrière-pays, selon les données publiées par le Cerema. Phénomène évidemment amplifié par ses 2 800 heures de soleil par an, une saison chaude de six mois et un rayonnement direct du soleil très puissant.

L’arbre est le meilleur allié pour rafraîchir l’air. L’arborescence permet de gagner jusqu’à 1,5 °C grâce à une canopée de 30 %. La vague de chaleur et les sécheresses annoncées ne sont pas de bon augure pour ces derniers. Les arbres ne peuvent pas réaliser pleinement leur évapotranspiration. Ils stoppent leur croissance et interrompent ce processus thermique, ce qui fait chuter les feuilles prématurément.

Ce mécanisme d’autodéfense naturelle prive temporairement la ville d’une climatisation naturelle, alors même que la chaleur assèche les fibres de l’arbre. Pierre-Louis Guhur, coprésident d’Argile, alerte : « Tous les arbres sont inflammables. Seulement, en stress hydrique, ils deviennent encore plus inflammables que d’ordinaire. »

Les contraintes pratiques

Le spécialiste en rénovation énergétique rappelle qu’un arbre n’a pas besoin d’aide extérieure particulière pour sa régénération. Les problèmes sont les contraintes physiques des centres-villes et leur asphalte, puisque le volume de la canopée est équivalent, dans le sol, à celui de ses racines.

Pierre-Louis Guhur rappelle que les racines des arbres jeunes sont encore courtes et peuvent résister avec un arrosage régulier, nécessaire malgré les restrictions d’eau. Ce dernier précise néanmoins que « plus il est petit, moins il a de mécanismes de défense. Ses racines sont plus petites et ne peuvent pas aller chercher autant d’humidité dans le sol. »

Outre la fraîcheur proposée par le sol directement, des alternatives sur les toitures sont souvent proposées. Pourtant, comme le souligne le rénovateur énergétique, « un toit devrait disposer de quatre à cinq mètres de profondeur, ce qui condamnerait les deux derniers étages. » Des alternatives pour rafraîchir les appartements sont toutefois possibles. Pierre-Louis Guhur propose des murs végétalisés, ce qui permettrait de garder la fraîcheur dans les habitats.

Cette répartition de la végétation n’est pas que pratique. Les quartiers les plus minéralisés sont naturellement plus exposés aux fortes températures. Les habitats de ces quartiers sont souvent mal isolés du fait de leur ancienneté. De même, les personnes les plus vulnérables sont plus sensibles aux fortes chaleurs. La verdure des villes ne relève donc pas seulement de l’esthétique. La canopée, et plus largement la végétalisation, participent à la protection de la santé publique.

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