Automobile : 100 ans après, un fragment du patrimoine automobile autrichien termine enfin le Monte-Carlo

En 1926, la neige brisait le rêve de la première équipe autrichienne engagée au rallye de Monte-Carlo. Un siècle plus tard, la seule et unique rescapée de la marque AVIS a enfin franchi la ligne d’arrivée en Principauté.

Lorsque la silhouette de l’AVIS type 3 a fait son entrée dans les rues de la Principauté, l’émotion a submergé l’équipage. Au terme d’un parcours de onze jours entamé le 25 août, ponctué par plusieurs haltes dans chaque pays, les larmes se sont mélangées au soulagement. « C’était trop émotionnel. Nous avons pleuré en arrivant. Nous avons immédiatement pensé aux pionniers qui n’ont jamais pu voir cet accomplissement de leur vivant », confie avec émotion le Dr Robert Krickl, chercheur, géologue et historien autrichien à l’origine de ce projet fou. À ses côtés pour cette aventure hors du temps, ses parents et son épouse. Ensemble, ils viennent de sceller le chapitre d’une histoire entamée il y a exactement cent ans en roulant fièrement sur le circuit du GP de Monaco.

Rien ne destinait cette automobile à revoir la lumière du jour. Retrouvée dans l’obscurité d’une grange suisse sous la forme d’un « squelette rouillé au bois pourri », la voiture semblait condamnée. Il aura fallu attendre 2019 et le travail d’orfèvre mené par Robert Krickl et une équipe d’experts pour que cette voiture retrouve sa grâce.

Retour un siècle en arrière

Le défi était immense. Impossible de commander des pièces de rechange dans le commerce pour une marque disparue depuis près d’un siècle. Grâce à une rigoureuse démarche scientifique et historique, le véhicule a été reconstruit à 80-90 % avec ses éléments d’origine centenaires. Sous le capot, son petit moteur bicylindre de 20 chevaux affiche une vitesse de pointe de 60 km/h.

Pour comprendre l’ampleur de cet exploit, il faut remonter à janvier 1926. À cette époque, l’usine AVIS s’élance dans un pari fou, envoyer la toute première équipe usine de la jeune République d’Autriche affronter les géants du volant lors du Rallye Monte-Carlo. Partie de Vienne sous les acclamations, la voiture n°44 impressionne par sa régularité. Mais à la frontière italienne, la route du bonheur se referme. Une tempête de neige accumulait des mètres de poudreuse sur le bitume entraînant le retrait inévitable de la voiture. À Monaco, la déception était immense, la marque promettait de revenir, mais n’en aura plus jamais l’occasion.

La compagnie tirait son nom du mot latin Avis, qui veut dire l’oiseau, en hommage à son activité d’origine dans la construction d’avions. Relocalisée à Brunn am Gebirge, près de Vienne, elle produira ces populaires voitures légères jusqu’à ce que la Grande Dépression des années 1930 ne réduise l’usine au silence. « Je cherche des indices à travers le monde depuis plus de dix ans. Jamais nous n’aurions cru possible qu’un seul de ces véhicules ait pu traverser le siècle et survivre », rappelle le Dr Krickl.

Devoir de mémoire et de transmission

Le voyage de 2026 n’a pourtant rien eu d’une promenade de santé. Enregistrée à la FIVA et arborant fièrement le n°44 d’époque, la centenaire a dû affronter le terrible col du Semmering, le sommet le plus escarpé du tracé autrichien. Le troisième jour, le drame a failli se rejouer après l’apparition d’un défaut technique. « Sans l’aide et le dévouement de collègues passionnés qui ont travaillé d’arrache-pied toute la nuit pour résoudre le problème, nous n’aurions pas pu continuer », raconte l’historien.

Au-delà de la prouesse technique, l’équipage a transformé ce parcours en un véritable pont culturel et pacifiste à travers l’Europe. L’équipe s’est arrêtée quasiment chaque jour le long de son périple pour échanger et transmettre le bel héritage que laisse cette AVIS.

En hommage à la marque, des origamis représentant des colombes et des hirondelles ont été distribués aux riverains. À l’arrivée, un oiseau en papier a été remis aux autorités monégasques sous l’égide du Consulat d’Autriche en signe de paix et de prospérité.

Mais l’aventure ne s’arrête pas au Rocher. Pour Robert Krickl, cette automobile unique n’a pas sa place sous une bâche au fond d’une collection privée, « elle appartient au patrimoine public. »  La centenaire va prendre une retraite méritée au Musée de Basse-Autriche. 

En parallèle, l’historien va poursuivre son travail de médiation dans les écoles et lors d’expositions pour raconter aux jeunes générations l’histoire de ces pionniers oubliés de l’industrie européenne.

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