Un hommage aux victimes de racisme a été rendu à Nice, ce vendredi, à la suite de l’attentat raciste et islamophobe survenu à Trappes et à la Verrière. Au pied de l’olivier de la paix du Lycée Masséna, une centaine de personnes s’est réunie, à l’appel de plusieurs organisations, associations, syndicats et collectifs de gauche. Cet événement met en lumière les rouages de la mécanique de la haine.
À Nice, l’heure est à la mémoire de Pengo Bosso Wangi, tué lors de l’attentat raciste et islamophobe à Trappes. C’est aussi un moment de solidarité pour les survivants de ce drame. À l’appel de trente-sept associations, collectifs, syndicats et partis politiques, les Niçoises et les Niçois se sont réunis devant l’olivier de la paix. Une gerbe a été déposée à son pied et une minute de silence s’en est suivie. Des élus locaux étaient présents, tels que Julien Picot, Juliette Chesnel-Le-Roux et Patrick Allemand, tous conseillers municipaux et membres de l’Opposition.
Le 23 octobre, Kevin T. a mené un périple meurtrier en voiture et à l’arme à feu, causant la mort d’un jeune homme de 26 ans, Pengo Bosso Wangi, et sept blessés. L’assaillant a reconnu avoir délibérément ciblé ses victimes pour leur origine et leur religion. Le 29 octobre, le Parquet national antiterroriste a ouvert une information judiciaire et a mis en examen le suspect pour « d’assassinats et tentatives d’assassinat en relation avec une entreprise terroriste, en raison de l’appartenance vraie ou supposée à une prétendue race, ethnie, nation ou religion« . Des autocollants à l’effigie du Rassemblement National, dessinés et commandés par le tireur présumé, ont notamment été retrouvés à son domicile. Par ailleurs, Olivier Christen, le procureur national antiterroriste, a précisé qu’il ne s’agissait pas du matériel officiel d’un parti politique.
Pour autant, cet attentat terroriste raciste et islamophobe alerte quant au retentissement des propos haineux, xénophobes et stigmatisants tenus sur les plateaux de télévision, sur les réseaux sociaux ou à l’occasion de discours.
Amnesty International 06 : « Non, ce n’est pas la première fois … »
« Ce n’est pas un fait isolé. Un crime raciste n’est pas un fait divers, c’est une attaque contre notre humanité commune« , a exprimé David Nakache. Au fil des discours, les noms de certaines victimes ont été évoqués. Parmi eux, celui de Djellali Ben Ali, adolescent algérien assassiné par le gardien de son immeuble en 1971 ou encore Aboubakar Cissé, jeune malien assassiné alors qu’il priait à la mosquée en 2025. « Malheureusement, la liste est longue« , a déploré David Nakache. À l’énonciation de ces noms, une vive émotion a gagné l’assemblée.
Pourtant, le 23 octobre dernier, Emmanuel Macron a affirmé qu’il s’agissait de « la première fois » qu’un acte terroriste ait été « planifié pour tuer nos compatriotes, nos enfants, en raison de leur couleur de peau ou de leur religion« . Les propos tenus par le Président de la République lors de son déplacement à Trappes, quelques heures après la fusillade, ont enclenché une vive polémique. Plusieurs personnalités, dont Éric Ciotti, ont réagi avec indignation. Le maire de la ville de Nice a qualifié l’attaque « d’abjecte » et « d’abomination » sur son compte X.
Christine, une représentante d’Amnesty International a déclaré que « ces actes ne se produisent pas par hasard, ils prolifèrent dans un climat de discours de haine de plus en plus décomplexé.«
Lutter contre un discours haineux
Pour la plupart des personnes présentes, les actes effroyables commis par l’assaillant sont les retombées d’un discours stigmatisant proféré par les politiques. Le rôle des médias dans la popularisation de ces discours a également été souligné. David Nakache considère que « le matraquage politique et médiatique, accusant les étrangers de tous les maux, liant systématiquement la délinquance à l’immigration, banalisant et généralisant le racisme a laissé des traces« . En l’occurrence, la ville de Trappes subit une forte stigmatisation. D’ailleurs, les propos tenus par Jordan Bardella en 2021 ont été rappelés par les intervenants. Celui-ci avait qualifié Trappes de « République Islamique« .
Les intervenants, notamment La France Insoumises (LFI 06), tiennent pour responsables les mouvements d’extrême droite et la « lâcheté » du gouvernement macroniste. « L’arme du tireur est aussi sa tête abreuvée de discours de haine trouvés sur des tracts, des plateaux télés et des réseaux sociaux complices« , a soutenu Laura, une représentante de LFI 06. L’emploi des qualifications de « barbares« , « racailles » ou de « sauvages » par des personnalités politiques a une incidence considérable sur les « consciences fragiles« . « Un acte est commis par un individu, mais sa cause n’est pas purement individuelle. Elle résonne à l’échelle de toute la société. Elle interroge sur ce que nous laissons dire et ce que nous laissons faire« , a affirmé un représentant de la Jeunesse Communiste des Alpes-Maritimes.
Bernard Lucchetti a pris la parole au nom de la Fédération du Parti communiste français des Alpes-Maritimes. Il a évoqué le passé de la ville de Nice avec pour maire Jacques Peyrat, un proche du Front National, puis il a qualifié Éric Ciotti comme « otage du Rassemblement National« (RN). « Les Alpes-Maritimes sont trop souvent le laboratoire des idéologies fascistes« , a-t-il déploré.
Le 23 octobre dernier, Éric Ciotti avait dénoncé une manipulation visant à diffamer le parti de Jordan Bardella. Le procureur antiterroriste avait démenti une fausse information du journal Le Monde, affirmant à tort que des tracts du parti avaient été retrouvés dans la voiture de l’assaillant de Trappes.
« La République doit garantir à chacun le droit fondamental de vivre en paix dans la dignité et la sécurité« , a affirmé Bernard Lucchetti. Cet hommage incarne la condamnation et le rejet du racisme et de toutes les discriminations.
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