Le décès d’une femme de 25 ans dans un institut de beauté à Nice relance les interrogations sur les injections esthétiques pratiquées en dehors du cadre médical. Alors qu’une enquête judiciaire est en cours, un nouveau dispositif réglementaire est entré en vigueur au début du mois de juillet pour mieux encadrer la médecine esthétique.
Une femme de 25 ans est décédée lundi 27 juillet dans un institut de beauté situé dans l’ouest de Nice. Le parquet de Nice a ouvert une enquête pour exercice illégal de la médecine, homicide involontaire et administration de substances nuisibles. Les investigations s’orientent désormais vers l’hypothèse d’une injection illicite d’un produit anesthésique qui aurait provoqué une violente réaction allergique.
Le drame s’est produit vers 15h30 dans un établissement situé au 82, rue Auguste-Pégurier. Venue pour recevoir un soin esthétique, la jeune femme a été victime d’un malaise. Les sapeurs-pompiers et le Samu 06 sont intervenus rapidement, sans parvenir à la réanimer.
Selon plusieurs sources concordantes, un produit anesthésique administré au niveau des fesses pourrait être à l’origine du décès. Cette hypothèse constitue, à ce stade, le scénario privilégié par les enquêteurs, mais devra être confirmée par les investigations en cours.
Dans un communiqué, le procureur de la République de Nice, Damien Martinelli, a confirmé « le décès le 27 juillet 2026 d’une personne âgée de 25 ans dans un salon d’esthétique de Nice dans des conditions que l’enquête ouverte des chefs d’exercice illégal de la médecine, homicide involontaire et administration de substances nuisibles vise à préciser. »
Les investigations ont été confiées au service local de la police judiciaire. Les trois personnes placées en garde à vue, deux femmes et un homme, doivent être déférées devant la justice.
Des réseaux clandestins au cœur des inquiétudes
Ce décès intervient moins de quatre mois après celui d’une femme à Villeurbanne dans des circonstances similaires. Pour le Cercle des Bonnes Pratiques en Médecine Esthétique, ces affaires traduisent une progression des actes pratiqués en dehors du cadre médical.
Le docteur Éric Essayagh, co-président du Cercle des Bonnes Pratiques en Médecine Esthétique et médecin esthétique à Nice, rappelle qu’une injection esthétique ne peut pas être considérée comme un simple soin esthétique. « Une injection esthétique est un acte médical qui exige une formation, une parfaite connaissance de l’anatomie et la capacité de prendre en charge immédiatement une complication. »
Selon le praticien, les injections réalisées en dehors du circuit médical sont devenues un phénomène préoccupant. « Aujourd’hui, nous estimons que plus de 40 % des injections esthétiques sont réalisées en dehors du cadre médical, dans des appartements, des instituts ou des lieux qui échappent à tout contrôle. Ce marché clandestin est devenu un véritable enjeu de santé publique. »
Le médecin estime que les réseaux clandestins continuent de se développer, notamment grâce aux réseaux sociaux, malgré les évolutions récentes de la réglementation. « Les récentes avancées réglementaires constituent une première étape importante pour mieux encadrer l’exercice de la médecine esthétique, mais elles ne suffiront pas à elles seules à stopper les fake injectors (terme pour évoquer des personnes non qualifiées qui proposent des injections à visée esthétique sans aucune formation médicale reconnue, N.D.L.R.). Pendant que le cadre légal se met progressivement en place, les réseaux clandestins continuent de recruter sur les réseaux sociaux et de mettre des patients en danger. »
Face à cette situation, le Cercle des Bonnes Pratiques en Médecine Esthétique appelle à un renforcement des contrôles. Pour Éric Essayagh, « après Villeurbanne, puis aujourd’hui Nice, il est indispensable d’accélérer la lutte contre ces pratiques illégales, de renforcer les contrôles, d’assécher les filières d’approvisionnement et de permettre aux patients d’identifier immédiatement les praticiens réellement qualifiés. » Le médecin conclut par un avertissement : « Chaque nouveau drame est un drame de trop. Nous ne pouvons pas attendre un troisième décès pour considérer qu’il y a une urgence de santé publique. »
Une nouvelle réglementation entrée en vigueur en juillet
Le décès de Nice intervient quelques semaines après un changement important de la réglementation. Publiés au Journal officiel le 10 juillet 2026, le décret n° 2026-611 et son arrêté d’application créent un « droit d’exercice complémentaire » en médecine esthétique.
Désormais, un médecin inscrit au tableau de l’Ordre peut obtenir une reconnaissance officielle de cette compétence à condition de justifier d’une formation adaptée, d’une expérience suffisante et d’au moins trois années d’exercice dans sa spécialité. La demande est examinée par le conseil départemental de l’Ordre des médecins après avis de la commission nationale de qualification.
Le dispositif précise également que cette activité ne peut être exercée qu’en complément de la spécialité d’origine du praticien. L’objectif est de mieux identifier les professionnels qualifiés et de renforcer l’encadrement des actes de médecine esthétique.
L’enquête ouverte à Nice devra désormais déterminer les circonstances exactes du décès de la jeune femme et établir si des actes médicaux ont été pratiqués en dehors du cadre légal.
NicePremium est un média local indépendant et gratuit.
Pour nous aider à continuer, vous pouvez soutenir notre travail à partir de 5 € par mois.
