Le vernissage de la première exposition « Il était une vie » de Lou M. a eu lieu le mercredi 19 août 2026. En compagnie de l’artiste, une série d’illustrations ont été présentées dans le hall de la gare du sud, à Nice. Ces œuvres reflètent les conséquences de la stigmatisation des personnes autistes et psychiatrisées, sur leur santé mentale. La portée de cette exposition est de sensibiliser à l’inclusion et de transmettre un message d’espoir.
À l’origine, « Il était une vie » était destiné à prendre uniquement la forme d’un recueil de nouvelles. Pourtant, après plusieurs mois de dur labeur, trente illustrations ont été réalisées pour accompagner chaque nouvelle. Artiste en herbe, Lou M. a sélectionné vingt productions.
Membre de l’association GEMA 06 (Groupe d’Entraide Mutuelle Autisme) depuis cinq mois maintenant, cette artiste a développé un attrait pour l’écriture et le dessin, dès son plus jeune âge. Cette exposition est devenue le symbole de son émancipation face à ses craintes.
Parrainée par le GEM Autisme de Nice et soutenu par la gare du sud, ces œuvres pourront être admirées jusqu’au 30 septembre prochain, dans le hall de la gare des Chemins de Fer de Provence.
Ce projet s’articule autour des émotions que Lou M. a rencontrées lors de son parcours, reflétant une dimension autobiographique. « Je suis une femme autiste et à haut potentiel intellectuel, avec des problématiques de santé mentale depuis mon enfance », a confié la jeune artiste, dans son discours de présentation.
Ainsi, « Il était une vie » raconte le processus de reconstruction d’une personne autiste et psychiatrisée, mettant en scène les émotions de tout un chacun. « Le parcours peut être long mais il n’est pas impossible et c’est ce que j’essaie de raconter à travers cette exposition », a déclaré Lou M.
Le cheminement vers la résilience
L’exposition a été structurée autour d’une trame narrative, retraçant toutes les émotions d’une personne dans son parcours initiatique vers la résilience. Les pensées sombres et négatives inaugurent la visite, comme la mort, l’angoisse, la solitude, le désespoir ou encore la violence. « Nous sommes systématiquement confrontés à des préjugés », a déploré l’artiste en devenir.
Au fil du circuit, les émotions représentées traduisent l’histoire d’une personne renouant avec elle-même, avec la créativité, le rêve ou bien l’amour. « Grâce à cela, nous allons retrouver un sens à la sociabilité, l’entraide, la fraternité et la sororité », a expliqué Lou M. Le cheminement aboutit au sentiment de légitimité d’exister, d’acceptation et de respect envers soi. En guise de conclusion, la dernière illustration représente l’espoir : « Nous sommes dans l’obscurité et puis une porte s’ouvre progressivement, laissant entrevoir la lumière. »
Réalisés à la main, les dessins ont été repris par le numérique. Les visiteurs ont découvert des illustrations, aux contours précis, en noir et blanc. « Cela représente tout ce qui est conforme aux attentes sociales », a-t-elle déclaré. Ce choix illustre la pensée dichotomique entre les personnes autistes et psychiatrisées d’un côté et les gens « normaux » de l’autre. Le choix du crayon à papier gris compense justement cette absence de nuance : « il permet de dévoiler les imperfections, il représente celui qui assume ses particularités. »
Les œuvres ont été imprimées sur du métal d’aluminium. Pour Lou, ce choix de matériaux n’est pas anodin : « le métal est solide, il incarne la rigidité de l’éducation, de l’environnement dans lequel nous avons grandi et ce que la société nous impose. Mais la flexibilité de l’aluminium révèle que le travail sur soi par la réflexion et l’acceptation peut permettre de remodeler le métal à notre image. »
L’art au service de la sensibilisation
Cette exposition raconte le propre du masking. « C’est une pratique consciente ou inconsciente pour les personnes autistes et surtout pour les femmes autistes, afin de s’adapter à la société et se fondre dans la masse », a expliqué Lou M. À travers son discours, elle a évoqué les répercussions que cette stratégie d’adaptation peut engendrer sur la santé physique et psychologique, comme l’anxiété, la dépression ou encore le burn out.
Ces créations artistiques sont l’occasion de briser les tabous et les préjugés sur les personnes autistes et psychiatrisées. « Finalement, je pense que cette exposition pourra résonner auprès de tout le monde, que ce soit des neuroatypiques ou des neurotypiques avec des problématiques ou non de santé mentale », a exprimé Lou.
Cette dernière a rappelé que les personnes autistes présentent des modes de fonctionnement et des besoins qui leur sont propres. Pour autant : « nous sommes tous en quête de sens, de respect et de reconnaissance et l’objectif de cette exposition est de montrer que ces personnes cherchent simplement à exister. »
Avec « Il était une vie », le rôle de l’art dans le partage d’idées et de pensées prend pleinement son sens. « La créativité est le mieux pour s’exprimer et pour sortir du cadre imposé », a expliqué Lou M. Cette exposition invite à rappeler que l’autisme et les problématiques de santé mentale ne doivent en aucun cas justifier l’exclusion, la dévalorisation et la peur.
NicePremium est un média local indépendant et gratuit.
Pour nous aider à continuer, vous pouvez soutenir notre travail à partir de 5 € par mois.
