Un dispositif pionnier pour adultes autistes va voir le jour à Nice

Né d’une collaboration entre la ville de Nice et le Centre Communal d’Action Sociale (CCAS), ce projet prévoit la création d’une petite unité résidentielle de six places pour des personnes présentant des troubles du spectre autistique (TSA). L’initiative est portée par l’association « Le Silence des Justes » menée par Stéphane Benhamou.

Le projet de résidence est créé dans le cadre d’une politique en faveur de la solidarité et de l’accompagnement des personnes vulnérables et fragiles. En effet, il y a très peu d’options de ce genre pour les cas sévères d’autisme dans les Alpes-Maritimes. L’habitat permettrait donc d’offrir un foyer familial mais aussi un accompagnement médical et éducatif à ces adultes.

Concrètement, l’idée est de rénover deux villas situées rue des Orangers pour créer une unité résidentielle ouverte toute l’année, visant à intégrer les résidents en milieu urbain et à favoriser leur bien-être à travers des espaces privés, communs et d’apaisement. Estimée en phase de faisabilité à 773 000 € HT (850 300 € TTC), l’opération comprend un budget de 620 000 € pour les travaux, complété par les études, l’OPC et divers frais annexes. Sa mise en œuvre s’organise selon un calendrier structuré allant de la validation du programme avec l’ARS et la phase APD jusqu’à la consultation des entreprises et la réalisation finale du chantier.

Un dispositif pionnier pour adultes autistes va voir le jour à Nice
Stéphane Benhamou discutant avec Eric Ciotti

Un accompagnement humain et sur mesure

Inspiré d’un dispositif qui existe déjà à Marseille, ce nouveau lieu de vie en colocation s’apprête à accueillir six adultes au profil particulièrement sévère au cœur de Nice. Pour Stéphane Benhamou, directeur général de l’association Le Silence des Justes – Ohaleï Yaacov, le choix de l’emplacement est crucial : « c’est une très belle opportunité foncière que la municipalité offre […] il faut adapter en zone urbaine, c’est bien parce qu’il y a aussi l’inclusion sociale et les habitudes sociales à travailler avec le public. » L’objectif est de créer un véritable lieu de vie à taille humaine en centre-ville pour favoriser les interactions.

Pour Étienne Pot, Délégué interministériel à la stratégie nationale pour les troubles du neurodéveloppement, installer ces structures en milieu urbain est un choix fondamental : « c’est un enjeu d’humanité […] ce qu’on montre aussi en accueillant des personnes autistes en situation très complexe dans une ville comme Nice, eh bien, c’est montrer un peu l’éloge du vivre ensemble. » Loin des approches institutionnelles traditionnelles, le cadre se veut familial. Les résidents participent à la vie commune, de l’organisation des courses à la préparation des repas. Pour encadrer ce quotidien, une équipe de 35 professionnels diplômés et formés sera mobilisée, avec la volonté affichée par l’association de « recruter des Niçois. » Stéphane Benhamou précise la densité de cet encadrement sur mesure : « avec six personnes, il y en a presque autant, il y en a au moins quatre à six en journée, sauf la nuit où il y a deux veilleurs. »

Ce déploiement repose sur une expertise fine qui s’adapte à la sensorialité et à la luminosité pour éliminer ce qui gêne les résidents au quotidien. Le cœur de la démarche est d’accompagner sans poser de limites a priori, car comme le rappelle avec force Étienne Pot, « le message de dire qu’il n’y a pas de plafond de verre, il est fondamental. » Même à l’âge adulte, les progrès restent possibles. Pour réduire le déficit de communication, l’accent est mis sur la « communication alternative et améliorée » (CAA). Étienne Pot cite l’exemple de tablettes ou de « pictogrammes qui permettent de faire des phrases », permettant à des personnes non verbales d’échanger et de s’exprimer pleinement. Dans cette « recherche permanente d’autonomie », Stéphane Benhamou détaille le quotidien au sein de la structure, qui combine « un programme d’activité structuré, adapté » mêlant « de l’éducation et du soin au niveau du langage. » En apprivoisant l’extérieur par le sport ou les sorties, les résidents surmontent leurs peurs et créent des liens humains, concrétisant ainsi un droit fondamental : le droit des personnes à être heureuses.

Ainsi, ce projet inclusif met en avant une vision profondément humaine et novatrice de l’accompagnement de l’autisme sévère. En transformant deux villas de la rue des Orangers en un foyer à taille humaine, la ville de Nice, le CCAS et l’association « Le Silence des Justes » prouvent qu’un parcours de vie digne et ancré dans la cité est possible. Grâce à un encadrement intensif et sur mesure, cette structure brise le « plafond de verre » pour permettre à ses six résidents de communiquer, progresser et être pleinement heureux. Et parce que nombre de personnes autistes présentent des intérêts spécifiques qui peuvent devenir de véritables compétences, ce type d’accompagnement ouvre aussi la voie à une meilleure reconnaissance de leur potentiel, y compris dans le monde professionnel, où ces talents singuliers peuvent trouver toute leur place.

NicePremium est un média local indépendant et gratuit.
Pour nous aider à continuer, vous pouvez soutenir notre travail à partir de 5 € par mois.

Soutenir NicePremium