Les jeunes azuréens ont de plus en plus de mal à trouver du travail. D’après une enquête de l’Insee datant de mai 2026, en France, le taux de chômage des 15-24 ans au premier trimestre était de 21,1 %. À titre de comparaison, le taux national global est de 8,1 % : les jeunes sont trois fois plus touchés que le reste de la population active.
Nous avons recueilli plusieurs témoignages qui confirment cette situation. Les étudiants de la Côte d’Azur rencontrent des difficultés que ce soit au cours de l’année ou en cette période estivale. Pourtant ce ne sont pas les offres qui manquent, on peut en voir des milliers que ce soit sur les sites de recherche d’emploi ou sous la forme d’affiches devant les commerces par exemple. Alors pourquoi tant de jeunes se plaignent-ils ?
Pénibilité, piston ou manque de considération… le constat des étudiants
Certains jeunes reçoivent des refus ou n’ont pas de réponse de la part des entreprises démarchées. D’autres ont réussi à se faire embaucher mais font tout de même face à de nombreuses complications.
Une étudiante en licence info-communication nous explique qu’elle a trouvé la majorité de ses emplois grâce à son réseau de connaissances : « C’est assez dur de trouver un job étudiant à Nice généralement. J’ai souvent déposé des CV et même en ayant de l’expérience, j’ai rarement été rappelée. Les emplois que j’ai eus ont très souvent été trouvés par des connaissances. Même chose pour les nouveaux arrivants une fois que j’étais en poste », confie-t-elle. Elle précise d’ailleurs n’avoir jamais décroché un poste de manière directe : « Je ne pense pas avoir obtenu un seul emploi en déposant directement mon CV, alors que j’ai dû occuper environ six postes différents. »
En évoquant la difficulté à trouver un travail qui convient, elle affirme que les entreprises qui cherchent de la main-d’œuvre se concentrent souvent dans les secteurs de la restauration ou de la vente, avec une cadence particulièrement élevée durant l’été. Elle ajoute que, selon les postes, les conditions de travail sont plus ou moins dures, mais qu’elle a été confrontée à la même situation à chaque expérience : « les abus des patrons par rapport au fait que l’on soit jeunes. » L’étudiante développe en expliquant qu’on lui a souvent demandé plus que ce qui est mentionné sur son contrat, ce qui impose de faire preuve d’une grande polyvalence. Il s’agit également de vérifier scrupuleusement ses fiches de paie.
Jérémy (étudiant en LEA, Langues Etrangères Appliquées) a, lui, postulé il y a quelques mois pour travailler en tant que placeur au Grand Prix de Monaco et a réussi à se faire embaucher. Malgré cela, il admet que l’accès aux démarches manquait de clarté. Il a su quand s’inscrire grâce à un ami de son père.
Au sujet des conditions de travail, le jeune homme a expliqué qu’elles étaient assez difficiles car ses collègues et lui devaient rester au soleil toute la journée. Les frais quotidiens s’accumulaient vite, notamment pour se garer ou se nourrir : « Nous étions obligés d’apporter à manger puisqu’il était impossible de sortir de l’enceinte, et les snacks sur place restaient très chers malgré nos 20 % de réduction », déplore-t-il, en ajoutant que le parking obligatoire, situé à l’autre bout de la principauté, revenait souvent plus cher que le forfait de 10€ prévu à cause de leurs horaires matinaux.
Enfin, la fin des journées de travail s’avérait tout aussi complexe pour quitter les lieux : « Pour repartir, c’était un enfer et vraiment mal organisé. Tout le monde partait en même temps et les trains n’arrivaient pas à suivre. »
Pour une autre étudiante de 21 ans, trouver un emploi pour l’année universitaire s’avère plus simple que de décrocher un contrat saisonnier, où la concurrence féroce impose de postuler des mois à l’avance. Cependant, son constat est amer : elle n’a jamais obtenu de poste de manière directe. Elle a souvent déposé des CV et, même en ayant de l’expérience, a rarement été rappelée. Ses emplois ont presque toujours été trouvés grâce à son réseau de connaissances.
Au-delà du « piston » devenu indispensable pour contourner le manque d’accompagnement, elle pointe du doigt des conditions de travail parfois à la limite du raisonnable. Si certaines entreprises jouent le jeu en adaptant les plannings aux examens, d’autres profitent de la précarité des jeunes. Elle dénonce un abus des patrons qui demandent souvent d’en faire plus que ce qui est mentionné sur le contrat. Pour elle, le job étudiant est aujourd’hui une nécessité absolue pour financer sa vie quotidienne (logement, courses, études), et non un simple argent de poche.
Yanis, 20 ans, en études de commerce et vente, partage ce sentiment de frustration. Pour lui, la Côte d’Azur est un marché saturé où les employeurs se montrent de plus en plus exigeants, réclamant de l’expérience et des compétences linguistiques (comme le bilinguisme) même pour des postes débutants.
Malgré une motivation sans faille pour décrocher un contrat d’été, il s’est heurté à un mur de silences et de refus. Beaucoup d’entreprises conservent les CV sans jamais donner de retour, ce qui est particulièrement frustrant. Ce manque de considération finit par décourager les jeunes et leur faire perdre confiance en eux. Il appelle les recruteurs à accorder davantage de confiance aux étudiants et à valoriser leur envie d’apprendre plutôt que leur seul historique professionnel.
Le point de vue d’une recruteuse
Le paradoxe du recrutement : l’obstacle de l’âge et de la géographie
Si l’été regorge d’offres, dénicher un job saisonnier reste un parcours du combattant pour les étudiants. Du côté des employeurs, la volonté de recruter est réelle, mais se heurte à des réalités juridiques et géographiques. Caroline Chehikian, responsable RH au Club Med d’Opio, note ainsi un afflux important de candidatures de mineurs. Problème : la présence de débits de boissons dans le village de vacances rend leur embauche légalement impossible.
À cette barrière de la majorité s’ajoute le défi de l’attractivité face au littoral. « On est un peu dans les terres, or la Côte d’Azur [en bord de mer] est plus attractive pour les jeunes », confie la responsable. Pour attirer les candidats dans l’arrière-pays face à la crise du logement, l’argument du repas et de l’hébergement inclus devient un levier indispensable. Pour les locaux non logés, l’enjeu est de caler ces contrats dans le rythme scolaire, même si à la mi-juin, des postes restaient encore à pourvoir en urgence, notamment en cuisine et en salle.
Le « savoir-être » plutôt que le CV : une chance à saisir
Face aux pénuries de profils qualifiés, les recruteurs bousculent leurs critères, une opportunité pour les étudiants sans expérience. Au Club Med, le diplôme s’efface souvent devant la personnalité. « On recrute plutôt sur des états d’esprit, du savoir-être, plutôt que sur du savoir-faire puisqu’on forme en interne », explique Caroline Chehikian. Dès 18 ans, des postes de serveurs ou de réceptionnistes sont accessibles sans bagage technique.
L’accent est mis sur les soft skills : aisance relationnelle, adaptabilité à une équipe multiculturelle (25 nationalités) et sens du service. Si cette flexibilité offre aux jeunes un tremplin idéal pour muscler leur CV, avec la possibilité d’intégrer des effectifs mobiles pour partir l’hiver aux Antilles ou à la montagne, elle impose aussi de savoir « se vendre« . Un exercice de communication qui peut s’avérer intimidant pour les profils les moins aguerris.
En fin de compte, si les offres d’emploi abondent sur la Côte d’Azur, le véritable défi pour la jeunesse n’est pas le manque de travail, mais les conditions d’accès et d’exercice de ces postes. Certes, des recruteurs ouvrent de nouvelles portes en valorisant le « savoir-être » plutôt que les diplômes. Mais derrière cette flexibilité affichée, la réalité des étudiants reste marquée par la précarité : barrages invisibles du piston, frais annexes qui grignotent les salaires, et cadences épuisantes sous le soleil estival. Trouver un emploi qui convient ne se résume plus à déposer un CV, c’est accepter un compromis difficile où la jeunesse doit souvent accepter de donner beaucoup pour espérer démarrer sa vie active.
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