Steve Villa-Massone a reçu, vendredi 14 août, les clés du local pour pouvoir ranger son mythique piano rouge. L’unique compositeur niçois se livre, dévoilant sa carrière et sa personne qui ont mené ses œuvres au rang de patrimoine culturel niçois.
Steve Villa-Massone est souvent reconnu comme l’artiste au piano rouge. Nous ne pouvons pas le manquer, dans chaque place mythique de Nice. Désormais, il peut jouer sans problème depuis que la Ville de Nice lui a fourni un local pour ranger son instrument mythique.
« Je suis passionné de musique et de ma ville depuis toujours » confie le pianiste. Son enfance s’est construite entre la mer et les immeubles colorés du port de Nice, avenue Jeanne Marlin. Il a grandi dans une famille d’artistes, comme lui. Son père peignait et son frère, pianiste, a été le moteur musical de Steve, le passionnant pour l’instrument à clavier.
Son père a inculqué la passion du piano à ses deux enfants, n’ayant pas pu en jouer lui-même. Il a créé l’unique compositeur niçois : Steve Villa-Massone, et un DJ, Jerôme Villa-Massone qui vient d’obtenir son premier disque d’or.
De la révélation au piano dans les rues de Nice
Avant d’être un compositeur de plus de 200 morceaux reconnus, il a étudié la vente et travaillé dans la restauration. Le destin lui a alors montré un signe plus qu’explicite : un pianiste de rue devant son lieu de travail. Un frisson l’a submergé et, sur un coup de tête, il a décidé d’apprendre tous les fils du métier de pianiste de rue.
Commence alors sa période de clandestinité artistique en 1999. Son piano familial, qu’il a baladé du boulevard Stalingrad au Vieux-Nice chaque soir, devait trouver un coin où se reposer. Steve énumère ses endroits d’un ton amusé, tels que les cours d’immeubles, les places de scooter loués en mentant aux agences, une camionnette qui lui a valu d’innombrables amendes – il fallait protéger son précieux. Chacun avait son histoire et ses péripéties, et chaque émotion du pianiste romantique se revivaient encore.
C’est justement ce qui le distingue des autres compositeurs, il fait revivre la période romantique à l’air du contemporain. Le rouge, « la couleur de la passion » est celle qui lui a fait vibrer son cœur lorsqu’une entreprise parisienne lui a proposé une multitude de pianos après celui couvert de peinture de Dali. Toujours entrainant, il s’exclame : « Ce sont les couleurs de l’amour, ce sont les couleurs de Nice, c’est celui-là qu’il me faut ! »
Parce que Nice pour lui, c’est ce qui lui permet de jouer pleinement et librement. Ses interprétations ou ses écrits font de lui « le dernier compositeur romantique ». Il fait vivre chacune de ses émotions au travers des musiques exécutées, emmenant inévitablement le public des rues à vivre les leurs. C’est d’ailleurs ces rues qui lui emmènent son inspiration, où le public offre sa reconnaissance et lui son talent.
« Être compositeurs, c’est compliquer. Il n’existe pas de formations. Vous pouvez apprendre l’harmonie, le contrepoint… Mais pas la création musicale. Chopin disait que « la composition ne s’apprend pas ». Par contre, à chaque fois qu’on écoute une musique, c’est un cours de composition. », ajoute Steve.
Ce patrimoine culturel niçois vivant ne tire pas son savoir de n’importe qui. C’est Richard Rességuier qui a décelé son potentiel, qui est l’héritier de Magda Brahar, amie proche de Ravel et Rachmaninov. Pour lui, composer, ce sont « des mathématiques et de la géométrie » agencées au fil de ses émotions et des couleurs perçues.
L’art de composer aux couleurs de Nice
Son génie peut donc s’expliquer par sa synesthésie. Il n’entend pas seulement la musique, il la perçoit intérieurement par des couleurs. Chaque note a une teinte, tout est une texture visuelle. En jouant et en composant, ce n’est pas seulement de la musique, mais c’est un voyage au sein de plusieurs couleurs qu’il propose aux auditeurs.
Philippe Zana, facteur accordeur de pianos, l’a su dès ses débuts. « Je me suis rendu compte que c’était déjà un artiste, mais il n’était pas encore réellement connu. Il a beaucoup de talent, et fait tout pour l’exploité » souligne son ami qui entretient le piano rouge tant connu. Steve Villa-Massone rappelle que sans ses amis, il n’aurait pas pu être l’artiste qu’il est aujourd’hui. Son ami Gérome, qui le suit et le soutient dans chaque entreprise, qualifie son jeu « d’une perle de nacre ». Steve lui a même offert un piano sans clapet pour vaincre sa peur, permettant à quiconque souhaitant jouer le pouvoir.
Son talent lui a permis de voyager et de faire découvrir son savoir au-delà des frontières européennes, jouant ses compositions aux États-Unis. Il s’est par ailleurs fait offrir un stage d’élite à Flaine et une bourse de 15 000 francs, faisant de lui « une star » pendant ce séjour. Pourtant, c’est sur le pavé niçois qu’il se sent le mieux. « Je suis très bien chez moi avec les Niçois. C’est mon univers. Voilà, c’est ici que tout se passe », confie Steve ému de ce qu’il a pu accomplir jusqu’ici.
Le toit offert par la mairie de Nice pour son piano rouge verni est pour lui le moment le plus fort de sa carrière. Ce n’est pas seulement la fin d’un vagabondage, c’est surtout une reconnaissance de tout ce qu’il a pu entreprendre. Cette petite clef, accompagnée d’un porte-clefs d’une pièce dorée, est son nouveau bijou qu’il compte utiliser chaque jour.
Cet héritier du romantisme, les yeux scintillants, affirme vouloir laisser « un patrimoine culturel avant de partir. [Je] veux être un de ceux sur cette terre qui ont participé à ce qu’on peut voir quand on regarde le patrimoine culturel et humain. […] C’est notre rôle d’embellir ce monde avant de le quitter. »
Alors, pour laisser une trace en dehors de l’Opéra de Nice, il envisage de créer un recueil relié en or de ses 200 œuvres pour l’offrir aux dix plus grands pianistes de notre ère. Son rêve : qu’une de ses mélodies ait assez plu à l’un d’eux pour pouvoir être joué.
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