Matthieu Bailet : « Quand j’ai le sourire, je suis vite sur les skis »

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À la veille de son départ pour les États-Unis, où la saison s’ouvrira le 28 novembre par un Super-G à Copper Mountain, Matthieu Bailet revient sur son été : trois deuxièmes places en Coupe d’Amérique du Sud au Chili, deux stages en Europe et un nouveau cap de travail centré sur la liberté et le plaisir.

Matthieu Bailet a vécu un hiver 2025-2026 en deux temps. À 30 ans, le Niçois aborde sa nouvelle saison avec un nouveau technicien pour ses skis et des objectifs ne se mesurant plus seulement en classements, mais en sensations. À quelques jours de s’envoler pour les États-Unis, le Maralpin fait le point sur son été, sur ce qui a changé autour de lui et sur les ambitions d’un hiver qui l’emmènera jusqu’aux Mondiaux de Crans-Montana, début février.

Comment s’est déroulée ta préparation estivale ?

« Sincèrement, bien. On a été un peu stressé au début parce que c’est la première fois je pense qu’on n’a pas réussi à skier en Europe avant de partir sur notre stage le plus important, le camp d’entraînement en hémisphère sud. Finalement, ça n’a pas posé plus de problèmes que ça. On est arrivé au Chili dans de belles conditions, on a réussi à sortir vraiment des belles journées d’entraînement. On a vraiment eu une belle préparation au Chili. Donc ça, c’est positif, c’est vraiment ce qui fait le cœur de notre préparation. La partie préparation physique, s’est très bien passé aussi.

Et puis là, je ressors de deux camps d’entraînement plus courts en Europe, en Suisse et en Italie, où on a remis un petit peu des bases, surtout en géant, ce qui a fait beaucoup de bien puisque ça reste la base du ski et c’est là qu’on se met vraiment en place techniquement. Donc, positif. Et là je n’ai qu’une hâte, c’est de peaufiner cette préparation avec cette phase d’entraînement aux États-Unis à la veille de la nouvelle saison.

Tu as enchaîné les belles performances en Coupe d’Amérique du Sud, comment sont tes sensations ?

C’était cool, en fait, là-bas. On a des courses continentales, comme il y a les courses de Coupe d’Europe chez nous, et ça permet de prendre un peu la température, non pas dans le sens de « si on fait des bonnes courses là-bas, ça annonce une bonne saison », mais plus où ça montre que le cap de travail, les objectifs mis en place pour cette saison de préparation étaient les bons. J’ai pris le départ de trois courses avec trois podiums, donc c’est encourageant. Ça ne prédit rien sur la saison à venir en Coupe du monde, parce que c’est quand même vraiment deux mondes différents. Par contre, c’était extrêmement encourageant.

La saison dernière, tu disais qu’on retrouvait assez vite 80 à 90 % de confiance, mais que « le dernier step » demandait beaucoup plus de temps. Aujourd’hui, est-ce que tu penses être à 100 % ?

Non, aujourd’hui, mon focus et la grosse confiance sont vraiment dans le cap du travail que l’on s’est fixé, avec des objectifs de réussite personnelle, que ce soit sur la partie du projet technique, aussi sur le matériel, et également sur un sujet qui englobe de manière un peu plus générale l’aspect psychologique et mental.

Je suis extrêmement confiant sur la direction que l’on a choisie, la quantité de travail aussi, sincèrement, et l’investissement sur chacun de ces sujets. Après, la vérité, elle sera cet hiver sur les courses, et moi, la seule chose que je peux faire, c’est travailler sur mon approche, sur la manière avec laquelle je l’aborde.

L’hiver dernier, tu gardais Livigno et Val Gardena comme références parce que tu y avais retrouvé « le ski qui te correspond ». À quoi ressemble ce ski-là en sensations ? Et comment faire pour le retrouver dès la première course de l’hiver ?

Les sensations retrouvées à Val Gardena et Livigno, puisque c’est sur 99 % de la manche je l’ai aussi retrouvée sur des entraînements officiels, comme à Courchevel, ou après sur des intermédiaires, sur certaines parties de course, même à un moment, sur un entraînement de Kitzbühel, où je gagne tous les intermédiaires, sauf un seul, au milieu. Donc, on sait que le ski est là.

Maintenant, l’objectif a été d’identifier sur comment rendre ce type de ski plus régulier. Ce qui est très intéressant, ça a été tout le sujet de ce travail psychologique et mental. C’est d’accepter que finalement, la pression du résultat n’est plus quelque chose qui m’anime purement, mais qui peut-être me contraigne un petit peu. Parce qu’à chaque fois que j’arrive à exprimer mon ski, à être vite, je me sens libre, et à chaque fois que je m’autorise finalement à la prise de risque, et que tout ne va pas forcément se passer comme prévu. C’est le propre d’un sport en extérieur, d’un sport individuel, et c’est quelque chose qu’il faut accepter.

J’ai dû traduire cette envie, cette ambition de résultat par de nouveaux objectifs personnels. Cette saison, le but, c’est de retrouver cette sensation de liberté et de m’autoriser à prendre des risques, à aller jouer devant, quitte à ce que, bien sûr, une erreur puisse arriver. Je ne vais pas forcément faire toujours les bons choix, que ce soit tactique, matériel… A un moment, il faut peut-être accepter cette partie-là pour justement mettre toutes les chances de mon côté et oser.

On parlait de confiance. Il y a deux ans à Crans-Montana, tu nous as gratifiés d’un saut spectaculaire avec une réception in extremis. Aujourd’hui, à 30 ans, après tout ce que tu as traversé, est-ce que « Bailet Airlines » est toujours en service ?

Oui, carrément, Bailet Airlines, est toujours en service (rire). L’idée c’est de trouver une stabilité dans ce type de ski et surtout parce que c’est là-dedans que je m’épanouis. Quand, à un moment, finalement, j’essayais de ne pas faire d’erreurs, de faire les choses bien, ça ne marchais pas. Sur un sport à risque aussi dangereux que le ski, dès qu’on se crispe un peu, dès qu’on est un peu sur la retenue, surtout qu’on est un sport de glisse, un sport où il faut s’engager, où il faut être pleinement dans le moment. Dès qu’on en garde un peu, ça ne fonctionne pas. Donc, ça a été vraiment de trouver la traduction de ce que je voulais réaliser et comment je voulais le faire surtout. Et puis après le résultat, une faute, pas de faute, ça, on en discutera après la ligne d’arrivée passée.

Et physiquement les feux sont au vert ?

Ouais, sincèrement, physiquement, de manière générale, ça va. Après, c’est un sport qui est extrêmement traumatisant, on passe par des moments où tout se déroule extrêmement bien et puis des moments où le corps subit un petit peu plus en fonction des conditions. Tout est sous contrôle. Après, on sait que j’ai une fragilité au niveau du dos, elle pointe un peu le bout de son nez, il faut juste continuer à bien la gérer.

Le Super-G a porté ta saison 2025-2026, alors que la descente a été un peu moins fluide. Quels objectifs tu te fixes cet hiver dans les deux disciplines ?

L’idée, ce n’est pas de faire de différence. Bien sûr, je pars d’un petit peu plus loin en descente puisque je ne suis pas encore dans les 30 en Coupe du monde en descente. En Super-G, je vais me lancer tout de suite avec des dossards très intéressants. L’idée, justement, c’est de faire abstraction de tout ça.

L’année dernière, en descente, il y a eu des conditions très compliquées, surtout en début de saison pour les dossards un petit peu élevé. En fait, tous ces paramètres je n’ai aucune influence dessus. Mon but, c’est d’être opportuniste, d’aller chercher le moment où il y a des conditions propices, d’exprimer mon ski, de jouer justement, de trouver cette liberté de m’autoriser à aller prendre des risques. Je me répète, mais c’est parce que l’objectif, il est vraiment là et sincèrement, ça a été le boulot de cette préparation parce qu’on a vu que finalement, c’est en me concentrant là-dessus que j’arrive à aller vite. Et puis derrière, on fera le bilan après chaque course, après les Mondiaux et après la saison et on verra le chemin qui a été parcouru.

« Pour ce qui est de la Fédé, il y a un côté confiance, professionnalisme dans lesquels j’ai de gros doutes et je n’ai pas envie de me baser.« 

Par rapport à l’encadrement de l’équipe de France, tu avais dit qu’il y avait un « besoin de fraîcheur ». Est-ce que les choses ont évolué ?

Alors, pour être complètement honnête, lorsqu’on nous a envoyé les décisions prises, il y avait un peu de déception. Sans mâcher mes mots, pas de changement, simplement deux coachs de Coupe d’Europe qui sont montés en Coupe du monde, un qui est redescendu. Comme ça, sur le papier, ce n’était pas très attractif.

Et aujourd’hui, je dois avouer que, sincèrement, les deux coachs qui sont montés ont apporté une certaine sérénité, une ouverture dans le discours, un peu de calme. Je trouve que leur arrivée a été bien plus positive que ce à quoi je m’attendais.

Tu as manqué les JO l’hiver dernier dans un contexte frustrant, notamment en ce qui concerne les critères de sélection. À l’aube de ce début de saison, est-ce que les choses sont plus claires pour toi ?

Oui, ça a été la difficulté phare de la saison passée. C’était ma première non-sélection en carrière toutes compétitions confondues. Ce n’était pas lié à un facteur purement sportif, puisque dans les critères qui avez été donnés en début de saison, j’étais dedans, mais plus à un facteur humain. Ça fait partie de ma carrière et aujourd’hui, ça a été complètement accepté. Comme plein d’autres difficultés que j’ai eu à affronter dans ma vie et qui font partie de mon parcours et m’ont permis de me construire et d’être qui je suis aujourd’hui.

Est-ce qu’il y a eu des clarifications avec l’équipe de France ?

On a parlé. Après de garantir que ça ne se passera plus, sincèrement, la confiance… Déjà, l’erreur est humaine et puis après, aujourd’hui, sincèrement, je préfère me focaliser à 100 % sur mon ski, comment atteindre les meilleurs résultats, la performance et me rendre clairement indiscutable pour les prochaines sélections. Pour ce qui est de la Fédé, il y a un côté confiance, professionnalisme dans lesquels j’ai de gros doutes et je n’ai pas envie de me baser.

Cet été, on a beaucoup entendu parler de toi après l’officialisation de ta relation avec Lindsey Vonn. Est-ce qu’elle t’aide, d’une manière ou d’une autre, à préparer la saison qui arrive ?

Tout ce que je peux te dire aujourd’hui, c’est qu’entre nous, ça se passe très bien et que je suis heureux dans ma vie.

Tu as également été voir le prologue de la Vuelta, le GP de Monaco dans le stand Audi, essayé le surf… À quel point est-il important pour toi d’aller puiser dans d’autres disciplines pour t’inspirer et améliorer ensuite tes performances sur les skis ?

J’ai découvert différentes approches. Le côté plutôt événement comme le Grand Prix de Monaco. Malheureusement, je ne suis pas monté dans la Formule 1 ! Par contre, j’ai été impressionné de voir à quel point les pilotes doivent gérer une quantité d’événements autour d’eux jusqu’à 30 minutes avant leur départ. Et après, bien sûr, avec certains sports que je peux pratiquer comme le tennis, le vélo, le surf, même le saut en parachute qui a été vraiment un événement magnifique pour moi cette année. Ça a été aussi un cap de travail de vouloir chercher la polyvalence pour retrouver encore plus de relâchement et d’adaptation après lorsque je suis de retour sur les skis.

Quelques mots pour décrire l’hiver qui arrive ?

Lumineux, époustouflant, épanouissement.

Pourquoi « épanouissement » ?

L’idée, c’est vraiment de me sentir heureux, libre et épanoui sur les skis. Si je passe la ligne d’arrivée avec le sourire, il n’y a pas une fois dans ma carrière où le résultat était mauvais. C’est pour ça que j’ai recentré les objectifs non pas que sur l’attente d’un résultat, mais plus sur l’attente d’une sensation et d’un vécu. Et l’objectif est clairement là. Quand j’ai le sourire, je me sens épanoui et quand j’ai le sourire, je suis vite sur les skis. »

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