Après un hiver contrasté, Matthieu Bailet revient sur sa saison 2025-2026. De son rebond en Super‑G à l’épisode olympique en passant par les perspectives pour 2027, l’athlète Niçois s’est livré au lendemain d’une saison de reconstruction dont il a tiré de nombreux enseignements.
Début de saison et bilan général
On s’était parlé en début d’hiver. Tu expliquais en vouloir plus et ne pas être encore au niveau souhaité. Maintenant que la saison est terminée, quel regard portes‑tu sur ton hiver ?
« Le regard que je porte sur cette saison, c’est celui d’une année en deux temps, marquée par un Super-G très positif. Après notre échange (à la fin de la tournée américaine N.D.L.R), j’en voulais plus et, sincèrement, j’en ai obtenu plus, pas longtemps après, avec de belles courses et de beaux résultats. Je passe à un cheveu de ma première victoire en Coupe du monde (une faute à deux portes de l’arrivée à Livigno, N.D.L.R). Il y a eu du bon ski, du plaisir, de belles émotions, mais aussi de la frustration, comme tout sportif professionnel peut en vivre. En descente, c’était plus compliqué, avec moins de performance et des dossards élevés. J’ai eu du mal à tout assembler. Avec de gros dossards, ce n’était vraiment pas simple, notamment à cause des conditions extérieures. À Beaver Creek, le temps n’était pas propice aux dossards élevés. Bormio n’a pas eu lieu en décembre comme chaque année, alors que c’est une course où les dossards élevés peuvent souvent performer. Plusieurs paramètres extérieurs se sont accumulés. Cela crée de la frustration, mais montre aussi qu’il reste du travail. Le but, c’est d’aller chercher l’année prochaine ce que j’ai réussi à aller chercher cette année en Super‑G.
Tu évoques Livigno, où la victoire s’est jouée à rien. Cette course a‑t‑elle changé la suite de ton hiver ?
Oui. C’était très frustrant, mais c’est exactement le type de journée que je veux affronter : du gros ski, de la performance, de la vitesse, de l’intensité. Devant, ça joue avec les meilleurs skieurs du monde. Parfois ça passe du bon côté, parfois du mauvais. Cette fois‑ci, c’est passé du mauvais côté, mais avec de très bonnes intentions et la manière. La prochaine fois, je veux me servir de cette sortie de piste à deux portes de l’arrivée, alors que j’étais encore en avance aux dernières intermédiaires, pour aller jusqu’au bout.
Le dernier step
Tu as signé de bons entraînements. Qu’est‑ce qui a manqué pour transposer ces performances en course ?
C’est un symbole du positif de cette saison. Je gagne mon premier entraînement officiel (en descente à Courchevel au mois de mars, N.D.L.R.). On sait que l’entraînement reste l’entraînement, mais ça a une symbolique. Peut‑être qu’il a manqué un peu plus de justesse dans le réglage du matériel, pour pouvoir m’exprimer au mieux dans toutes les conditions. Certaines conditions m’ont très bien réussi, d’autres beaucoup moins. Ensuite, il y a la dimension mentale. Ça prend un petit peu de temps de regagner toute la confiance qu’on peut avoir quand on est au meilleur niveau en ressortant de ma saison la plus compliquée en carrière la saison passée. On revient assez vite à 80‑90 %, mais les derniers pourcentages, le dernier step, demandent du temps. C’est ce qui m’a manqué. Et c’est ce sur quoi on veut travailler.
Le Super‑G semble t’avoir porté. Cette discipline va-t-elle prendre le dessus sur la descente pour la suite de ta carrière ?
La descente reste la discipline reine. Le Super‑G a toujours été plus naturel pour moi. Comme il n’y a pas d’entraînement et que c’est une manche sèche, on doit laisser plus de place à l’instinct. La saison passée, les difficultés psychologiques m’avaient perturbé dans cette discipline. Aujourd’hui, je retrouve le plaisir, l’engagement, l’adrénaline. Ça s’exprime tout de suite en Super‑G. En descente, il faut plus de précision. Je suis persuadé que ça ne va pas tarder pour prendre la même direction.
La non sélection olympique
Les JO ont marqué ton hiver. Comment as‑tu vécu cette période ?
C’est peut‑être le moment le plus dur de cette saison. Pour moi, c’est important de le remettre dans le contexte. Jusqu’ici, l’équipe de France avait toujours eu entre dix et onze places. Cette saison, j’apprends, la veille de ma dernière course avant les JO, qu’il n’y en aura que sept (huit finalement avec le retrait d’un quota de l’équipe de Norvège en faveur de la France N.D.L.R). Les calculs des quotas ont changé. On n’a pas été prévenus par notre encadrement. Ça fait mal, ça surprend. En début de saison, on nous donne des critères précis. Quand on rentre dans ces critères et que tout change, ce n’est pas facile. Il a fallu digérer et construire dessus. Je pense que ça s’est vu sur ma dernière course, avec un top 15 qui a une vraie signification. Ça me donne encore plus envie d’aller chercher les prochains Jeux.
Selon toi, il y a eu un raté quelque part ?
C’est compliqué à dire. Certains sont responsables de calculer et d’anticiper ces choses‑là. En tant que sportif, on demande à notre encadrement de gérer la logistique et l’administratif. Pour une sélection sur un gros événement, on doit arriver avec l’idée la plus précise possible. Même si c’est dur à entendre en avance, il vaut mieux savoir. On n’attend jamais que ça tombe comme ça. Le sport de haut niveau est dur, strict. Quand un changement arrive au dernier moment, ce n’est jamais simple. Mais ça fait partie de la vie. C’est un vécu comme un autre.
Comment as‑tu réussi à repartir après cette déception ?
Il a fallu prendre le temps. Ça crée un vide en plein milieu de saison. Mais j’ai pu retourner chez moi, dans la station de toujours à Auron. J’ai retrouvé mes entraîneurs de club et de comité. On a mis en place un cadre autour des entraînements en vitesse, en Super‑G et en descente, qui m’a permis de m’exprimer au mieux. Ça m’a fait beaucoup de bien.
Préparation et objectif JO 2030
Comment vois‑tu maintenant ton chemin vers les JO 2030 ?
C’est encore un peu tôt pour parler de ça. Je suis sur exactement le lendemain de mon dernier jour de ski (vendredi dernier, N.D.L.R) de cette saison. Les JO 2030 sont un objectif important, mais il y a une planification saison après saison, avec le circuit Coupe du monde et deux championnats du monde avant. On a l’occasion de pouvoir couper complètement le mois de mai. On reprendra tout ce qui est préparation physique de manière progressive en juin avec un gros bloc intensité en juillet. La reprise du ski se fera progressivement en août avant de partir en hémisphère sud pour notre stage d’entraînement le plus important sur les skis, normalement au Chili. Et puis après, s’en suit la phase la plus délicate, le mois d’octobre-novembre, où là, on switch un petit peu entre peaufiner les détails physiques et continuer à avancer sur les skis jusqu’à notre départ pour l’Amérique du Nord, normalement aux alentours du 10 novembre.
Tu évoquais un besoin de renouveau autour de toi. Où en es‑tu ?
La direction est très bonne. J’aurais espéré des évolutions au sein de l’équipe de France. J’avais exprimé un besoin de fraîcheur, de renouveau, sortir un peu des routines, des discours qu’on connaît déjà sans avoir de critiques ciblées envers une personne précise. C’est plus un besoin d’un air nouveau. En ayant également discuté avec mes collègues de groupe, c’était quand même une tendance générale. Malheureusement, le contexte ne le permet pas à mon plus grand regret. C’est ce qui fait aussi partie des embûches du sportif de haut niveau. Soit je reste assis à me plaindre, soit je me bouge les fesses pour trouver mes solutions et c’est bien ce que je compte faire. (…) Il y a toujours des solutions, mais il faut des financements. Dans le ski, on ne roule pas sur l’or. Il faut trouver le juste milieu. Construire, être malin, voir ce qu’on peut faire évoluer. Je m’ouvre déjà sur le plan mental. Sur le plan ski, c’est plus compliqué, car ça demande plus de logistique et donc un coût supérieur. »
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