La mère de famille de 36 ans, mise en examen hier soir pour tentative de meurtre après avoir menacé la directrice et une enseignante de l’école Clément-Roassal à Nice, a été placée en détention provisoire. Après cette agression survenue lundi 2 novembre, le maire Éric Ciotti annonce plusieurs mesures pour renforcer la sécurité des établissements scolaires. Des décisions qui suscitent déjà des interrogations chez Anthony Borré, ancien adjoint à la Sécurité.
La procédure judiciaire se poursuit après les faits survenus lundi 2 novembre à l’école maternelle Clément-Roassal, à Nice. La mère de quatre enfants, qui avait retenu la directrice dans son bureau pendant près d’une heure, a été présentée à un juge d’instruction mercredi 4 novembre, à l’issue de deux jours de garde à vue.
Âgée de 36 ans, la mise en cause a été mise en examen pour tentative de meurtre sur une personne chargée d’une mission de service public, séquestration, infraction à la législation sur les armes et détention frauduleuse de documents administratifs. Le parquet de Nice a également annoncé son placement en détention provisoire.
Durant ses auditions, la mère de famille a d’abord contesté les violences commises dans l’établissement. Elle a toutefois reconnu avoir actionné plusieurs fois son arme, en précisant savoir que celle-ci était vide. La mise en cause a également exprimé des regrets.
Une arme à feu toujours introuvable et plusieurs passeports saisis
Les investigations ont permis de préciser le déroulement des faits et le profil de la suspecte. Lundi matin, après avoir confié ses deux plus jeunes enfants à une connaissance, la femme s’était présentée à l’école Clément-Roassal pour demander à rencontrer la directrice. Munie d’un couteau et d’une arme à feu, qu’elle aurait achetée deux jours auparavant, la mère de famille était restée près d’une heure dans le bureau de la responsable de l’établissement.
Une partie de leurs échanges avait été filmée avec son téléphone. Pendant cette rencontre, la mise en cause avait évoqué des accusations « d’agressions sexuelles dont un de ses enfants aurait été victime », selon les éléments communiqués par le procureur de la République de Nice, Damien Martinelli. Aucune plainte ni aucun signalement n’avaient toutefois été enregistrés à ce sujet.
La directrice aurait ensuite été frappée et menacée avec l’arme à feu, actionnée à plusieurs reprises sans qu’aucun projectile ne soit tiré. Une enseignante, croisée à la sortie du bureau, aurait également reçu une gifle et subi une menace avec cette même arme.
Après avoir quitté l’école, la suspecte a été suivie grâce aux images de vidéosurveillance, puis interpellée à son domicile, dans une rue voisine. Une perquisition a permis de retrouver un couteau de type Laguiole, le vêtement porté au moment des faits et plusieurs passeports, dont certains sont susceptibles d’être faux. En revanche, l’arme à feu n’a pas été retrouvée.
Le ministre de l’Intérieur, Laurent Nuñez, avait évoqué mardi une arme « heureusement factice. » Les éléments recueillis par les enquêteurs orientent toutefois vers un pistolet automatique. Sur la vidéo enregistrée par la mise en cause, l’arme apparaît comme « un pistolet automatique. » La directrice avait également déclaré « avoir perçu qu’elle était en métal », selon le procureur.
Le profil judiciaire et administratif de la mère de famille a également été précisé. Née en Tunisie, la femme se trouve en situation irrégulière en France. Déjà reconduite dans son pays d’origine en 2019 après une obligation de quitter le territoire français, elle avait été interpellée de nouveau en France en 2023. Depuis, une interdiction administrative du territoire et une assignation à résidence ministérielle lui imposaient notamment un pointage quotidien au commissariat. La mise en cause avait par ailleurs fait l’objet d’un suivi pour radicalisation islamiste.
Son parcours judiciaire comporte également une précédente condamnation à dix mois d’emprisonnement avec sursis pour port d’arme de catégorie D, violences en réunion et violences avec arme.
Enfin, l’affaire intervient dans un contexte familial marqué par une autre procédure judiciaire. L’ancien conjoint de la suspecte a été mis en examen pour tentative d’homicide et violences habituelles sur conjoint. Dans cette affaire, la mère de famille est partie civile. L’homme est actuellement placé sous contrôle judiciaire.
Éric Ciotti annonce onze agents supplémentaires et un audit des écoles
Au-delà de l’enquête judiciaire, l’agression a relancé le débat sur la sécurité dans les établissements scolaires. Le maire Éric Ciotti a annoncé le déploiement de onze agents de surveillance de la voie publique (ASVP) et policiers municipaux supplémentaires aux abords des écoles. Un audit général de sécurité doit également être lancé dans l’ensemble des établissements de la ville.
La municipalité prévoit par ailleurs l’installation, d’ici au 15 novembre 2026, d’un nouveau système d’alerte sur smartphone fonctionnant en 4G. Ce dispositif doit remplacer les anciens équipements reposant sur le réseau 2G plus en service depuis quelques semaines. Trois personnes par établissement pourront en bénéficier : le directeur, le gardien et l’économe.
Anthony Borré monte au créneau
Ces annonces ont toutefois suscité des interrogations chez Anthony Borré, ancien premier adjoint de Christian Estrosi chargé de la Sécurité. L’élu municipal d’opposition demande notamment des explications sur le devenir de VigiNice, une application expérimentée à partir de décembre 2025 dans six établissements municipaux du quartier Notre-Dame, dont une école primaire.
Ce dispositif devait permettre de remplacer progressivement les 1 700 anciens boîtiers de sécurité reliés au Centre de supervision urbain. Un bilan de l’expérimentation était attendu au printemps 2026, avant une éventuelle généralisation à l’ensemble des écoles niçoises.
« Pourquoi cette expérimentation (dont le test devait se terminer au printemps 2026, N.D.L.R.) n’a-t-elle pas été élargie à l’ensemble des écoles niçoises, afin de permettre à tous les personnels concernés d’être immédiatement informé lorsqu’un incident grave survient dans leur établissement ? », interroge Anthony Borré. L’ancien adjoint réclame les conclusions de cette phase de test ainsi qu’un calendrier de déploiement.
L’élu émet également des réserves sur le nouveau système annoncé par Éric Ciotti. Selon lui, limiter les alertes à trois personnes par établissement ne permet pas de prévenir simultanément l’ensemble des enseignants sur leurs téléphones, notamment pour organiser un éventuel confinement des enfants. « La sécurité des écoles ne peut se limiter à des annonces », estime-t-il.
La présence des ASVP dans les établissements constitue un autre point de désaccord. À Clément-Roassal, le conseil d’école avait obtenu en juin 2026 un accord unanime pour demander l’affectation d’un agent dans l’établissement, après des réticences exprimées en mars. Le jour de l’agression, aucun agent n’était spécifiquement affecté à la protection de l’école maternelle.
Le 15 octobre, la municipalité indiquait compter 39 agents dans les écoles niçoises. Cinq recrutements supplémentaires étaient alors annoncés pour la fin des vacances de la Toussaint. La ville avait également écarté l’hypothèse d’un redéploiement d’effectifs vers la voie publique, avancée par Anthony Borré. Françoise Souliman, première adjointe chargée de la Sécurité, avait alors dénoncé une « Fake news. »
L’ancien premier adjoint retourne aujourd’hui cette accusation à la municipalité : « La semaine dernière, la ville promettait que les demandes seraient satisfaites dès la Toussaint. La fake news, c’est donc celle d’Éric Ciotti. »
De son côté, le ministre de l’Éducation nationale, Édouard Geffray, a annoncé une visite à Nice en fin de semaine. Le ministre a assuré que les victimes recevraient « dans la durée, la protection et l’accompagnement dont elles ont besoin. »
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