Il existe des villes qui donnent spontanément envie de sortir un appareil photo.
Nice en fait partie.
La lumière du matin sur la Promenade des Anglais, les façades colorées du Vieux-Nice, les ombres étroites des ruelles, le bleu de la Méditerranée, les scènes du marché ou simplement les silhouettes qui traversent une place : la ville offre en permanence des changements de couleurs, de contrastes et de rythmes.
À quelques semaines du lancement officiel du Bicentenaire de la Photographie en France, qui se déroulera du 1er septembre 2026 au 30 septembre 2027, l’été offre une belle occasion de regarder Nice autrement.
Pas forcément avec un appareil professionnel.
Simplement en prenant davantage le temps de voir.
200 ans de photographie : un anniversaire qui commence en septembre
En 2026, la photographie fête officiellement ses deux siècles.
Le ministère français de la Culture a choisi de faire de cet anniversaire une célébration nationale et internationale, autour de la création contemporaine, des collections publiques, de l’édition et du patrimoine photographique.
Le point de départ historique retenu est 1826, année où Nicéphore Niépce réalise en Bourgogne le célèbre Point de vue du Gras, considéré comme la plus ancienne photographie conservée.
Deux siècles plus tard, la photographie n’a évidemment plus grand-chose à voir avec les longues heures de pose des pionniers.
Un smartphone suffit désormais pour produire des centaines d’images en quelques heures.
Mais cette facilité pose peut-être une autre question : à force de tout photographier, prenons-nous encore le temps de regarder ?
À Nice, la réponse peut commencer dans la rue.
Le Musée de la Photographie Charles Nègre au cœur de l’été niçois
Pour parler de photographie à Nice, difficile de ne pas commencer par le Musée de la Photographie Charles Nègre, à quelques pas du Cours Saleya.
Cet été 2026, le musée accueille notamment Lévitation, première rétrospective muséale consacrée au travail de Mathieu Forget. À travers 80 photographies, l’artiste explore le mouvement et cette étrange impression de suspension qui caractérise une grande partie de son univers visuel.
Dans la galerie du musée, une autre exposition entretient un rapport encore plus direct avec la ville.
« La Dolce Nizza », Nice en noir et blanc
Avec La Dolce Nizza, Claudia Bevilacqua propose jusqu’au 6 septembre une vision en noir et blanc d’une Nice solaire, théâtrale et cinématographique.
Le titre dit déjà beaucoup.
Il ne s’agit pas simplement de documenter la ville, mais d’en construire une atmosphère : des personnages, des attitudes, une certaine sensualité méditerranéenne et cette impression que la rue peut parfois devenir une scène.
L’exposition offre aussi une piste intéressante pour les photographes amateurs : on peut photographier un lieu mille fois connu et encore parvenir à le regarder différemment.
La Côte d’Azur, territoire naturel de l’image
La relation entre la Côte d’Azur et les arts visuels ne commence évidemment pas avec Instagram.
Depuis longtemps, la lumière méditerranéenne attire peintres, cinéastes, photographes et créateurs.
Matisse en est probablement l’un des exemples les plus célèbres. Installé à Nice pendant une grande partie de sa vie, il y développe un rapport très particulier à la lumière et à la couleur.
Le Musée Matisse, à Cimiez, permet encore aujourd’hui de comprendre cette relation entre un territoire et la manière dont un artiste apprend à le regarder.
La photographie pose au fond une question assez proche.
Pourquoi deux personnes placées exactement au même endroit ne produisent-elles jamais tout à fait la même image ?
Parce qu’une photographie n’est pas seulement ce qui se trouve devant l’objectif. Elle dépend aussi de ce que le photographe décide de retenir, d’exclure, d’attendre ou de mettre en relation.
Martin Parr : regarder autrement les vacances et le bord de mer
Impossible de réfléchir à la photographie des loisirs et des stations balnéaires sans évoquer Martin Parr.
Le photographe britannique, membre de Magnum pendant plusieurs décennies, a construit une partie de son œuvre autour des comportements quotidiens, du tourisme, de la consommation et des vacances.
Son livre The Last Resort, réalisé dans les années 1980 à New Brighton, en Angleterre, est devenu l’une de ses œuvres les plus célèbres.
Couleurs saturées, corps sur la plage, nourriture, foules, enfants, objets ordinaires : Parr photographie ce que beaucoup auraient autrefois considéré comme trop banal pour mériter une image.
Et c’est précisément là que son regard devient intéressant depuis la Côte d’Azur.
Nice possède évidemment une esthétique très différente de celle de New Brighton. Mais on y retrouve les mêmes matériaux photographiques : touristes et habitants se croisent, les plages deviennent des théâtres sociaux, le luxe côtoie le quotidien et les images de carte postale coexistent avec des scènes beaucoup plus ordinaires.
Regarder la Promenade avec l’esprit de Martin Parr ne signifie donc pas l’imiter.
Cela consiste plutôt à regarder ce qui se passe autour du décor.
La photographie de rue commence par ralentir
Pas besoin de partir très loin pour faire de la photographie.
Une promenade dans le Vieux-Nice suffit.
Mais il faut parfois changer de rythme.
Passer tôt le matin dans une rue encore presque vide. Attendre que quelqu’un traverse un rayon de lumière. Observer une conversation à une terrasse. Regarder comment une ombre découpe une façade.
La photographie de rue dépend beaucoup de cette disponibilité.
Une bonne image n’est pas nécessairement celle d’un monument spectaculaire. Elle peut naître d’un geste, d’une couleur qui répond à une autre, d’un reflet dans une vitrine ou d’un personnage qui entre pendant une seconde dans une composition.
C’est aussi ce qui rend Nice intéressante : la ville offre des décors immédiatement reconnaissables, mais le défi consiste justement à ne pas produire toujours la même photographie.
Quelques lieux pour photographier Nice autrement
La Promenade des Anglais reste évidemment incontournable, mais l’aborder tôt le matin change complètement l’image : moins de foule, une lumière plus basse et des silhouettes plus lisibles.
Dans le Vieux-Nice, les rues étroites permettent de jouer avec les contrastes entre ombre et lumière.
Autour du port, bateaux, façades colorées, passants et activités quotidiennes donnent une photographie plus graphique et parfois plus documentaire.
Cimiez offre un rythme différent : jardins, architecture, patrimoine et végétation permettent de travailler des compositions plus calmes.
Et pour prendre de la hauteur, la colline du Château reste l’un des points privilégiés pour comprendre visuellement l’organisation de la baie.
Le lieu compte, mais l’heure compte souvent davantage.
À la Villa Arson, la photographie reste aussi un outil de création
Sur les hauteurs de Nice, la Villa Arson entretient elle aussi un lien concret avec la pratique photographique contemporaine.
Son école nationale supérieure d’art dispose notamment d’un atelier photographique complet, associant pratiques argentiques et numériques : appareils moyen et grand format, laboratoire noir et blanc, studio, équipements numériques et outils de traitement de l’image.
La photographie y est donc envisagée non seulement comme moyen de documenter le réel, mais comme un langage artistique parmi d’autres.
Cette diversité reflète bien ce qu’est devenue la photographie après deux siècles d’existence : photojournalisme, art contemporain, portrait, photographie de rue, mode, paysage, expérimentation ou simplement pratique quotidienne.
Trois livres pour apprendre à regarder autrement
La photographie ne s’apprend pas uniquement avec un appareil.
Quelques livres peuvent profondément modifier notre manière de regarder les images.
Dans Sur la photographie, Susan Sontag interroge notamment notre besoin de transformer le monde en images et le pouvoir que prend la photographie dans notre relation aux événements.
Roland Barthes, dans La Chambre claire, s’intéresse davantage à l’expérience intime du spectateur : pourquoi certaines photographies nous laissent indifférents alors que d’autres nous atteignent immédiatement ?
Enfin, Ways of Seeing de John Berger — connu en français sous le titre Voir le voir — dépasse le seul domaine photographique pour réfléchir à la manière dont les images, l’histoire de l’art, la publicité et les rapports sociaux construisent notre regard.
Trois approches très différentes, mais une même invitation : ne pas simplement voir une image, essayer de comprendre pourquoi elle fonctionne.
Nice, un terrain d’exercice à ciel ouvert
Le bicentenaire de la photographie sera l’occasion, à partir de septembre, de revisiter deux siècles d’histoire de l’image.
Mais à Nice, il n’est pas nécessaire d’attendre une commémoration pour commencer.
Il suffit de sortir.
Prendre une rue que l’on emprunte tous les jours et essayer d’y repérer quelque chose que l’on n’avait jamais vraiment regardé. Photographier moins, mais attendre davantage. S’intéresser aux personnes autant qu’aux paysages. Revenir au même endroit à une autre heure.
Et accepter aussi de ne pas prendre la photo.
Car derrière deux siècles d’évolutions techniques, des premières plaques de Niépce aux smartphones d’aujourd’hui, la photographie conserve finalement quelque chose de très simple : elle commence toujours par un regard.
Sous la lumière de Nice, le terrain d’exercice est presque infini.
Il existe des villes qui semblent avoir été créées pour être photographiées. Nice est de celles-là. Lumière rasante sur la Promenade des Anglais, contrastes saisissants entre les façades ocre du Vieux-Nice et le bleu profond de la Méditerranée, visages burinés des pêcheurs du marché du Cours Saleya — chaque coin de rue est une invitation à l’arrêt, au regard, à la mémoire. En cet été 2026, alors que la photographie célèbre son bicentenaire à l’échelle nationale avec une série d’hommages dans les grandes institutions françaises, il est naturel de se demander comment cette ville de lumière vit, respire et cultive cet art qui lui ressemble tant.
Une ville baignée dans une lumière de photographe
Les grands maîtres de l’objectif l’ont compris avant tout le monde. Des pionniers aux contemporains, la Côte d’Azur a toujours exercé une attraction magnétique sur ceux qui cherchent à capturer l’essence du monde visible. Ce n’est pas un hasard si Henri Cartier-Bresson, figure tutélaire du photojournalisme humaniste et cofondateur de l’agence Magnum Photos en 1947, revenait régulièrement sur ces rivages pour y retrouver une certaine idée de la grâce photographique. Son œuvre, fondée sur le concept d’instant décisif — cette fraction de seconde où la forme et le sens coïncident parfaitement — résonne encore aujourd’hui dans chaque atelier de photographie de la région.
Édouard Boubat, autre géant de la photographie française du XXe siècle, cultivait quant à lui une poésie du quotidien qui trouve un écho naturel dans les ruelles niçoises. Ses images, portées par une tendresse rare pour les êtres humains saisis dans leurs gestes les plus simples, rappellent que la grande photographie n’est jamais une question de matériel sophistiqué, mais toujours d’attention portée au monde. Une leçon que les photographes niçois contemporains n’ont pas oubliée.
Martin Parr et la couleur comme engagement esthétique
Si l’on devait choisir un photographe dont l’œil critique et jouissif parle particulièrement à notre époque saturée d’images, ce serait sans doute Martin Parr. Ce Britannique iconoclaste, membre de Magnum depuis 1994, a construit une œuvre entière autour de la couleur saturée, du kitsch assumé et d’un regard à la fois affectueux et implacable sur les sociétés de consommation occidentales. Ses séries photographiques sur les stations balnéaires — où les touristes bronzés, les glaces qui fondent et les parasols criards forment une géographie humaine d’une ironie savoureuse — pourraient presque avoir été prises sur les plages de la Côte d’Azur.
Étudier l’œuvre de Parr depuis Nice, c’est se regarder dans un miroir légèrement déformant, et donc révélateur. La Riviera, avec son mélange de luxe ostentatoire, de tourisme de masse et de beauté naturelle absolue, est précisément le territoire que ce photographe aime disséquer avec tendresse. Son recueil The Last Resort, publié en 1986, reste une référence incontournable pour quiconque s’intéresse à la représentation photographique du balnéaire et du loisir populaire.
Nice, ses musées et la mémoire visuelle
La ville possède plusieurs institutions muséales qui entretiennent un rapport fort avec la représentation visuelle et l’image. Le MAMAC — Musée d’Art Moderne et d’Art Contemporain — abrite dans ses collections permanentes des œuvres qui interrogent notre rapport au regard et à la représentation. Les tenants de l’École de Nice, mouvement artistique fondamental des années 1960 et 1970, avaient précisément placé la question de la perception visuelle au cœur de leur démarche. Yves Klein et ses aplats de bleu international, Ben Vautier et ses mots-images, les Nouveaux Réalistes avec leur détournement des objets du quotidien : autant de gestes artistiques qui dialoguent avec ce que la photographie, au même moment, tentait d’accomplir.
Le Musée Matisse, niché dans la Villa des Arènes au cœur du quartier de Cimiez, rappelle pour sa part que Nice a été le laboratoire d’une des plus grandes révolutions chromatiques de l’art occidental. Henri Matisse, qui vécut et travailla à Nice pendant de nombreuses années, a développé ici ce rapport à la lumière méditerranéenne qui illumine encore ses toiles. Comprendre Matisse depuis Nice, c’est comprendre comment une géographie peut transformer un artiste — et comment un artiste peut transformer notre façon de voir une géographie.
La flânerie comme méthode : voir la ville autrement
Il existe une tradition intellectuelle et artistique de la marche comme acte créateur. Des Situationnistes qui parcouraient Paris en quête de dérives psychogéographiques aux photographes contemporains qui arpentent les villes avec leurs appareils pour saisir ce que l’œil pressé ne voit plus, la lenteur est une forme de résistance esthétique. À Nice, cette pratique de la déambulation attentive prend une dimension particulière.
Se perdre dans les ruelles du Vieux-Nice au petit matin, avant que le flux touristique n’efface la vie quotidienne des habitants, c’est accéder à une autre ville — plus secrète, plus authentique. Les photographes amateurs comme confirmés le savent : les meilleures images se trouvent rarement là où on les attend. Elles surgissent d’un détour, d’une hésitation, d’une ombre portée sur un mur rose. Cette disponibilité au monde, cette ouverture sensorielle que requiert la photographie de rue, est aussi ce que la littérature de voyage et de flânerie cherche à transmettre dans ses meilleurs moments.
Apprendre à regarder : les ateliers et formations photographiques
Pour ceux qui souhaitent aiguiser leur regard, la Côte d’Azur offre un terreau fertile. De nombreux ateliers de pratique photographique sont proposés tout au long de l’année par des associations culturelles et des galeries indépendantes, permettant aux amateurs comme aux initiés d’approfondir leur connaissance des techniques — de la composition à la lumière naturelle, du portrait à la photographie de paysage. Ces espaces d’apprentissage sont aussi des lieux de rencontre et d’échange autour d’une passion commune pour l’image.
La Villa Arson, école nationale supérieure d’art nichée sur les hauteurs de Nice, forme quant à elle depuis des décennies de jeunes artistes dont certains font de la photographie ou de la vidéo leur medium d’expression principal. Son architecture brutaliste, ses jardins en terrasses et son ancrage dans la création contemporaine la plus exigeante en font un lieu incontournable pour qui s’intéresse aux avant-gardes artistiques de la région.
Lire pour mieux voir : livres essentiels sur la photographie
Pour prolonger cette réflexion sur l’image au-delà des cimaises, quelques ouvrages s’imposent comme des références absolues. Sur la photographie de Susan Sontag, publié en 1977, demeure l’essai fondateur sur notre rapport culturel et philosophique à l’image photographique. La Chambre claire de Roland Barthes, paru en 1980, explore avec une sensibilité bouleversante ce que la photographie fait à ceux qui la regardent — et à ceux qu’elle représente. Plus récemment, Ways of Seeing de John Berger, traduit en français sous le titre Voir le voir, continue d’irriguer la pensée de tous ceux qui s’intéressent aux conditions sociales et politiques de la représentation visuelle.
Ces trois livres forment une trilogie idéale pour tout amateur d’images qui souhaite dépasser le plaisir de la contemplation pour accéder à une intelligence du regard.
Conclusion : Nice, laboratoire du regard méditerranéen
En cet été 2026, alors que la photographie fête ses deux siècles d’existence avec l’enthousiasme et la nostalgie qui caractérisent les grands anniversaires, Nice apparaît comme un observatoire privilégié de cet art du regard. Ville de lumière, ville de couleurs, ville de contrastes sociaux et esthétiques, elle offre à qui sait s’arrêter un matériau visuel d’une richesse infinie.
Que vous soyez photographe aguerri ou simple promeneur curieux, nous vous invitons à redécouvrir votre ville — ou à la découvrir pour la première fois — avec les yeux grands ouverts. Visitez les collections permanentes de nos musées, feuilletez les grands classiques de la littérature photographique, et laissez-vous guider par cette lumière méditerranéenne unique qui a fait de la Côte d’Azur l’un des territoires les plus photographiés — et les plus inspirants — du monde.
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