Une ancienne patiente du CHS Sainte-Marie décède : son beau-père porte plainte contre le centre pour homicide involontaire

Le beau-père d’une ancienne patiente autiste hospitalisée en psychiatrie au Centre hospitalier spécialisé Sainte-Marie estime que l’inadéquation de la structure aux besoins de la patiente ainsi que des négligences ont contribué à fragiliser son état, menant jusqu’à son décès. Ce dernier a entamé une procédure pénale contre le centre qui réfute fermement les faits.

Une femme autiste de 61 ans est décédée le 3 avril 2026 dans une maison d’accueil spécialisée quelques jours après y avoir été transférée depuis le Centre hospitalier spécialisé (CHS) Sainte-Marie, situé au nord de Nice. Le transfert de la patiente aurait été réalisé sans communiquer les alertes médicales critiques la concernant et qui auraient pu éviter son décès. Le beau-père de la défunte patiente, Gérard Grandclément, président de l’association Isatis oeuvrant pour l’insertion de personnes souffrant de troubles psychiques, a engagé une plainte pénale pour homicide involontaire contre le CHS. Une plainte similaire avait été déposée contre l’institution en 2018.

Une structure en inadéquation avec les besoins de la patiente

Dans un communiqué de presse en date du 10 juin, Gérard Grandclément dénonce une « succession de défaillances impliquant le CHS Sainte-Marie de Nice » qui aurait mené au décès de sa belle-fille début avril 2026.

La patiente était hospitalisée en psychiatrie au CHS Sainte-Marie depuis son retour à Nice en 2024. Elle évoluait jusqu’alors au sein d’un foyer spécialisé en Belgique. Sans aucune place disponible dans une structure médico-sociale adaptée, l’entourage de la patiente n’a pu que se résoudre à son hospitalisation à Sainte-Marie, tout en considérant ce nouvel environnement comme « incompatible avec les besoins d’une personne autiste. »

L’institution elle-même en aurait convenu en fin d’année 2025 : « Elle n’avait pas sa place à l’hôpital », aurait reconnu la psychiatre chef de service dans une note en date du 17 décembre 2025, ajoutant que la patiente y était « particulièrement vulnérable » et que sa situation n’aurait pu « que se dégrader. »

Fracture du nez et médicament administré de force

A partir de novembre 2025, une série d’événements aurait contribué à la dégradation de l’état de santé physique et mental de la patiente. Selon son entourage, des faits de violence à l’instar d’une agression par un autre patient, ou encore de l’administration de force d’un médicament par un personnel soignant ayant nécessité la réanimation de la patiente au CHU L’Archet, conjugués à la diminution de la fréquence des visites autorisées — une fois par mois pour ses proches, « puis totalement interdites à son beau-père » —, aurait contribué à fragiliser l’état de la patiente.

Fin mars, son transfert est organisé au sein d’une maison d’accueil spécialisée. Les préconisations de suivi quotidien au regard de récents troubles n’auraient pas été « correctement transmises » pendant son transfert selon Gérard Grandclément. La patiente serait alors décédée suite à des complications quelques jours après son arrivée à la maison d’accueil spécialisée.

« Isabelle est morte de cette carence organisée. Je me bats pour qu’il y ait des comptes à rendre, et pour qu’aucune famille ne vive ce que nous avons vécu », déclare son beau-père.

Face à ces faits, Gérard Grandclément a annoncé avoir engagé une plainte pénale avec plusieurs chefs d’accusation : homicide involontaire, mise en danger délibérée de la vie d’autrui, violences par personne chargée d’une mission de soins sur une personne particulièrement vulnérable, non-assistance à personne en danger et dénonciation calomnieuse. De multiples saisines ont été effectuées, ainsi qu’un signalement auprès de l’Agence régionale de santé PACA pour « maltraitance institutionnelle. »

Le CHS conteste farouchement les faits reprochés

Au CHU L’Archet où la patiente a été réanimée mi-février 2026, le type d’accident dont elle a été victime (une fausse route qui résulterait de l’administration de force d’un médicament, ndlr) aurait été décrit comme « fréquent » chez les patients provenant de la psychiatrie par le personnel médical.

De son côté, l’Association Hospitalière Sainte-Marie a fait valoir son droit de réponse. Le centre hospitalier spécialisé dément les faits et dénonce des « allégations » calomnieuses dans un communiqué de presse en date du 12 juin : « L’association hospitalière Sainte-Marie réfute fermement les accusations formulées à son encontre (…) La prise en soins de la patiente concernée a été assurée dans les meilleures conditions d’accueil et de prise en charge possibles (…) et a été conduite conformément au cadre légal applicable et aux procédures habituelles. »

Ne pouvant accepter « la diffusion d’accusations infondées mettant en cause le professionnalisme, l’engagement et l’éthique de ses équipes », le CHS Sainte-Marie a également fait savoir qu’il « engagera toutes actions utiles, y compris sur le plan juridique, afin de rétablir les faits et de protéger la réputation de son personnel. »

L’adéquation des moyens aux missions du CHS

Le centre hospitalier Sainte-Marie avait alerté sur le manque de moyens disponibles en son sein pour s’occuper des patients en psychiatrie en 2024. Dans un reportage de Radio France, le médecin chef de pôle Nicolas Paquin expliquait qu’il fallait « plus de moyens pour la psychiatrie », décrivant des « chambres vétustes, certaines collectives, avec parfois deux ou trois malades dans une quinzaine de mètres carrés » au sein du centre hospitalier spécialisé Sainte-Marie

A l’époque, le centre était aussi confronté à une carence de personnel soignant : il y manquait une cinquantaine d’infirmiers en septembre 2024. La perpective de travailler en psychiatrie est d’ordinaire jugée peu attractive par les soignants. D’une part d’un point de vue financier (les salaires allant de 1 900 à 2 200 euros nets par mois en 2024) et d’autre, parce que « la violence [des patients en psychiatrie] fait toujours peur », déclarait alors le psychiatre Nicolas Paquin

Le faible nombre de soignants rendait les conditions de travail plus ardues pour ceux sur place : « Les journées sont complexes parce qu’il y a moins de personnel » expliquait au micro de France Inter le cadre de santé de Sainte-Marie Aldric Arfé, évoquant des ratios de « trois soignants (…) pour vingt patients », la même année.

Depuis quelques années, l’institution a entamé d’importants travaux pour disposer de nouveaux bâtiments et accueillir davantage de patients dans des locaux plus adaptés. La première phase des travaux a été livrée début avril 2026.

A la lumière de ces éléments, les négligences imputées, si elles sont avérées, semblent s’inscrire dans un contexte de crise structurelle des moyens humains et matériels de l’institution.

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