Tempêtes Alex et Aline : la Chambre régionale des comptes pointe des retards, Christian Estrosi se défend

La Chambre régionale des comptes a examiné la gestion des reconstructions menées après les tempêtes Alex et Aline. L’autorité régionale a relevé des retards liés aux procédures judiciaires, aux financements et aux contraintes techniques. L’ancien président de la Métropole Nice Côte d’Azur, Christian Estrosi, se défend en replaçant ces décisions dans le contexte exceptionnel des catastrophes.

Le contrôle des comptes et de la gestion de la Métropole Nice Côte d’Azur s’inscrit dans une enquête commune de la Cour des comptes et de la chambre régionale des comptes Provence-Alpes-Côte d’Azur. Cette investigation porte sur la prise en charge par la sphère publique des conséquences des tempêtes Alex, en 2020, et Aline, en 2023. Elle examine l’organisation mise en place pour conduire la reconstruction, les modalités d’engagement des financements publics, la stratégie de reconstruction résiliente et les conditions de réalisation des opérations dans les vallées sinistrées.

La chambre rappelle que la Métropole, première métropole créée en France en 2011, regroupe 51 communes et compte 568 596 habitants. Son territoire représente un tiers de la superficie du département. La juridiction souligne que ce territoire « très exposé aux aléas et au changement climatique » a été frappé par deux tempêtes qui ont « durablement impacté les infrastructures et la vie économique et sociale des vallées de la Tinée et de la Vésubie. »

Un territoire durablement marqué par les tempêtes

Le rapport revient sur l’ampleur des dégâts. La chambre indique que « plus de 270 bâtiments et maisons ont ainsi été emportés ou sont devenus inhabitables. » Les réseaux d’eau, d’assainissement, d’énergie et de télécommunication ont été fortement touchés. Les accès routiers ont été coupés sur de longues portions, avec « 50 km de routes totalement détruits » selon les dernières évaluations.

La violence de la tempête Alex est documentée par les relevés de Météo-France, repris dans ue rapport : « 513 mm sur Saint-Martin-Vésubie » en 24 heures. Le préfet des Alpes-Maritimes avait qualifié l’épisode de « bombe météorologique. » La Fondation Jean Jaurès évoquait « la plus grande destruction civile depuis la Seconde Guerre mondiale en France. »

Dans une lettre adressée au Président de la CRC PACA, Xavier Lefort, l’ancien président de la Métropole Nice Côte d’Azur, Christian Estrosi décrit « des cours d’eau jusque-là familiers transformés en torrents destructeurs » et « des pans entiers de montagne effondrés. » L’ex‑édile met en lumière l’érosion de terrasses fluvio-glaciaires vieilles de « 10 000 ans », entaillées sur plus de vingt mètres, qu’il considère comme un marqueur « particulièrement éloquent » de l’ampleur du phénomène. Le responsable métropolitain de l’époque souligne également que les analyses hydrologiques convergent vers une période de retour comprise « entre 600 et 1 000 ans. »

Des financements importants mais partiellement versés

Pour faire face à l’urgence, la Métropole a mobilisé des financements européens, étatiques, régionaux et départementaux. Les subventions attribuées atteignaient 150 millions d’euros, mais seulement 98 millions ont été effectivement versés. La chambre précise que « fin 2024, les subventions versées par l’État représentaient 65 % des subventions fixées par les arrêtés préfectoraux. »

Dans sa réponse, l’ancien maire de Nice rappelle que « aucun financement, pris isolément, ne permet de couvrir 100 % d’un besoin de financement. » Christian Estrosi précise que le reste à charge pour la Métropole atteignait « 138 417 074 euros » fin 2025, pour un total de dépenses d’équipement estimé à « 239 223 014 euros. » L’ancien président reconnaît que cette situation a eu des conséquences directes sur d’autres projets structurants, notamment les lignes de tramway 4 et 5. Le responsable métropolitain de l’époque explique également que la complexité des dispositifs de financement a contraint la Métropole à préfinancer un nombre significatif d’opérations, assumant « un risque financier important » pour ne pas retarder la remise en sécurité des territoires.

Une régie dédiée, un pilotage encore fragile

La Métropole avait créé une régie autonome pour piloter les reconstructions. Après érude du dossier, la CRC a relèvé un fonctionnement irrégulier, marqué par des réunions espacées du conseil d’exploitation et des difficultés de recrutement.

Pour sa défense, l’ancien président de la Métropole met en avant « des contraintes objectives de recrutement », liées au régime des contrats de projet, au contexte sanitaire et à l’éloignement des chantiers. L’ex‑édile assure que la collectivité « n’a procédé à aucune économie de moyens humains » et que l’ensemble des services métropolitains ont été mobilisés « sans discontinuité. » Le précédant responsable métropolitain justifie le recours aux accords-cadres existants par « l’urgence absolue » et la nécessité de garantir la continuité du service public. Concernant les irrégularités contractuelles, l’ancien maire déclare que la Métropole a réagi « immédiatement » en saisissant l’Inspection générale des services, le procureur, et en engageant des actions en recouvrement.

Des chantiers stoppés après des signalements judiciaires

Sur les 126 opérations engagées depuis 2020, seize n’avaient pas encore débuté au moment du contrôle. La chambre indique que « ces retards sont en partie liés aux signalements judiciaires » relatifs à des factures litigieuses. Elle précise que « ces signalements ont entraîné l’arrêt du versement d’une partie des subventions ainsi que l’arrêt de plusieurs chantiers. »

Dans sa réponse, l’ex‑édile explique que les anomalies identifiées en janvier 2023 ont été « circonscrites aux vallées de la Tinée et de la Vésubie. » L’ancien président met en avant que les expertises en cours permettront de disposer « d’analyses contradictoires indispensables » à la défense des intérêts de la Métropole.

RTE, cité dans le rapport, fait état de « la destruction de 70 % des ouvrages de reconstruction réalisés au niveau du poste de Roquebillière » après la tempête Aline.

Vers une reconstruction plus résiliente face au climat

La chambre souligne les efforts engagés pour une reconstruction plus résiliente. La Métropole s’appuie sur des études hydrologiques, des comités de reconstruction et la compétence GEMAPI (Gestion des milieux aquatiques et prévention des inondations, N.D.L.R.) pour adapter les ouvrages aux risques climatiques.

Dans sa réponse, Christian Estrosi élargit le propos en rappelant que les Alpes sont « en première ligne du changement climatique. » L’ex‑édile cite des exemples en Suisse, en Oisans, en Haute-Savoie et en Savoie pour montrer que les phénomènes observés dans la Tinée et la Vésubie s’inscrivent dans une dynamique plus large. Il estime que la répétition des épisodes impose une « latitude d’action sensiblement plus large » pour la gestion des sédiments et des matériaux charriés. L’ancien président conclut en affirmant que toute analyse de la gestion métropolitaine doit être « appréciée à l’aune de cette réalité exceptionnelle », marquée par des catastrophes successives, une crise sanitaire majeure et une transformation durable du risque climatique.

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