Protoxyde d’azote : la police municipale de Cannes teste un nouveau dispositif contre le protoxyde d’azote

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À Cannes, trois détecteurs permettent désormais à la police municipale de rechercher la présence de protoxyde d’azote dans l’air expiré des conducteurs. Un premier contrôle positif a déjà donné lieu à une verbalisation.

La ville de Cannes renforce ses contrôles contre le protoxyde d’azote. Trois détecteurs ont été remis à la police municipale afin de repérer la présence de ce gaz dans l’air expiré des conducteurs. Le fonctionnement rappelle celui d’un éthylotest, avec une recherche effectuée directement dans le souffle.

La municipalité affirme être la première mairie de France à équiper sa police municipale de ce type de dispositif. L’objectif concerne la sécurité routière, alors que le protoxyde d’azote est de plus en plus utilisé à des fins récréatives.

Dans la nuit de vendredi à samedi, dix dépistages ont été réalisés à Cannes. Un conducteur a été contrôlé positif puis verbalisé. Le véhicule a été immobilisé et un nouveau dépistage a été effectué plus d’une heure après. Le second contrôle s’est révélé négatif et a permis au conducteur de reprendre la route.

Dans le même véhicule, un passager a été verbalisé pour consommation de protoxyde d’azote. Trois autres personnes ont également été verbalisées pour détention de bonbonnes.

Un détecteur qui intervient dans un cadre juridique encore particulier

La municipalité rappelle les risques associés à la consommation de protoxyde d’azote. Le gaz peut altérer les capacités nécessaires à la conduite et entraîner des atteintes neurologiques, des paralysies, des asphyxies ou encore des troubles du rythme cardiaque.

Une question juridique accompagne toutefois l’utilisation du nouveau dispositif. Le détecteur employé par la police municipale n’est pas homologué. La verbalisation repose donc sur un arrêté municipal adopté en 2025 et interdisant la vente de bonbonnes de protoxyde d’azote.

« Le cadre juridique ne prévoit pas encore une réponse judiciaire précise », reconnaît le maire de Cannes, David Lisnard. Le maire assure néanmoins vouloir « anticiper la loi Ripost » et avoir choisi de « privilégier la sécurité des usagers. »

La municipalité considère ainsi le dispositif comme un moyen d’intervention dans l’attente du nouveau cadre national. La loi Ripost vient justement de modifier les règles concernant le protoxyde d’azote.

La loi Ripost va modifier les règles à partir de 2027

La loi Ripost renforce les sanctions contre plusieurs infractions du quotidien, dont l’usage détourné du protoxyde d’azote. Le texte prévoit notamment une interdiction générale de la vente de protoxyde d’azote aux particuliers. Cette mesure doit entrer en vigueur le 1er février 2027.

L’initiative de Cannes intervient donc alors que la réglementation nationale évolue. Le Sénat avait déjà travaillé sur l’encadrement du protoxyde d’azote et sur les moyens permettant aux collectivités d’agir face aux conséquences de son usage détourné.

Dans les Alpes-Maritimes, la sénatrice Alexandra Borchio Fontimp s’est également mobilisée sur ce dossier. Dès février 2025, la parlementaire avait interpellé le ministre de l’Intérieur sur « les dangers liés à l’usage détourné du protoxyde d’azote et ses impacts sur la sécurité et la santé publiques. »

En mars 2026, Alexandra Borchio Fontimp avait annoncé l’adoption de deux amendements dans le cadre de l’examen de la proposition de loi relative à l’encadrement du protoxyde d’azote.

Le premier amendement portait sur l’interdiction de certains contenants permettant une inhalation directe du gaz. La sénatrice évoquait alors « hospitalisations, séquelles neurologiques lourdes, parcours de vie brisés. » La mesure ciblait « les supports matériels de l’usage détourné », sans remettre en cause les usages professionnels autorisés.

Le second amendement concernait les conséquences de ces usages pour les collectivités. Le dispositif prévoyait d’affecter le produit des amendes liées aux infractions sur le protoxyde d’azote à la section d’investissement des communes.

Alexandra Borchio Fontimp mettait en avant les « dépôts massifs de cartouches sur la voie publique, dégradations, nuisances, mobilisation accrue des services municipaux et parfois des polices municipales. » La réorientation des sanctions devait permettre de financer « des actions locales de prévention, de sécurité et d’équipement, sans créer de dépense nouvelle pour l’État. »

Le Sénat avait également adopté un texte visant à interdire la vente de protoxyde d’azote aux particuliers. Jusqu’alors, l’interdiction de vente concernait uniquement les mineurs. Le texte adopté prévoyait qu’il serait « interdit de vendre, d’offrir, de détenir ou de transporter du protoxyde d’azote. »

Le montant de l’amende était porté à 7 500 euros, avec un reversement aux communes.

Une mobilisation engagée après plusieurs drames

La question dépasse donc le seul cadre cannois. À Nice, Christian Estrosi avait lancé, mardi 11 novembre 2025, une pétition nationale demandant l’interdiction de la vente de protoxyde d’azote aux particuliers. La démarche faisait suite à plusieurs drames liés à l’usage détourné de ce gaz.

Depuis l’été 2025, un arrêté municipal niçois interdit la consommation, la détention ainsi que le dépôt et l’abandon de protoxyde d’azote sur la voie publique. Depuis le 1er octobre 2025, la vente est également interdite aux personnes majeures, sauf pour les professionnels pouvant justifier leur activité.

Christian Estrosi avait alors déclaré : « depuis cet été, nous avons pris un arrêté municipal interdisant la consommation, la détention et le dépôt et l’abandon de protoxyde d’azote sur la voie publique ; et depuis le 1er octobre, la vente de protoxyde d’azote est interdite à toute personne majeure sauf s’ils démontrent qu’ils sont des professionnels du commerce. »

La pétition réclamait aussi la création d’un délit pour sanctionner la revente et la détention massive de protoxyde d’azote. Des moyens supplémentaires pour contrôler les ventes en ligne étaient également demandés. « Nous ne cherchons pas la polémique, mais des résultats. Il y a eu trop de drames, trop de victimes. N’attendons pas la prochaine famille brisée pour agir », avait conclu l’ancien maire de Nice.

Après le décès du pompier niçois Jérémie Boulon, causé par un conducteur sous l’emprise du produit, Alexandra Borchio Fontimp avait également demandé une réponse législative. La sénatrice plaidait notamment pour que la conduite sous protoxyde d’azote puisse être sanctionnée « même en l’absence d’accident. »

Le 26 juin, après un nouvel accident mortel sur l’autoroute A8, la parlementaire avait renouvelé cet appel : « Il est urgent de lutter contre les comportements routiers liés à l’utilisation du protoxyde d’azote. » La sénatrice avait également estimé : « ce nouveau drame, qui a coûté la vie à au moins trois personnes et fait un blessé en urgence absolue, doit nous alerter collectivement. »

Avec les détecteurs désormais utilisés à Cannes, les mesures adoptées au Sénat et l’entrée en vigueur prochaine de nouvelles dispositions nationales, la lutte contre le protoxyde d’azote s’inscrit donc à plusieurs niveaux, entre contrôles municipaux, prévention et évolution de la législation.

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