Supersero et Christophe Paco ont appelé à un rassemblement devant tous les Palais de justice de l’Hexagone dès ce mercredi à 18 heures. Les militants réclament une reconnaissance législative de la sérophobie, avant le début de la campagne présidentielle de 2027.
Depuis trois jours maintenant, Christophe Paco et le Niçois Nicolas Aragona, alias Supersero sont présents devant le Palais de justice de Reims pour dénoncer la sérophobie. L’un et l’autre sont porteurs du VIH, un virus s’attaquant au système immunitaire et affaiblissant les défenses de l’organisme contre les infections.
Pour être entendu, Supersero a rejoint le militant rémois pour entamer une grève de la faim et arrêter de leurs traitements respectifs. L’objectif est de réclamer une réponse législative visant à protéger les victimes de cette stigmatisation. Parallèlement, une pétition a été mise en ligne à l’initiative du militant Christophe Paco, dans cette même optique.
Depuis maintenant 17 ans, Supersero est confronté quotidiennement à la sérophobie. Figure de la lutte sur les réseaux sociaux depuis six ans, il tente d’alerter les responsables politiques et les associations sur l’urgence de ce phénomène. La sérophobie se traduit par un comportement discriminant à l’égard des personnes séropositives. Entre rejets sociaux, insultes, harcèlements, menaces et outing (la divulgation forcée du statut séropositif, sans l’accord de la personne concernée n.d.l.r), le quotidien des deux militants est particulièrement difficile. « Des gens viennent jusqu’à chez moi pour tenter de m’égorger. Christophe reçoit des insultes dans son immeuble, se fait traiter de sidaïque et retrouve des poubelles devant sa porte d’entrée », a confié Supersero.
La diabolisation du virus de l’immunodéficience humaine (VIH) représente une réelle menace psychosociale pour les personnes concernées. Nicolas a insisté sur un point : « les gens nous considèrent comme des dangers en raison des fausses croyances. » Ce dernier rappelle qu’une personne vivant avec le VIH est avant tout une personne dépistée, qui a donc brisé la chaîne de transmission.
Ce mercredi, à 18 heures, les deux militants ont appelé à un rassemblement devant tous les Palais de justice de France. Selon Supersero, le message est sans appel : « c’est notre dernière chance de pouvoir discuter avec l’État d’un changement législatif avant la fin du mandat présidentiel de 2027. »
Supersero : « Descendre dans la rue pour qu’on daigne à nous écouter »
Pour Nicolas, « la grève se passe plutôt bien, mis à part quelques hypoglycémies et une sensation de flottement, cela reste assez supportable. » Le militant niçois a révélé sa satisfaction de voir l’engouement autour de cette grève, notamment avec l’intérêt des médias et les réponses de certaines personnalités politiques. « Nous assistons à l’ouverture d’une brèche pour espérer avoir une précision législative », a-t-il déclaré.
La solidarité se manifeste également dans la rue. Au fil de la journée, des groupes de personnes se mobilisent pour soutenir les deux militants devant le palais de justice rémois. Une feuille de trois mètres sur deux rassemble les insultes qui leur sont adressées quotidiennement sur les réseaux sociaux. Nicolas a précisé que : « les passants réagissent et cela les amène à signer la pétition » face à une réalité d’une telle violence.
Les directions de Sidaction et Aides, ainsi que des collectifs communautaires LGBT et Trans, ont apporté leur soutien à ce mouvement. Pour autant, le niçois de 37 ans a exprimé son étonnement quant à l’absence de réaction de certaines associations : « nous voyons encore que, dans l’inconscient collectif, les gens n’ont pas encore compris que la lutte contre le VIH ne concerne pas uniquement les personnes LGBT. La majorité des personnes porteuses du virus ne font pas partie de cette communauté. »
Nicolas a insisté sur le sentiment d’isolement des personnes séropositives : « nous avons énormément de demandes d’individus en situation de vulnérabilité et nous nous retrouvons à devoir gérer des crises suicidaires. C’est scandaleux parce que nous sommes obligés de faire le travail de l’État et des associations alors que nous aussi, nous devrions être aidés ! »
Le combat pour une reconnaissance de la sérophobie
Nicolas Aragona et Christophe Paco souhaitent une réponse législative à la menace que représente la sérophobie. Parmi les nombreuses propositions, les deux militants demandent que ce fléau soit reconnu comme une circonstance aggravante en cas de discrimination. Supersero a livré un constat sans détour : « nous voyons bien que ce n’est pas par rapport à notre état de santé que nous sommes discriminés mais parce que nous sommes perçus comme des menaces, comme des gens qui cherchent à se venger et à contaminer. » Au cœur de la pétition, les deux hommes réclament une loi dédiée à la lutte contre la sérophobie.
Par ailleurs, les deux grévistes sollicitent également la mise en place de campagnes de sensibilisation afin de déconstruire les préjugés. L’objectif de cette mobilisation est de mettre fin à l’isolement social des personnes porteuses du VIH. Informer sur les réalités des victimes de sérophobie devient une nécessité. Encore marqué par cet épisode, Nicolas est revenu sur un épisode traumatisant : « j’ai écrit au procureur (de la République de Nice), je n’ai jamais eu de réponse. Je suis allé porter plainte à la police municipale et j’ai été agressé et insulté.»
Supersero et Christophe Paco restent déterminés à poursuivre leur combat et se disent prêt à reconduire le mouvement en l’absence d’une réponse politique satisfaisante. Les rassemblements devant les palais de justice en France se répéteront tous les soirs à 18 heures, jusqu’au 2 septembre prochain. Date à laquelle, les deux militants rencontreront Aurore Bergé, la ministre déléguée chargée de la Lutte contre les discriminations. L’objectif de ce rendez-vous sera d’aborder la réalité quotidienne des personnes séropositives.
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