Questionnaire sur les violences sexistes et sexuelles à l’école : un dispositif aux fondations incertaines 

La présentation du questionnaire « Brisons le silence » au Conseil Supérieur de l’Éducation a été reportée au 1er octobre prochain. Initialement prévue le jeudi 17 septembre, le ministère de l’Éducation nationale a annoncé remanier la première version. Ce questionnaire vise à repérer les mineurs victimes de violences sexistes et sexuelles. Si le dispositif est prometteur sur le papier, la mise en œuvre concrète révèle certaines failles, identifiées par la communauté éducative.  

Chaque année en France, environ 160 000 enfants sont victimes de violences sexuelles, selon un rapport de la Commission Indépendante sur l’Inceste et les Violences Sexuelles (CIIVISE). Ces dernières années, les scandales de violences sexuelles perpétrées à l’encontre de mineurs dans les milieux périscolaires et scolaires se sont multipliés.

Le ministre de l’Éducation nationaleÉdouard Geffray, a annoncé la création d’un questionnaire annuel sur les problématiques des violences sexistes et sexuelles, le 25 août dernier. Il s’agit de déterminer si les mineurs interrogés ont déjà été confrontés à des paroles, des comportements ou des situations les mettant dans une position inconfortable. Lors de sa conférence de presse de rentrée 2026, le recteur de l’académie de NiceEmmanuel Roux, a réagi à cette annonce : « 10 % des élèves ont subi des violences sexuelles et ramené à l’échelle d’une classe, ce chiffre ne peut pas laisser indifférent ! » 

Dans l’académie de Nice comme ailleurs, le questionnaire a vocation à devenir obligatoire, deux fois par an, pour les établissements publics et privés sous contrat dès la rentrée scolaire de 2026. Ce dispositif s’inscrit dans la volonté du ministère de l’Éducation nationale de lutter contre la recrudescence de toutes formes de violences en milieu scolaire, notamment sexistes et sexuelles. L’objectif est de repérer avec anticipation ces situations afin de faciliter la mobilisation des acteurs compétents et d’assurer la protection des mineurs concernés. Dans un communiqué, le ministère a affirmé vouloir faire de l’école « un lieu de refuge au sein duquel les mineurs peuvent dénoncer les violences qu’ils subissent. »

Le questionnaire est actuellement retravaillé à la suite de nombreuses réserves émises par la communauté éducative. Cette première version a mis en évidence certaines failles, tant dans la formulation des questions que dans les modalités de mise en œuvre. 

Un questionnaire trop abstrait 

Ce dispositif sera accessible aux élèves de la grande section à la terminaleTrois versions seront prévues afin d’adapter les sept à dix questions à l’âge des élèves. Dans la première version, les formulations du questionnaire à l’égard des élèves de l’école élémentaire laissent perplexe certains membres de la communauté éducative. « Je crains que les jeunes enfants ne comprennent pas les questions posées », a déploré une encadrante du périscolaire dans les Alpes-Maritimes*. Travaillant auprès des enfants depuis des années, cette dernière préconise des questions ciblées sur les émotions ressenties, car à ces âges, les émotions deviennent un biais de compréhension du bien et du mal.

Par ailleurs, les trois thématiques annoncées sont le « bien-être et la sécurité », le « respect du corps et des choix » et enfin les « connaissances des ressources. » Ce seront des questions fermées auxquelles les élèves devront répondre par oui ou par non. Au cœur du questionnaire attribué aux classes de collège, les élèves seront interrogés sur les comportements et les gestes à caractère sexuel dont ils ont pu être victimes, ainsi que sur la notion de consentement. Dans les lycées, les questions seront plus approfondies, notamment en abordant les violences sexuelles, les images intimes et les pressions pour obtenir un acte sexuel. 

La communauté éducative a émis des réserves, particulièrement sur la question « as-tu subi une agression sexuelle ? » Cette réticence naît du fait que les victimes n’ont pas toujours tendance à se reconnaître dans les termes juridiques. Des études ont pu révéler à quel point cela coûte psychologiquement aux victimes d’appliquer ces qualifications à leur propre vécu. L’utilisation de descriptions et de formulations sur des faits précis est préconisée pour révéler la nature des actes.

Des conditions d’encadrement imprécises 

L’efficacité dépendra des questions mais également des conditions dans lesquelles la séance sera menée. Il a été précisé que ce questionnaire pourrait être proposé anonymement ou nominativement, après l’information préalable des parents d’élèves. « L’élève peut accepter de lever cet anonymat et dans le cas contraire, une graine se met à germer et les choses pourront toujours évoluer jusqu’à ce qu’il parvienne à se confier », a assuré Emmanuel Roux, le recteur de l’académie de Nice.

La séance devrait se réaliser au cours d’une séquence dite d’Éducation à la Vie Affective et Relationnelle (EVAR) dans le premier degré ou d’Éducation à la Vie Affective et Relationnelle Sexuelle (EVARS) dans le second degré. Ces séances ont vocation à aborder les relations aux autres, le respect, l’égalité entre les sexes et la prévention contre les discriminations et les violences.

Le dispositif préconise la présence d’un binôme d’adultes, constitué d’un enseignant et d’un professionnel de santé, de service social ou psychologue de l’Éducation nationale. Or, la CIIVISE a déploré que « les services de santé scolaire affichent un déficit de personnel particulièrement frappant, avec en moyenne un médecin pour 13 000 élèves et un infirmier pour 1 300 élèves. » Cela peut alors présenter des difficultés dans sa mise en œuvre.

Ce manque de personnels compétents suscite également des inquiétudes quant à l’interprétation des résultats du questionnaire. La libération de la parole doit nécessairement s’accompagner d’un suivi effectif des mineurs concernés par les violences sexistes et sexuelles. En cas de nécessité, les victimes doivent pouvoir être mise en sécurité immédiatement. « Accueillir la parole d’un enfant victime requiert des compétences spécifiques », a rappelé la CIIVISE dans son communiqué. Elle a également ajouté que l’éducation nationale ne doit en aucun cas se contenter d’une écoute bienveillante, une prise en compte concrète de la parole de l’enfant et de sa situation apparaît nécessaire.

*La personne a souhaité rester anonyme.

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