Le décès d’une jeune femme dans un institut de beauté clandestin niçois a réouvert le débat autour des enjeux suscités par la pratique illicite d’actes de médecine esthétique. Le rôle du médecin est primordial mais il se trouve fragilisé par une réglementation insuffisante.
Une semaine après le décès d’une jeune femme de 25 ans, à la suite d’un malaise survenu après une première injection d’un anesthésiant, l’enquête de flagrance se poursuit. Le parquet a annoncé que « l’injectrice ne disposait ni de réelle formation ni d’autorisation. » Ce drame s’inscrit dans « un contexte de développement de ce type d’activités illicites et dangereuses », a annoncé le procureur de la République de Nice, Damien Martinelli.
La banalisation des actes de médecine esthétique sur les réseaux sociaux permet l’émergence de réseaux clandestins. « Les médecins formés pour réaliser ces actes sont soumis à la déontologie médicale. Ils n’ont pas la possibilité de communiquer sur ce qu’ils font, comme peuvent le faire en toute liberté les fakes injectors », a déploré Anne Vincent, la coprésidente du Cercle des bonnes pratiques en médecine.
Ce drame témoigne de l’importance d’identifier un médecin formé pour réaliser ces actes. Par ailleurs, ce fait est aussi révélateur d’une carence dans la règlementation de ces pratiques. L’expertise d’un médecin constitue un véritable enjeu pour la sécurité des patients mais l’insuffisance de la législation crée des zones de fragilité.
Des compétences en médecine essentielles
Les actes de médecine esthétique doivent être réalisés par des personnes, titulaires d’un diplôme les autorisant à exercer une activité de médecine. Le patient peut le vérifier, en cas de doute, auprès du Conseil de l’Ordre des Médecins.
Ces actes sont nécessairement soumis à une assurance. Pour être assuré, le médecin doit être titulaire d’un diplôme universitaire ou interuniversitaire portant sur les domaines couverts par la médecine esthétique. Le numéro d’assurance figure sur les devis et les consentements éclairés, qu’il est tenu de faire. En cas de doute, le patient peut contacter le Cercle des bonnes pratiques en médecine esthétique.
« Le médecin doit interroger ses patients, déterminer si l’acte est adapté, proposer un plan de traitement et déterminer quel produit, à quelle quantité et à quelle fin« , a expliqué Anne Vincent. Le professionnel est soumis à une déontologie et à une éthique. En l’absence d’une assurance, il ne devrait pas réaliser l’acte parce qu’il en découlerait une trop lourde responsabilité.
La formation des médecins est essentielle puisque le praticien est en capacité de reconnaître et gérer les complications et les accidents allergiques. Les injections effectuées par des « fakes injector » présentent de très grands risques. À titre d’exemple, Anne Vincent a alerté sur les dangers liés à l’injection d’une quantité excessive de produits anesthésiques directement dans une artère, pouvant entraîner un arrêt cardio-respiratoire.
La coprésidente a également abordé l’utilisation des produits frelatés trouvés sur internet. La perquisition du local à l’ouest de Nice, a d’ailleurs, permis de découvrir des produits neufs et usagés, tels que des produits injectables en provenance d’Asie.
Une pratique méritant un encadrement clair
La médecine esthétique n’est pas une spécialité reconnue en tant que telle. Cette profession s’est organisée indépendamment depuis une trentaine d’années. « Nous alertons les autorités depuis quelque temps pour leur demander de règlementer cette discipline pour empêcher l’errance des patients vers les fakes injectors », a déclaré Anne Vincent. En dépit du décret pris le 10 juillet dernier, « cela n’est pas suffisant, il faut aller plus loin », a déploré la coprésidente.
Les praticiens d’actes de médecine esthétique rencontrent des difficultés en ce qu’ils sont confrontés à une impossibilité d’utiliser certains produits à base de toxine botulique. Anne Vincent ajoute que ce produit est « un soin clé dans la prise en charge globale en médecine esthétique puisqu’il sert de façon transitoire à empêcher les contractions musculaires et la fabrication de rides d’expression. » Bien entendu, cette utilisation concerne uniquement la médecine esthétique, puisque ce produit est également utilisé pour des indications dans d’autres disciplines.
« Nous appelons les autorités à ouvrir en urgence les conditions de prescription et de délivrance des toxines botuliques afin que les médecins formés et assurés puissent les utiliser de façon légale », a alerté la médecin.
Ce produit est, à l’origine, réservé à cinq spécialités : la chirurgie plastique, la dermatologie, la chirurgie de la face et du cou, l’ophtalmologie et l’ORL. En 2019, l’Agence Nationale de sécurité du médicament et des produits de santé a créé un texte permettant aux médecins formés d’utiliser les toxines botuliques. Or, il n’y a jamais eu de suites favorables pour les médecins esthétiques. Ainsi, ces derniers s’approvisionnaient en achetant ce produit en pharmacie. Désormais, les autorités ont supprimé cette possibilité.
Dans ce contexte, les médecins se retrouvent en incapacité de s’occuper de leurs patients dans leur globalité. « Le temps de règlementation est beaucoup plus long que le temps médical et cela devient un danger pour les patients qui auront tendance à se tourner vers des fakes injectors », a regretté Anne Vincent. La coprésidente du Cercle des bonnes pratiques en médecine estime que les autorités doivent davantage faire confiance aux médecins pour que les patients ne prennent plus des risques en se tournant vers des salons esthétiques.
NicePremium est un média local indépendant et gratuit.
Pour nous aider à continuer, vous pouvez soutenir notre travail à partir de 5 € par mois.
