Harcèlement dans les transports : apprendre à réagir sans se mettre en danger

🇬🇧 Also available in English

Un bus Lignes d’Azur stationné place Garibaldi a servi de terrain d’exercice, ce mercredi 16 septembre,à l’occasion de la 4e édition de l’action « Réagir peut tout changer ! ». Organisée par l’association Alter Égaux avec la Ville de Nice, la Métropole Nice Côte d’Azur et Lignes d’Azur, l’animation met les participants face à des situations de harcèlement afin de leur apprendre à réagir sans se mettre en danger.

« Hé Marlène, tu vas bien ? Ça te dit un café ? » Dans un bus stationné place Garibaldi, à Nice, cette phrase peut sembler anodine. Elle constitue pourtant l’une des solutions proposées aux participants confrontés à une scène de harcèlement.

Ce mercredi 16 septembre, deux femmes mettent en scène une situation de violences sexistes et sexuelles dans les transports. L’une aborde l’autre de manière insistante, malgré ses refus, lui demandant son prénom, son numéro de téléphone ou encore son compte Instagram. Une fois la scène terminée, les participants sont invités à revenir sur ce qu’ils viennent de voir. Comment intervenir ? Jusqu’où aller ? Et surtout, comment agir sans se mettre soi-même en difficulté ?

Faire semblant de connaître la victime fait partie des possibilités. En interpellant la personne ciblée, le témoin peut détourner l’attention et permettre de rompre la situation de harcèlement sans confrontation directe avec l’auteur.

88 % des témoins ne réagissaient pas

Cette mise en situation s’inscrit dans la quatrième édition de la campagne « Réagir peut tout changer ! », menée depuis avril 2025 par l’association Alter Égaux, en partenariat avec la Ville de Nice, la Métropole Nice Côte d’Azur et Lignes d’Azur.

L’objectif est de répondre à un constat établi lors d’un diagnostic réalisé en 2021-2022 dans les réseaux de transport des Alpes-Maritimes : 88 % des témoins de violences sexistes et sexuelles déclaraient ne pas intervenir.

Pour Maëva Beauvais, chargée de mission prévention du sexisme au sein d’Alter Égaux, cette absence de réaction s’explique notamment par une méconnaissance des moyens d’intervention. Face à une situation de harcèlement, plusieurs questions peuvent en effet surgir : « Suis-je capable de réagir sans me mettre en danger ? Ou légitime pour intervenir ? Suis-je responsable d’intervenir ? »

L’animation cherche donc moins à imposer une réaction unique qu’à donner aux témoins des outils concrets pour choisir comment intervenir.

Les « 5D » pour intervenir sans se mettre en danger

Pour y parvenir, Alter Égaux s’appuie notamment sur la méthode des « 5D » : distraire, documenter, diriger, déléguer et dialoguer. Il s’agit de cinq façons d’intervenir, selon la situation, sans nécessairement s’exposer directement.

La première consiste à distraire, par exemple en détournant l’attention ou en faisant semblant de connaître la victime. Il s’agit d’une manière de rompre la situation de harcèlement sans confronter directement son auteur.

Il est aussi possible de diriger, en intervenant verbalement, ou de déléguer en sollicitant quelqu’un capable d’agir, comme un conducteur ou un contrôleur, mais aussi en faisant appel aux forces de l’ordre.

Autre possibilité : documenter les faits. Un témoin peut enregistrer la scène afin de transmettre les images à la victime, si celle-ci souhaite engager des démarches. Ces images doivent toutefois rester privées et être transmises uniquement à la victime.

Enfin, dialoguer permet d’échanger avec la personne concernée, notamment pour lui apporter un soutien après les faits. L’idée est surtout de rappeler qu’être témoin ne signifie pas nécessairement s’exposer directement. Plusieurs formes d’intervention sont possibles, en fonction de la situation et de ce que chacun se sent capable de faire.

Les conducteurs également sensibilisés

Le dispositif concerne aussi les conducteurs de Lignes d’Azur, eux-mêmes confrontés à des situations pouvant se produire dans les transports. L’association poursuit également son travail de sensibilisation auprès des usagers et des professionnels du réseau.

Une nouvelle enquête sur le sexisme et les violences dans les transports est actuellement menée dans les Alpes-Maritimes. Ses résultats devraient être présentés le 25 novembre 2026, à l’occasion de la Journée internationale pour l’élimination des violences faites aux femmes.

En attendant, le message de cette quatrième édition reste simple : face à une situation de harcèlement dans les transports, réagir ne signifie pas forcément se mettre en danger. Il peut aussi s’agir de détourner l’attention, de demander de l’aide ou de soutenir la victime.

NicePremium est un média local indépendant et gratuit.
Pour nous aider à continuer, vous pouvez soutenir notre travail à partir de 5 € par mois.

Soutenir NicePremium