Guila Clara Kessous : « les paroles des victimes doivent être entendues »

A l’occasion de la Journée Mondiale pour la Lutte contre l’exploitation des êtres humains, le court-métrage Woman on Rope sera présenté le 3 août prochain, à 19h30, au Centre Universitaire Méditerranéen. Cette création d‘Aurélia Khazane incarnée par Guila Clara Kessous incarne la rencontre entre l’art et l’engagement.

La Journée Mondiale pour la Lutte contre l’exploitation des êtres humains a lieu le 3 août prochain, au Centre Universitaire Méditerranéen à Nice. À cette occasion, une projection et une table ronde seront consacrées pour évoquer cette problématique mondiale. Les inscriptions pour assister à cette soirée gratuite se clôturent ce soir.

Primé à Cannes, l’avant-première du court-métrage, Woman on Rope (Quand les femmes s’élèvent, l’humanité progresse) sera présenté. Ce film a été conçu par l’ambassadrice de l’UNESCOGuila Clara Kessous, nommée artiste pour la paix en 2012, et réalisée par Aurélia Khazan. Il a été produit par Khen Than Nath. Ce court-métrage met en lumière le parcours de résilience et de reconstruction des femmes confrontées à l’exploitation et aux violences liées à la traite des êtres humains.

Cette création est née d’une collaboration entre la réalisatrice Aurélia Khazan et l’artiste Guila Clara Kessous. Portées par des causes qui leur sont chères, l’ambassadrice de l’UNESCO a performé sur la corde, sous le regard bienveillant de la réalisatrice. Ce court-métrage transforme une performance artistique en un véritable acte d’engagement et de pédagogie. 

Guila Clara Kessous : "les paroles des victimes doivent être entendues"
Photo : Aurélia Khazan

D’un défi personnel à un symbole universel 

Woman on Rope est le fruit de la réflexion de Guila Clara Kessous. « C’était un défi personnel à la suite de ma maternité, je voulais tester mes limites. Enfant, ils se moquaient de moi dans les cours de sport parce que je n’arrivais absolument pas à monter à la corde« , a-t-elle confié. Six mois après avoir été formée, l’ambassadrice est parvenue à atteindre une dizaine de mètres. « Je me suis dit bon sang, si je réussis, toutes les femmes peuvent réussir malgré ce qu’elles peuvent penser de leur corps. »

Cette histoire est née de la volonté de cette artiste d’ajouter la dimension du corps dans son engagement pour les droits humains. Ce court-métrage représente l’ascension d’une femme traversant les moments forts de l’évolution de ses droits, avec les avancées mais aussi les reculs. « Chaque prise est liée à une date, un lieu, avec des archives, et une posture à la corde. Pour moi, il est très important de montrer comment le corps des femmes est pris en otage dans la traite des êtres humains« , a assuré Madame l’ambassadrice. En fonction des moments représentés, la corde vient nouer le corps du personnage à la poitrine, au ventre ou entre les cuisses.

« Je me suis rendu compte que j’avais réussi à compter sur mon corps pour raconter quelque chose« , a déclaré Guila Clara Kessous. L’ambassadrice a décrit la sensation du moment suspendu à la corde. « Je monte et je fais absolument toutes les figures moi-même« , a-t-elle révélé. Elle a évoqué la signification de ce risque pris : « c’est d’une certaine manière une allégorie de toutes ces femmes qui essayent de garder l’équilibre entre leur vie personnelle et professionnelle, face aux inégalités. »

La dimension émotionnelle de ce court-métrage revêt une importance cruciale. « Cette femme que j’incarne devait être neutre et surtout refléter toutes les femmes« , a avoué Guila Clara Kessous. La performance ne devait surtout pas masquer les témoignages des femmes qui révèlent leurs douleurs. « Sur le terrain, nous nous rendons compte que ce sont les paroles des victimes qui doivent être entendues« , a-t-elle déclaré.

Pour l’ambassadrice de l’UNESCO, les artistes ont une responsabilité sous le nom de « l’artivisme« . Cette contraction entre « artiste » et « activiste » est nécessaire puisque les créatifs ont la possibilité de sensibiliser la société aux différents enjeux . « C’est un langage universel qui dépasse les frontières, l’art a une responsabilité qui est celle d’être un appel à la paix« , a conclu Guila Clara Kessous.

Quand le cinéma devient un engagement 

Sensible à la cause des femmes, Aurélia Khazan s’est donné pour mission de participer à son échelle à l’évolution des droits humains : « C’est ce que j’ai essayé de défendre dans Woman on Rope. »

La réalisatrice du court-métrage a expliqué la passion qui l’habite lorsqu’il s’agit de raconter des histoires : « J’aime emmener les gens au travers d’un vécu et d’un personnage, pour qu’ils puissent eux aussi vivre cette expérience à leur propre manière. » Le libre-arbitre du public dans l’interprétation du film est un élément crucial pour la réalisatrice : « j’ai voulu une vision poétique et métaphorique pour que le spectateur puisse lui-même s’approprier les évolutions et les reculs des droits des femmes. »

Le court-métrage est ponctué de témoignages de femmes, notamment victimes des atrocités au Congo. « Nous mettons des éléments réels pour donner matière à réflexion« , a déclaré Aurélia Khazan. Woman on Rope révèle la complexité d’un monde, entre progressions et régressions. « C’est d’une violence inouïe de voir que les femmes peuvent être sous-considérées, maltraitées et martyrisées« , a déploré la réalisatrice.

Cette création audiovisuelle incite les spectateurs à réfléchir sur la chronologie des luttes pour les droits des femmes. Face aux obstacles que les femmes doivent encore surmonter aujourd’hui, Aurélia Khazan évoque le féminisme collaboratif : « nous avons besoin des hommes pour continuer à livrer ces batailles, le film rend hommage aux femmes et aux hommes qui ont participé à ces évolutions. » Ce film est une ode aux droits humains pour tous, que ce soit pour les hommes ou pour les enfants.

En dépit du chemin à parcourir, le court-métrage donne de l’espoir. « J’ai beaucoup été touché lorsque des personnes m’ont dit qu’elles avaient été émues, jusqu’à verser une larme à la fin. J’ai été formé en Inde et il y a un acteur indien qui dit : le cinéma indien, c’est ressortir d’une salle de cinéma avec une larme sur la joue et le sourire aux lèvres« , a confié Aurélia Khazan.

Woman on Rope raconte aussi une histoire de fraternité et de sororité. « Nous vivons dans une période difficile, dans laquelle il est compliqué de trouver sa place, mais je pense qu’il existe toujours une possibilité de concrétiser les choses. Je sais que c’est dur, mais je crois que chacun à sa place au soleil et que l’entraide est très importante« , a déclaré la réalisatrice.

NicePremium est un média local indépendant et gratuit.
Pour nous aider à continuer, vous pouvez soutenir notre travail à partir de 5 € par mois.

Soutenir NicePremium