Immersion avec les triathlètes qui ont réalisé l’Ironman de Nice en autonomie

Après l’annulation de l’Ironman de Nice, comptant près de 4 500 participants, pour cause de vigilance orange canicule, pas moins de 300 triathlètes ont pris le départ ce dimanche matin, en autonomie complète, sur le tracé initialement prévu. Récit d’une matinée pas comme les autres sur la Promenade des Anglais.

Ce dimanche matin, plage des Ponchettes, Liliana, triathlète originaire d’Île-de-France et sa famille, tous venus spécialement de Paris. C’est à 6h03 qu’elle s’élançait la première dans la mer pour la distance complète, sans dossard, sans ravitaillement officiel ni la moindre barrière. À quelques mètres à peine, des fêtards terminaient leur nuit sur les galets, des touristes se baignaient déjà et un camion poubelle remontait la Promenade. C’est dans ce décalage que se raconte l’Ironman le plus singulier de l’année.

Ici, pas de départ officiel, chacun choisit son heure. À 6h20, heure officielle du départ de l’Ironman 70.3, une quinzaine d’athlètes nageaient dans la mer sous les encouragements de leurs proches restés sur la plage. Une heure plus tard, à 7h30, horaire prévu pour le départ de l’Ironman complet, plus de la moitié d’entre eux avaient déjà bouclé la natation et enfilé leur tenue pour partir sur le vélo.

Les départs s’étiraient sur le front de mer de la plage des Ponchettes, là où le rassemblement était le plus dense, jusqu’aux abords de l’hôtel Amour. L’ambiance, elle, oscillait entre détermination et légèreté.

Deux athlètes vont dans la mer pour leur partie natation.

Une inquiétude revenait pourtant chez plusieurs participants : leurs vélos. Sans aucune organisation, personne ne surveillait le matériel pendant la natation, alors que certains équipements valent plusieurs milliers d’euros. Beaucoup se sont organisés dans un parking souterrain proche de la plage, où ils se changeaient, déposaient leurs affaires et repartaient à vélo. Un contraste marqué avec une course classique, où la transition fait partie de l’épreuve et se joue à la seconde près. Ici, pas de chrono : l’organisation s’est faite dans l’entraide.

Une course en pleine débrouille

Dans le parking où les concurrents se préparent, l’atmosphère est détendue. C’est là que je retrouve Carla. Originaire du Sud-Ouest, l’athlète est venue avec son club pour l’épreuve. Pour elle, cette course représentait beaucoup. « J’ai pleuré toute la journée, j’ai plus de larmes », me confiait-elle la veille au sujet de l’annulation. C’était “sa course de l’année”, une compétition pour laquelle elle s’était préparée pendant des mois. Ses proches, dont ses grands-parents âgés, avaient prévu de faire le déplacement : « C’est surtout l’absence de mes proches qui m’a fait mal au cœur », expliquait-elle. C’est finalement son club qui l’a remotivée : « Ma motivation vient surtout du club ; seule, je ne serais pas là aujourd’hui. »

Les athlètes déchargent leurs vélos dans un parking.

Sans dispositif sur place, les athlètes ont dû se débrouiller seuls, dans une dynamique où l’autonomie s’est mêlée à l’entraide et à la cohésion du groupe : sacoches fixées aux vélos, arrêts aux fontaines publiques et détours par les boulangeries du coin. Lors d’un de ces ravitaillements improvisés, Carla opte pour une part de pizza, loin des traditionnels gels énergétiques, avant de repartir à l’assaut des dix kilomètres d’ascension du col de Vence.

Habitués à s’entraîner sur des routes ouvertes, les membres du groupe connaissent bien les contraintes de la circulation. Mais sans la sécurisation d’une épreuve officielle, la cohabitation avec les automobilistes s’est parfois révélée délicate. À l’un des points de rassemblement, à mi-parcours, quelques tensions sont apparues : impatience de certains conducteurs, dépassements sans visibilité… Autant de situations qui ont rappelé la nécessité, pour les cyclistes comme pour les voitures, de redoubler de vigilance et de composer ensemble avec la route.

L’entraide, le mot clé de cette journée

Sur la dernière épreuve, le groupe a choisi de ne parcourir que dix kilomètres sur les vingt initialement prévus pour l’Ironman 70.3, afin de se préserver, tandis que d’autres ont poursuivi jusqu’au bout. Malgré des distances différentes, les triathlètes restaient soudés : ils avançaient au même rythme, s’attendaient mutuellement et évitaient toute prise de risque inutile. Sous les encouragements d’un petit groupe de supporters, ils franchissaient finalement la ligne d’arrivée. Sans arche ni médaille cette fois-ci, mais avec le sentiment d’être allés au bout de leur défi.

Des supporters venus encourager les athlètes.

Face à la canicule, leur position reste inchangée : l’annulation n’était pas nécessaire, encore moins 48 heures avant l’événement. « On est entraînés pour ça », résument-ils.

Une initiative qui interroge

La démarche séduit autant qu’elle divise. Du côté des partisans, on défendait la liberté de chacun de s’entraîner. « Il ne s’agit pas que d’une simple rencontre sportive, elle constitue pour les sportifs l’aboutissement de mois, voire d’années, de sacrifices et d’entraînement », expliquait un accompagnateur. Certains rappelaient également que des éditions de l’Ironman se sont déjà tenues sous des températures comparables.

Du côté des sceptiques, on met en avant les risques liés à la chaleur, mais aussi ceux d’une initiative sans secours ni périmètre de sécurité, mettant en danger les participants comme les autres usagers de la route.

Alexandre Nardini

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