Eric Ciotti et Renaud Muselier s’échappent au sujet des JO et de la gare de Nice Aéroport

De nouvelles tensions ont éclaté entre la Métropole Nice Côte d’Azur et la Région Sud, en marge du conseil métropolitain du 8 juin. Sur la table : les possibles répercussions de la perte des JO d’hiver sur l’un des projets phares de la Ligne Nouvelle Provence Côte d’Azur (LNCPA).

Le maire de Nice Eric Ciotti a livré une violente diatribe à l’endroit du ministre des Transports Philippe Tabarot et, par extension, de la Région Sud, présidée par Renaud Muselier, lors du conseil métropolitain du 8 juin. Les répercussions de la perte des JO d’hiver sur le chantier de la nouvelle gare de Nice Aéroport, prévue pour 2029, constituent le point de départ de cet énième épisode de frictions. 

Pas de Jeux, pas de gare ?

Alors qu’un rapport sur l’avancée du projet LNPCA était examiné en conseil métropolitain, Eric Ciotti a déclaré que des menaces avaient été proférées quant à la réalisation de son projet phare : la nouvelle gare de Nice Aéroport, un projet d’envergure regroupant TGV, TER, tramway et gare routière. En faisant fonctionner les JO et la gare de Nice Aéroport comme un pack, le ministre des Transports Philippe Tabarot aurait laissé entendre que le projet de gare ne verrait pas le jour si Nice n’hébergeait pas le pôle glace des JO comme prévu. 

« Je trouve ces méthodes scandaleuses et quasiment mafieuses (…) dire que parce que nous n’aurions pas les JO, nous n’aurions plus la gare de Nice Aéroport ni le TER, c’est honteux et scandaleux. C’est indigne de gens qui occupent un mandat public, et qui sont en charge de l’intérêt général, pas de leur intérêt », a déclaré le maire de Nice lors du conseil métropolitain.

Et l’édile d’ajouter : « c’est scandaleux pour M. Tabarot (…) qui a joué en permanence contre le territoire. Il s’est opposé à ce que nous ayons des trains pour les supporters de l’OGC Nice à Paris [pour la finale de la Coupe de France], il s’est opposé aux JO, et menace aujourd’hui le projet de Ligne Nouvelle Provence Côte d’Azur. »

Ancien sénateur des Alpes-Maritimes, le ministre des Transports né à Cannes avait épinglé le maire de Nice quelques jours plus tôt, déclarant qu’il avait « gâché la fête de milliers, de millions d’enfants » en refusant que les Jeux d’hiver ne prennent place à l’Allianz Riviera. « Heureusement que ce sont des gens en bout de mandat », a lancé le maire Eric Ciotti en fin de réquisitoire, faisant référence au mandat du Président de la Région Renaud Muselier qui touchera à sa fin au plus tard en 2028, ou avant en cas de victoire aux Sénatoriales.

La pression retombe sur le chantier

Pris à parti, Renaud Muselier n’a pas tardé à répondre aux attaques de son opposant. Dans un communiqué de presse sobrement intitulé « nouvelle sortie de route pour Eric Ciotti », ce dernier a fait savoir que le maire de Nice aurait « une nouvelle fois tenté de masquer ses responsabilités et porté des accusations graves et diffamatoires à l’encontre de la Région Sud et de son Président. » 

Le président de la Région a par la même occasion renouvelé son soutien à la ville de Nice et rassuré sur la volonté de mettre en place ledit projet : « la Région reste un soutien solide de Nice et des Alpes-Maritimes, et c’est particulièrement vrai en matière de transport (…) Nous avons toujours soutenu LNPCA et la gare de Nice Aéroport. Nous regrettons que la décision prise par Eric Ciotti (de renoncer aux JO, ndlr) nous prive des moyens d’accélérer le chantier et d’en sécuriser le financement », a-t-il déclaré par la voie officielle hier en fin de journée.

Le Président du conseil régional évacue tout abandon du projet de nouvelle gare, et met plutôt en lumière le fait qu’en renonçant aux Jeux, Eric Ciotti a privé le projet du fameux « levier olympique » — levier qui aurait permis « l’accélération du calendrier de construction », initialement pensé « pour qu’il coïncide avec l’accueil des Jeux à Nice » à l’hiver 2030. 

Alors « même si elle ne remet pas en cause le projet, la perte des Jeux va nécessairement entraîner un relâchement de la pression mise pour livrer l’infrastructure en décembre 2029 » anticipe Renaud Muselier. Le projet de nouvelle gare de Nice Aéroport comprend des « travaux sur voies et en gare qui doivent nous permettre à terme de passer d’un TER toutes les 15 minutes à un TER toutes les 10 minutes », selon ce dernier. Une nouvelle fréquence qui bénéficierait à tous.

Philippe Tabarot avait lui pourtant montré son engagement publiquement quelques jours plus tôt : « j’espère que l’on pourra quand même mener le projet à bien. Tant que je suis au ministère, ce sera le cas », a-t-il affirmé au micro d’Europe 1 le vendredi 5 juin. Pour la construction de la nouvelle gare, sans Jeux, le calendrier risque donc d’être relâché.

Des contradictions pointées du doigt

Le Président de la Région soulève par ailleurs une incohérence, notant dans son communiqué qu’il est « étonnant d’accuser la Région de pression sur le projet quand on sait que les élus RN et UDR qui siègent à la Région ont toujours voté contre la LNPCA ». Selon lui, « le maire de Nice, l’UDR et ses alliés RN (…) se sont toujours opposés » à ce projet du territoire. Aussi « ce n’est pas la Région ou le gouvernement qui jouent contre le territoire mais bien Eric Ciotti et ses alliés, et ça commence à se voir ! »

Qui dit faux, qui dit vrai… Une chose est sûre, avec les Jeux, le chantier de « la plus grande gare multimodale de France », selon le ministre des Transports aurait été chouchouté et livré en temps et en heure. Sans, la construction de la gare de Nice Aéroport risque de mettre plus de temps à voir le jour.

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