L’exclusion de Nice du dispositif des Jeux olympiques et paralympiques d’hiver Alpes 2030 entraîne l’arrêt de plusieurs projets structurants. Acteurs économiques, élus et représentants du monde du bâtiment alertent sur les conséquences pour le territoire.
La décision du Comité d’organisation des Jeux olympiques et paralympiques (Cojop) de transférer les épreuves de glace des JO 2030 de Nice vers Lyon provoque de nombreuses réactions dans les Alpes-Maritimes. Au-delà de la perte de l’événement sportif, plusieurs projets d’infrastructures associés à l’accueil des Jeux sont désormais suspendus. Le monde économique redoute également l’impact sur l’activité et l’emploi.
Depuis l’attribution des Jeux olympiques d’hiver aux Alpes françaises en juillet 2024, plusieurs opérations avaient été engagées afin de préparer l’échéance de 2030. À Nice, les Jeux devaient s’accompagner d’investissements importants dans les équipements sportifs, le logement et les infrastructures.
Des projets olympiques stoppés
La Société de livraison des ouvrages olympiques (Solideo) avait prévu d’investir 300 millions d’euros sur le territoire niçois. Deux opérations principales étaient concernées : la construction du Complexe omnisport olympique (COOL) et la création du village olympique destiné à accueillir 1 500 athlètes avant de devenir un quartier comprenant 400 logements. « La Solideo travaillait sur deux ouvrages structurants », explique le directeur général de la Solideo, Damien Robert.
Les procédures étaient déjà avancées. Une consultation pour l’attribution d’un marché global de performance concernant le COOL était en cours. Une autre consultation portait sur la réalisation du village des athlètes. Le groupement composé de Sogeprom et Demathieu et Bard Immobilier avait récemment été désigné pour mener le projet.
« Les procédures avaient été lancés très rapidement pour livrer les projets dans les temps. Désormais, l’arrêt des procédures est en cours. Elles arrivaient à maturité puisque nous allions basculer dans l’opérationnel et dans la phase de consultation auprès des riverains à la fin de mois de juin », regrette Damien Robert.
La question des indemnisations reste ouverte. « Il va falloir indemniser le marché global de compétences pour le POOL et les opérateurs, c’est prévu dans les contrats », indique le directeur général de la Solideo. En revanche, « ce qui ne peut pas être indemnisé, c’est tout le temps passé en ingénierie interne et publique. »
Pour Renaud Muselier, président de la Région Sud, les conséquences restent difficiles à mesurer. « On ne sait pas encore très bien mesurer les conséquences… Des engagements ont été pris, des lettres faites. C’est une étape complexe », déclare l’élu régional. Selon la Région, les retombées économiques perdues pour le territoire pourraient atteindre 550 millions d’euros.
Le monde économique demande des garanties
L’Union pour l’entreprise des Alpes-Maritimes (UPE06), la CCI Nice Côte d’Azur, la Fédération française du bâtiment des Alpes-Maritimes, l’UIMM Côte d’Azur & Corse et l’UMIH Nice Azur & Haut Pays ont publié une réaction commune. « Nous regrettons la perte de l’apport d’activité qu’aurait représenté l’organisation des Jeux et les emplois directs et indirects qui auraient été créés, particulièrement dans l’événementiel, la sécurité, la logistique, le tourisme et la construction », indiquent les organisations.
Les représentants économiques s’inquiètent également du devenir des projets associés aux Jeux. « L’accélération de la dynamique de transformation engagée, qu’il s’agisse de mobilité, avec la livraison de la Gare Nice Aéroport envisagée en décembre 2029, ou bien la construction de logements, puisse être conservée », souhaitent-ils.
Les mêmes acteurs réclament « qu’une concertation soit engagée dans les tout prochains jours avec l’ensemble des acteurs économiques du territoire, afin d’apporter de la visibilité et d’éviter que les entreprises de notre département ne soient pas les grandes perdantes de cet échec collectif. »
Lors des Entreprenariales organisées à l’Allianz Riviera, Éric Ciotti a reconnu la perte du dossier olympique. « On a perdu les Jeux. Je le regrette, mais c’est pas la mort du petit cheval », a déclaré le maire de Nice.
L’édile défend toutefois sa position sur la transformation du stade de l’OGC Nice. « J’ai très clairement dit que je n’accepterais pas que ce stade soit occupé pendant un an pour transformer un stade de football de 40 000 places en une patinoire de 15 000. C’est une aberration environnementale ! Faire de la glace dans une enceinte aussi vaste, c’est une aberration budgétaire ! 100 millions d’euros pour couvrir le stade, c’est une aberration économique ! »
Du côté des entreprises du bâtiment, l’inquiétude domine malgré une volonté d’adaptation. « C’était un apport d’activité importante », souligne Florent Noiray, vice-président de la Fédération du BTP 06. « Le logement est atone, les collectivités manquent de ressources… Toute pierre à l’édifice est importante. Après, nos entreprises sont résilientes. On a vécu sans les JO avant. ça fait depuis 2020 qu’on traverse des crises, on traversera celle-là aussi ! »
Une décision qui continue de diviser
La perte des épreuves de glace nourrit également les tensions politiques. Éric Ciotti estime que « cette décision est politique. Elle est le résultat de manœuvres, de pressions et d’intérêts qui ont prévalu sur l’intérêt des Niçois. »
Le président du département des Alpes-Maritimes, Charles Ange Ginésy, dénonce lui aussi une décision préjudiciable pour le territoire. « Je suis consterné par la décision du COJOP de priver Nice des épreuves de glace », affirme-t-il, rappelant qu’un soutien financier départemental pouvant atteindre 40 millions d’euros avait été proposé.
À gauche, les réactions sont plus nuancées. Julien Picot rappelle l’opposition des communistes au coût du projet et appelle désormais à investir dans les équipements sportifs de proximité. Juliette Chesnel-Le Roux conseillère municipale d’opposition, considère comme le maire que « le projet de couvrir un stade de 30 000 places pour y mettre de la glace en plein mois de février, alors qu’il fera 10 degrés, était une aberration complète à 80 millions d’euros ».
Pendant ce temps, le Cojop maintient que le choix de Lyon repose sur des critères techniques, financiers et organisationnels. Dans un communiqué, l’instance indique que « les solutions alternatives recherchées se sont révélées insatisfaisantes. »
L’abandon du pôle glace à Nice marque ainsi un tournant pour les JO 2030 dans les Alpes-Maritimes. Au-delà du débat politique, l’avenir des projets suspendus et des retombées économiques attendues reste désormais au centre des préoccupations locales.
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