Présent en section immersive au Festival de Cannes, Pierre Alain Giraud dévoile Playing with the Fire, une œuvre hybride entre concert, réalité virtuelle et installation numérique. Porté par la pianiste Yuja Wang, ce projet explore la frontière entre musique, image et expérience sensorielle, dans une logique d’immersion totale du spectateur.
Une immersion née entre ingénierie et cinéma
Avant de devenir réalisateur, Pierre Alain Giraud a d’abord travaillé comme ingénieur, une formation qui influence encore aujourd’hui sa manière de concevoir ses projets. Il évoque ensuite un parcours entre documentaire, recherche technologique et création artistique, avec une volonté constante : inventer de nouvelles formes d’immersion narrative.
Son imaginaire remonte à l’enfance, marquée par les projections de films muets. « Mon premier souvenir de cinéma, ce sont les films de Chaplin », raconte-t-il, soulignant une sensibilité précoce aux émotions visuelles et à la narration sans parole.
Ce n’est pas la première participation de Pierre Alain Giraud au Festival de Cannes. Il y avait déjà présenté une expérience immersive il y a deux ans, autour du projet Noir, inspiré de l’histoire de Claudette Colvin et des luttes pour les droits civiques.
Cette première œuvre utilisait déjà des dispositifs de réalité augmentée pour intégrer des éléments virtuels dans l’espace réel, posant les bases de sa recherche actuelle sur l’immersion.
Playing with the Fire : une immersion musicale et sensorielle
Le projet actuel naît d’une rencontre artistique majeure avec la pianiste Yuja Wang. Impressionné par son jeu, Pierre Alain construit autour d’elle une expérience où la musique devient moteur d’univers visuels.
Le feu, élément central du projet, est pensé comme symbole de création et de destruction. Inspiré notamment par les travaux de Gaston Bachelard, le réalisateur explore les contradictions humaines à travers cet élément. Playing with the Fire repose sur une technologie de capture volumétrique permettant de recréer la présence de la pianiste dans un espace virtuel. Le spectateur voit Yuja Wang jouer comme si elle était physiquement présente. À partir de cette performance musicale, des mondes surréalistes se déploient, créant une expérience d’immersion progressive entre musique, image et narration.
Le dispositif combine réalité virtuelle, installation physique et performance filmée.
Une création en mouvement permanent
Pierre Alain Giraud insiste sur le fait que son processus de création évolue constamment. L’immersion ne se limite pas à une idée figée : elle se transforme au fil du tournage et des contraintes techniques.
« On imagine quelque chose sur papier, puis on découvre autre chose en le construisant », explique-t-il. Certaines scènes, comme celle de L’Oiseau de feu, ont nécessité un travail complexe mêlant animation et chorégraphie.
Le projet s’est construit en plusieurs étapes. La musique a d’abord été enregistrée à Londres, dans un contexte exigeant où la pianiste enchaînait déjà de nombreux concerts.
Pierre Alain décrit Yuja Wang comme une artiste extrêmement perfectionniste, jamais pleinement satisfaite de ses performances, ce qui renforce selon lui l’intensité du travail.
Une autre étape majeure du tournage a eu lieu à Grenoble, avec un dispositif technique impressionnant : un piano vert filmé par 70 caméras dans un environnement entièrement contrôlé. Une expérience d’immersion totale pour la musicienne comme pour l’équipe.
Une œuvre collective et évolutive
Le projet a été développé sur environ deux ans, entre l’idée initiale née à Cannes et sa concrétisation actuelle. Une première rencontre avec la pianiste a été organisée seulement deux semaines après cette impulsion initiale.
Pierre Alain Giraud travaille également sur d’autres projets, notamment une série écrite pour l’actrice coréenne Lee So-ri, ainsi qu’une œuvre immersive plus politique avec l’équipe du projet Noir.
Interrogé sur ses futures collaborations, le réalisateur affirme ne pas chercher uniquement des personnalités connues, mais avant tout des histoires à raconter.
Pour lui, la frontière entre passion et talent est secondaire. Ce qui compte avant tout reste la passion, moteur de toute création immersive
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