Festival de Cannes : dans les coulisses du Carlton

Chaque année, pendant le Festival de Cannes, les flashs crépitent sur le tapis rouge. Mais derrière les robes de haute couture, les stars impeccables et les soirées millimétrées, une autre machine tourne à plein régime : celle des coulisses du Carlton.

Palaces bouclés, yachts alignés dans la baie, flashes qui crépitent à chaque arrivée : pendant le Festival, Cannes devient une scène à ciel ouvert où tout semble possible — à condition de savoir ouvrir les bonnes portes. Et au cœur de cette fourmilière ultra-luxueuse, il y a le Carlton Cannes, a Regent Hotel.

Depuis plus de vingt ans, Maxime Nerkowski y observe le ballet cannois. Entré en 2002 comme voiturier, il est aujourd’hui chef concierge et président des Clefs d’Or de la région. Deux décennies passées à gérer l’impossible avec calme, élégance… et parfois beaucoup d’improvisation.

« Le Carlton, c’est emblématique. Il n’y a pas d’équivalent. On dit souvent que c’est la Tour Eiffel de la Côte d’Azur », raconte-t-il avec encore des étoiles dans les yeux.

Maxime Nerkowski : « j’étais impressionné par tout »

Quand il pousse pour la première fois les portes du palace cannois, Maxime est jeune. Très jeune même pour le milieu. Face à lui : une conciergerie expérimentée, composée de figures historiques du métier. Lui débarque sans véritable expérience, mais avec une envie immense d’apprendre. « Je me souviens très bien de mon premier jour au Carlton. J’étais impressionné par l’hôtel, par les équipes, par ces “messieurs” qui avaient déjà toute une carrière derrière eux. »

À l’époque, les concierges avaient souvent plus de 50 ans. Aujourd’hui, les profils rajeunissent, les métiers évoluent, mais selon lui, certaines règles restent immuables : « ce sont des métiers de passion et d’humilité. »

Durant le Festival, le palace change totalement de dimension. Le luxe “classique” laisse place à une effervescence permanente. « Pendant la quinzaine, tout s’accélère. La limite, c’est 24h/24. » Et forcément, les demandes deviennent parfois surréalistes.

Des roses bleus introuvable à récupérer en urgence ? Déjà fait. « Il y a deux ans, un client nous a demandé plusieurs roses bleus à trouver en moins de trente minutes. Elles arrivaient de Nice. On a envoyé un chasseur en scooter directement à la sortie d’autoroute pour éviter les bouchons. » Mission accomplie pour le Carlton. Et ce n’est qu’un exemple parmi des dizaines d’autres.

Le jour où il a dû sacrifier sa veste

Dans les coulisses cannoises, chaque minute compte. Un détail raté peut devenir une catastrophe mondiale devant les photographes.

Alors parfois, les équipes du Carlton improvisent. « Une année, j’ai dû donner ma propre veste pour sauver quelqu’un de très connu avant la montée des marches. » Nom gardé secret. Élégance oblige. Mais l’image résume parfaitement la philosophie du métier : trouver une solution, coûte que coûte.

Au Carlton, les demandes improbables sont presque devenues normales. Parmi les souvenirs les plus marquants : l’installation de gazon sur une terrasse de suite. Pourquoi ? Pour le confort d’un petit chien d’une personnalité publique. « On nous a demandé de mettre de la pelouse sur une terrasse pour que le chien puisse faire ses besoins dehors. » À Cannes, même les animaux vivent leur meilleure vie.

Face à des clients habitués à ce que tout soit possible, comment refuser une demande irréalisable ? La réponse de Maxime Nerkowski résume toute la subtilité du métier. « Il n’y a jamais de non catégorique. On cherche toujours une alternative. » Autrement dit : transformer l’impossible en expérience cinq étoiles. Même sous pression, même au milieu du chaos cannois.

Et après les stars, les demandes folles et les nuits sans sommeil ? Retour à la maison. « Quand je rentre, je retrouve mes enfants, mon épouse. Je demande comment l’école s’est passée. » Une manière de garder les pieds sur terre malgré un quotidien hors normes. Parce qu’au fond, derrière les paillettes du Festival, il y a surtout des femmes et des hommes qui font tourner la machine dans l’ombre. Et parfois, un scooter lancé à toute vitesse sur l’A8 pour sauver une montée des marches.

NicePremium est un média local indépendant et gratuit.
Pour nous aider à continuer, vous pouvez soutenir notre travail à partir de 5 € par mois.

Soutenir NicePremium