A l’occasion du festival de Cannes, Margaux Fournier est revenue sur son parcours, sa vision du cinéma et la création de son documentaire Le Bain des dames. Entre confidences personnelles, réflexion sociale et anecdotes de tournage, Margot Fournier a dévoilé les coulisses d’un film profondément humain et politique. La réalisatrice a également évoqué l’émotion ressentie après avoir reçu le César du meilleur court métrage.
Originaire de Marseille, Margaux Fournier explique avoir étudié le management culturel à Sciences Po Lille avant d’intégrer La Fémis en distribution et exploitation. Dès le début de la conférence, Margaux Fournier a tenu à transmettre un message aux jeunes souhaitant travailler dans le cinéma : « il faut se faire confiance et toujours essayer. »
Pour Margaux Fournier, le cinéma reste un secteur fragile mais soutenu par les collectivités territoriales. La réalisatrice rappelle que Le Bain des dames a bénéficié d’aides de la Région après un début de tournage en autoproduction. La réalisatrice raconte qu’un ami lui avait prêté sa caméra ainsi qu’un micro afin de lancer le projet. Une fois les premières images enregistrées, Margaux Fournier a pu solliciter un financement régional.
Le choix du format court n’était pas anodin. Margaux Fournier explique qu’un court métrage représente un budget compris entre 40 000 et 100 000 euros tandis qu’un long métrage atteint souvent un million d’euros. Selon elle, réaliser un documentaire de trente minutes était également une stratégie de diffusion : de nombreux festivals mettent davantage en avant ce format plus accessible.
Margaux Fournier filme Marseille et les corps sans filtres
Dans Le Bain des dames, Margaux Fournier filme les plages publiques marseillaises, un décor qu’elle connaît intimement puisqu’elle vient elle-même de Marseille. Pour Margaux Fournier, ces plages représentent des lieux sociaux uniques où les différences s’effacent temporairement : « on est à moitié nus, on ne sait pas ce que font les autres ni d’où ils viennent. » Selon elle, les plages publiques permettent encore de mélanger différentes catégories socioprofessionnelles.
Le rapport au corps occupe une place centrale dans le cinéma de Margaux Fournier. La réalisatrice affirme clairement que « le corps est politique. » À travers Le Bain des dames, elle souhaitait montrer des corps rarement visibles au cinéma : des corps âgés, naturels, éloignés des standards habituels. Margaux Fournier insiste également sur le fait que les femmes filmées se dévoilent naturellement, sans artifices ni mise en scène.
Au départ, la réalisatrice imaginait pourtant une fiction. Mais au fil de l’écriture, elle comprend qu’elle souhaite travailler avec des personnes non professionnelles. Trouver des comédiennes âgées avec un accent marseillais authentique lui semblait compliqué. La marseillaise décide alors de transformer son projet en documentaire. Elle recrute directement les participants sur la plage. Margaux Fournier raconte avoir rencontré Joël et Régine simplement en se promenant avant de leur proposer de participer au film dès le lendemain.
Le tournage Le Bain des dames s’est déroulé en seulement une semaine. Margaux Fournier explique avoir travaillé de manière très spontanée : tournage la journée puis écriture des scènes le soir. Certaines séquences relevaient même du théâtre d’improvisation. Margaux Fournier précise également qu’aucune scène n’était véritablement scénarisée puisque les personnes filmées vivaient simplement leur quotidien habituel sur la plage entre 9 heures et 18 heures.
Margaux Fournier veut recréer du lien entre les générations
Durant la conférence, Margaux Fournier est aussi revenue sur certains choix artistiques importants. La réalisatrice explique avoir volontairement coupé plusieurs scènes afin que le spectateur ne puisse jamais identifier précisément la catégorie sociale des personnages : « tout est choix, tout est politique. »
Avec humour, Margaux Fournier a également raconté son souvenir des César. Après avoir reçu sa récompense, elle se souvient surtout avoir eu extrêmement soif : « ils servaient uniquement du champagne et moi je demandais juste de l’eau. » Les personnes autour d’elle se demandaient alors où elle allait pouvoir trouver de l’eau dans ce contexte. Un moment qu’elle décrit comme très rapide, presque irréel, et marqué davantage par la surprise que par la solennité de la cérémonie.
La réception du film a particulièrement touché Margaux Fournier, notamment auprès des jeunes générations. La réalisatrice explique avoir découvert de nombreux commentaires de spectateurs de 18 ou 19 ans affirmant : « la vie ne s’arrête pas à 60 ans » ou encore « Si c’est pour vieillir comme ça, je signe. » Selon la Marseillaise, ces réactions donnent tout son sens au documentaire. Après la période du Covid-19, Margaux Fournier souhaitait justement « recréer du lien » entre les générations plutôt que de les opposer.
Enfin, elle en a profité pour dévoiler ses futurs projets. La réalisatrice travaille actuellement avec ARTE sur un documentaire de 52 minutes au titre provisoire Film de boules. Ce nouveau projet de Margaux Fournier suivra des hommes âgés passionnés de pétanque afin d’interroger le vieillissement masculin. En parallèle, elle aimerait également se lancer prochainement dans la fiction.
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