Présent au Play Azur Festival de Nice le week-end dernier, les 25 et 26 avril, le comédien de doublage Donald Reignoux a rencontré ses fans lors de conférences et de séances de dédicaces. Entre deux signatures de posters, la voix française du célèbre Titeuf nous a accordé quelques minutes pour évoquer son métier, encore méconnu du grand public.
Dans les allées du festival niçois, au Palais des Expositions, Donald Reignoux a enchaîné les rencontres avec les visiteurs. À peine sa conférence terminée, le comédien prend le temps de signer quelques affiches et d’échanger avec des fans avant de nous accorder une courte interview. L’occasion d’évoquer un métier discret, mais pourtant présent dans le quotidien de millions de spectateurs.
Le doublage reste un métier assez méconnu. Qu’est-ce qui surprend le plus les gens quand ils découvrent ce que vous faites ?
Donald Reignoux : « En convention, le public est déjà acquis. Les gens savent pourquoi ils viennent et ils connaissent généralement mon travail. Avec le grand public, c’est différent : c’est vraiment du « on-off ». Soit les gens ne savent absolument pas qui je suis et ça leur passe complètement au-dessus, soit ils m’ont déjà vu sur les réseaux ou dans des vidéos et ils font tout de suite le lien avec un personnage. Quand la connexion se fait, ça ramène souvent des souvenirs très forts. Les gens associent ma tête à un rôle et ça déclenche une sorte de madeleine de Proust. Du coup, les échanges sont tout de suite très bienveillants. Ce n’est pas forcément du fan absolu, mais plutôt quelqu’un qui se dit : ‘Ah oui, c’est cette voix-là !’ et ça lui rappelle un moment de son enfance ou d’une série qu’il aime.
Vous arrive-t-il d’être reconnu dans la rue ?
Oui, tous les jours… mais ça dépend où je vais. Si je vais chez Yves Rocher, je suis relativement tranquille. Si je vais chez Micromania, c’est beaucoup plus compliqué ! Tout dépend de l’univers. Les gens qui fréquentent certains endroits sont forcément plus sensibles à la pop culture et au doublage. Mais dans l’ensemble, ça reste un métier assez anonyme. Et ça, c’est plutôt agréable. J’ai le meilleur des deux mondes : je peux rencontrer le public quand je le veux, en festival par exemple, et dans la vie quotidienne rester relativement discret.
Qu’est-ce qui vous a donné envie de vous lancer dans le doublage ?
Rien du tout. Je suis tombé dedans complètement par hasard. Ça fait plus de trente ans que je fais ce métier et, au départ, il n’y avait aucune intention de carrière. Une amie de ma mère travaillait dans ce milieu et cherchait des enfants pour un projet de doublage au début des années 1990. J’y suis allé une fois, un peu par hasard. Et ensuite, ça s’est développé simplement par le bouche-à-oreille. Il y avait une demande pour des voix d’enfants à ce moment-là, et j’ai continué comme ça, sans vraiment l’avoir planifié.
Est-ce plus difficile de doubler un personnage comique ou dramatique ?
Les deux ont leurs difficultés. Faire rire est très compliqué, mais transmettre une émotion dramatique l’est tout autant. Ce ne sont simplement pas les mêmes exigences ni les mêmes sensations de jeu. Personnellement, j’aime beaucoup les deux. Mais si je devais choisir… je dirais quand même le comique. Ça me correspond davantage et ça permet de s’amuser énormément avec les personnages.
Vous prêtez notamment votre voix à Titeuf. Qu’est-ce qui rend ce personnage si particulier à doubler ?
Déjà, il y a sa voix, sa gouaille, son énergie. C’est un personnage très vivant, un peu rebelle, un petit cancre qui dit souvent ce qu’il ne faut pas dire. Tout ça rend le doublage très amusant. Les personnages comme lui sont très hauts en couleur. Ils permettent de déborder un peu du trait, de jouer avec l’interprétation et d’aller assez loin dans l’énergie. C’est ce qui rend le travail vraiment plaisant.
Vous identifiez-vous à ce personnage ?
Non, pas spécialement. Mais j’adore le jouer. On n’a pas besoin de s’identifier à un personnage pour être juste. En revanche, il faut le jouer sincèrement. Si on n’y croit pas, ça ne marche pas. Avec Titeuf, je m’amuse énormément parce que c’est un personnage qui autorise beaucoup de liberté dans le jeu.
Comment trouve-t-on la voix d’un personnage comme Titeuf ?
Pour lui, j’avais une idée assez immédiate en voyant le personnage. Je ne voyais presque que cette voix-là. Mais souvent, ça se fait au feeling. Par exemple, sur certaines séries, je dois trouver plusieurs voix différentes dans une même scène. Là, j’observe les personnages : leur physique, leur manière de bouger, leur attitude… et je cherche un point d’accroche. Ce n’est pas un travail qui se fait sur des semaines. Ça demande une forme d’immédiateté. On teste, on ajuste, et quand ça matche, on le sent tout de suite. »
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