Un Niçois jugé pour avoir usurpé l’identité d’Alexandre Lacazette et détourné 200 000 euros

Un quadragénaire niçois a utilisé l’identité du footballeur Alexandre Lacazette pour percevoir frauduleusement des aides sociales. L’affaire, révélée lors de contrôles de la CAF, met en lumière des failles dans les procédures de vérification.

L’affaire intrigue autant qu’elle interroge. À Nice, un homme d’une quarantaine d’années comparaît pour avoir usurpé l’identité d’Alexandre Lacazette. Pendant plusieurs mois, des dossiers ont été constitués auprès de la Caisse d’allocations familiales sous le nom de l’attaquant français. À la clé, près de 200 000 euros de prestations indûment perçues.

Les faits ont été évoqués par le directeur général de la Caisse nationale des allocations familiales, Nicolas Grivel, dans un entretien accordé au quotidien Le Parisien. Cette fraude s’inscrit dans un contexte plus large. En 2025, les contrôles ont permis de détecter plus de 508,8 millions d’euros de fraudes aux aides sociales.

Le cas niçois illustre un mode opératoire précis. L’homme poursuivi a utilisé des informations personnelles réelles comme le nom, prénom, date et lieu de naissance dans le but de créer des dossiers le tout avec des documents d’identité falsifiés pour compléter le dispositif. Plusieurs demandes ont été déposées, avec des déclarations de ressources fictives dans le but de multiplier les versements.

Une faille exploitée dans les procédures

L’affaire met en lumière une faiblesse dans les mécanismes de contrôle. Selon l’avocat du suspect, les démarches reposaient sur des données simples. “Rien qu’avec ça, il pouvait créer des demandes et recevoir des prestations, sans qu’on lui demande une pièce d’identité”, a-t-il expliqué à la barre. L’absence de vérification biométrique ou de croisement systématique des fichiers apparaît comme un élément central.

Le choix d’une identité connue ne relève pas du hasard. Le directeur général de la CAF décrit une méthode plus large : « ce sont des individus qui se débrouillent pour trouver des données de vraies personnes qui ne touchent pas encore d’allocations. Ensuite, ils créent des comptes sur le site de la CAF, indiquent de fausses informations de ressources pour percevoir des aides et démultiplient le processus. » D’autres personnalités du football auraient été ciblées selon les mêmes procédés.

La fraude a été détectée en mars 2025. Des contrôles ont permis d’identifier des incohérences dans les dossiers. Au total, la CAF indique avoir découvert plus de 29,2 millions d’euros de fraudes sur l’année. Le dossier niçois figure parmi les cas marquants par son montant et sa mécanique.

Une interpellation provoquée par le suspect

Le dénouement surprend par sa simplicité. Aucun signalement extérieur n’a déclenché l’interpellation. Le suspect s’est présenté de lui-même dans une antenne de la CAF à Nice pour y faire une réclamation concernant la suspension du revenu de solidarité active a été formulée. Cette démarche a attiré l’attention des agents.

La situation a conduit à une vérification immédiate. Les incohérences ont été confirmées. L’interpellation a eu lieu sur place. Le préjudice total est estimé à environ 200 000 euros. La durée des faits s’étend sur plusieurs mois.

Lors de l’audience, le procureur de la République de Nice, Damien Martinelli, a requis cinq ans de prison ferme. Plusieurs éléments sont retenus. L’usurpation d’identité, l’usage de faux documents, le montant des sommes détournées et la durée de la fraude figurent parmi les circonstances aggravantes. La défense a plaidé la clémence. Le jugement a été mis en délibéré au 24 avril.

Une affaire révélatrice d’enjeux plus larges

Au-delà du cas individuel, cette affaire pose la question des dispositifs de contrôle. L’accès aux prestations sociales repose en partie sur des déclarations. L’exemple niçois montre qu’un contournement reste possible lorsque les vérifications ne sont pas systématiques.

L’usurpation d’identité touche aussi les personnes concernées. Dans ce dossier, Alexandre Lacazette n’a effectué aucune démarche. L’ex attaquant de l’Olympique Lyonnais évoluait sur les terrains avec son nouveau club du Neom SC en Arabie Saoudite pendant que des prestations étaient versées sous son nom. Cette situation souligne un autre aspect du phénomène. Les victimes ne sont pas uniquement les organismes publics.

Le dossier niçois illustre enfin une contradiction. Une fraude structurée a été menée sur plusieurs mois sans que le mécanisme n’est actionné d’alerte immédiate… L’interruption est intervenue à la suite d’une initiative du suspect lui-même. Une demande liée au RSA a suffi à déclencher les vérifications mais sans cela, la fraude aurait perduré durant de longs mois voire années.

Cette affaire reste désormais entre les mains de la justice.

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