En ligne avec les prévisions nationales faisant état de trafics régionaux fortement perturbés, la proportion de cheminots en grève le mercredi 10 juin a atteint des sommets dans le département des Alpes-Maritimes. La grève n’est pas reconduite dans les jours à venir.
L’appel à une journée de mobilisation lancé par quatre syndicats représentant les cheminots de la SNCF a trouvé un écho retentissant dans les Alpes-Maritimes. Le trafic ferroviaire y est considérablement ralenti depuis le début de journée en raison du mouvement social, avec uniquement 10% de l’offre de transport effective ce mercredi 10 juin.
Une prise de parole unitaire a eu lieu ce matin à côté de la gare de Nice-Ville (Thiers), où une assemblée générale de grévistes s’est réunie en grand nombre. Jean Castex, PDG du groupe SNCF, doit recevoir ces mêmes syndicats à Paris le 23 juin. Les fédérations cheminotes se réuniront demain jeudi 11 juin à Paris pour demander à être reçues plus rapidement par le groupe.
Face à la SNCF qui « veut rogner sur l’existant », les syndicats savent qu’ils disposent d’un « pouvoir de nuisance avéré ». Le syndicat Sud Rail déclare qu’il s’agit pour l’heure d’un simple « coup de semonce », et n’écarte pas la reconduction d’un tel mouvement si le groupe venait à ne pas entendre leurs revendications. Des discussions avec la Fédération syndicale des cheminots doivent se tenir demain jeudi 11 juin, dans l’attente de négociations à la SNCF et chez Sud Azur. Au niveau du groupe comme à l’échelle locale, le discours est pour l’heure identique. Pour les syndicats, l’ouverture immédiate de négociations salariales pourrait constituer une première mesure d’urgence qui permettrait de lever le conflit.
24 trains sur 200 en circulation sur le réseau TER Sud Azur
Ce sont aujourd’hui « 75% de grévistes tous métiers confondus » qui ont fait valoir leur droit de grève selon Jordan Mandelli, secrétaire départemental du syndicat Sud Rail et conducteur basé à Nice pour le TER Sud Azur, société de SNCF Voyageurs dédiée à l’étoile de Nice. Rien que sur cette étoile niçoise, le réseau TER a été fortement perturbé aujourd’hui : 24 trains circulaient aujourd’hui sur environ 200 en service en temps normal, représentant uniquement 10% de l’offre de transport en service. 23 des 24 trains en circulation avaient un parcours modifié : « La ligne Vintimille-Grasse est devenue Vintimille-Cannes pour la journée » explique le représentant du syndicat Sud Rail dans les Alpes-Maritimes.
La ligne la plus touchée est sans conteste celle de Breil-Tende, sur laquelle aucun train ne circulait aujourd’hui. Elle a été entièrement remplacée par des bus. « Quand seulement une vingtaine de trains roule sur la journée, c’est tout le réseau qui est bloqué », explique Jordan Mandelli.
3/4 des travailleurs de Sud Azur en grève
Ce chiffre vertigineux s’explique par un taux de grève avoisinant ce jour les 95% chez les contrôleurs et 90% chez les conducteurs de matériel roulant, selon les données du syndicat Sud Rail. Ce même taux frôle les 75% chez les agents de maintenance du matériel. De surcroît, très peu de personnel SNCF est à disposition dans les gares du réseau.
Un succès pour le représentant de Sud Azur, qui se réjouit d’avoir réussi « à mobiliser autant […] On a organisé ce matin un rassemblement où l’on était très nombreux. Cela donne l’espoir que le combat ne fait que commencer », confie-t-il.
Réduction du temps de repos et augmentation du temps travaillé
Les syndicats expliquent cette grève par trois constats majeurs : une souffrance au travail accrue (13 suicides depuis le début de l’année, dans un contexte de filialisation et privatisation de la SNCF, ndlr), la précarisation croissante du métier de cheminot, et la remise en cause de l’organisation historique du temps de travail de la SNCF notamment dans ses filiales.
Pour le syndicat Sud Rail, ce dernier aspect est sacré. Or depuis peu le cadre social des filiales du groupe SNCF est modifié çà et là : « le nombre de jours travaillés augmente avec la suppression de 5 ou 10 jours de RTT, le temps de repos entre deux journées est réduit d’une ou deux heures, les prises de service délocalisées se multiplient » (un conducteur basé à Nice peut être appelé à débuter son service à Cannes par exemple, ndlr).
Et ce sans proposer de moyen de se rendre sur place, puisque « la convention collective prévoit qu’un travailleur peut se déplacer dans un périmètre à 45 minutes de son lieu de résidence » pour prendre son poste. Autant de mesures qui ne sont pas sans conséquences sur la sécurité des voyageurs.

« Ça va me prendre plus de trois heures pour rentrer chez moi »
En gare de Nice-Riquier, des passagers en rade soufflent à la vue du peu de lignes affichées sur le tableau des départs. L’impact du mouvement social sur ces voyageurs n’est pas moindre. Caroline, 32 ans, travaille à l’hôpital Pasteur de Nice. A l’aller comme au retour, son trajet n’a pas été épargné par les ralentissements du réseau ferré : « je vais d’Antibes à Nice-Riquier pour aller travailler tous les jours. Depuis chez moi, j’ai en tout 1h30 de trajet. Là, ça va me prendre plus de trois heures pour rentrer chez moi. Mon train partira à 16h55, je suis arrivée ici à 15h30, donc je vais patienter quasiment 1h30. Ce matin aussi, il y a eu trois quart d’heure de retard sur mon train ».
D’autres ont du finalement privilégier le télétravail, tout en actualisant l’application SNCF jusqu’à la dernière minute : « ce matin, j’ai dû me lever plus tôt que d’habitude pour surveiller l’application de la SNCF et vérifier quels trains étaient supprimés ou maintenus. J’ai dû me réorganiser en urgence. J’ai la chance d’avoir des chefs très compréhensifs qui, au vu de la situation, m’ont immédiatement accordé l’autorisation de télétravailler aujourd’hui », explique Thibaut, 24 ans, travaillant à Monaco et résidant à Nice.
Le concurrent Transdev particulièrement touché
Présent sur la ligne Marseille-Toulon-Nice depuis 2025, le concurrent Transdev est particulièrement touché par la précarisation de ses métiers. Ses salariés bénéficieraient des minima sociaux et seraient à l’initiative de la demande d’indemnité de résidence figurant dans le tract des syndicats aux cheminots du 4 juin 2026, selon le syndicat Sud Rail. « Beaucoup d’entre eux sont en situation de grande précarité, voire de détresse », confie Jordan Mandelli. Les salariés de Transdev sont eux en grève depuis quatre jours, comme annoncé fin novembre 2025.
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