Éducation : les AESH alertent sur leurs conditions de travail auprès des enfants handicapés

Oubliées dans la mobilisation du jour, les AESH ont poursuivi leur mission auprès des élèves en situation de handicap malgré des conditions de travail toujours plus précaires. Certaines d’entre elles ont accepté de témoigner afin d’évoquer les difficultés rencontrées au quotidien.

À l’école du Chalet des Roses, à Nice, les AESH (Accompagnant des Élèves en Situation de Handicap, N.D.L.R.) étaient présentes aujourd’hui auprès des enfants handicapés, malgré la grève nationale qui a touché l’Éducation nationale et d’autres secteurs. Elles n’ont pas quitté leur poste, non par absence de revendications, mais parce qu’elles refusent de laisser les élèves livrés à eux-mêmes. Pourtant, leurs témoignages racontent un ras‑le‑bol qui rejoint celui exprimé dans tout le pays ces dernières heures : l’école leur demande l’impossible, sans leur donner les moyens de tenir.

Louise* accompagne des enfants autistes sévères, parfois non verbaux, dont les crises peuvent être soudaines et violentes. Elle décrit des journées rythmées par les cris, les griffures, les coups, les morsures, les cheveux arrachés et les objets lancés à travers la classe : « On prend des coups à longueur de journée et on doit porter à bout de bras des enfants en pleine crise », rappelant que les accidents du travail se multiplient dans ce métier. 

À cette charge physique s’ajoute une charge d’hygiène lourde : couches à changer, douches à assurer plusieurs fois par jour, sans aucune formation en hygiène, en ergonomie ou en secourisme. Pour Louise, certains enfants relèvent clairement d’un IME (Institut Médico-Educatif, N.D.L.R.), mais faute de place, ils restent dans une école ordinaire dépourvue de moyens adaptés. 

Un accompagnement « au bricolage permanent »

Plus généralement, le discours traduit une organisation « au bricolage permanent. » Lorsque deux AESH doivent accompagner un enfant qui ne peut pas rester seul, l’absence de l’une d’elles suffit à désorganiser toute la journée. Les accompagnantes scolaires présentes doivent récupérer toutes les heures de cet enfant, laissant plusieurs autres élèves aux handicaps plus léger totalement privés d’une aide dont ils ont pourtant besoin. Même les rares moments de répit disparaissent : la suppression du temps méridien du jour au lendemain a entraîné pour certaines une baisse de rémunération pouvant atteindre 400 euros par mois. « Notre salaire peut changer à tout moment », résument-elles, rappelant que le passage brutal de 32 heures à 24 heures a fragilisé encore davantage des revenus déjà souvent inférieurs à 1 000 euros.

Sophie*, AESH depuis quatre ans, explique qu’elle exerce désormais un rôle qui se rapproche de celui des éducateurs spécialisés, mais sans la formation correspondante. « Nous ne sommes pas du tout formées à l’autisme sévère », insiste‑t‑elle. La suppression de la collaboration avec le Sessad (Service d’Éducation Spéciale et de Soins à Domicile, N.D.L.R.) a aggravé la situation : plus de conseils des éducateurs spécialisés, plus de soutien pluridisciplinaire, plus d’accompagnement pour comprendre les comportements et prévenir les crises. Le système D est devenu la norme : lingettes, jeux, matériel adapté, tout est acheté sur les petits salaires des AESH laissées pour compte. Les locaux eux‑mêmes sont parfois dangereux. Un problème récurrent dans les établissements scolaires trop souvent délabrés et rafistolés à la va-vite.

Elia‑Rose* insiste sur un point concordant mais tout aussi central : la sécurité. Sans formation, sans soutien extérieur, les accompagnantes du handicap doivent pourtant garantir celle des enfants et des adultes. « Ce que l’on demande, c’est un travail où l’on nous garantisse la sécurité de l’enfant et de l’adulte », déplore-t-elle. Cette AESH dénonce aussi la précarité structurelle du métier comme lors de la signature d’avenants, parfois paraphés sous menace d’un gel de rémunération.

Un système saturé qui déplace les limites de l’inclusion

Ces situations locales s’inscrivent dans un contexte national. En 2024, 24 000 élèves ont été scolarisés faute de place dans le médico‑social. Certains enfants attendent six à sept ans une place en IME. En 2026, 14 000 élèves étaient privés d’ULIS. Le budget du dispositif ULIS (Unité localisée pour l’inclusion scolaire, N.D.L.R.) du Chalet des Roses est de 150 euros par an, parfois même de zéro, obligeant les enseignants à prélever sur leur propre budget de classe pour acheter du matériel. Les AESH constatent que les dispositifs scolaires deviennent des salles d’attente, où l’inclusion repose davantage sur la bonne volonté des équipes que sur des moyens réels.

Les témoignages convergent : le métier est profondément humain, mais l’épuisement est réel. Louise, Sophie, Elia‑Rose et leurs collègues du Chalet des Roses assurent chaque jour un rôle essentiel, sans formation, sans reconnaissance, sans moyens. Elles n’ont pas manifesté aujourd’hui, mais leur réalité rejoint celle exprimée dans les débats nationaux : l’inclusion repose sur elles, mais le système ne leur permet plus de tenir. La question posée dépasse les revendications salariales. Elle interroge le modèle même de l’inclusion scolaire. Peut‑on continuer à accueillir des enfants aux besoins très lourds dans des écoles qui n’ont ni les moyens humains, ni les moyens matériels, ni les formations nécessaires ? Louise, Sophie, Elia‑Rose et leurs collègues ne demandent pas l’impossible. Elles demandent simplement que l’inclusion ne repose plus sur des épaules fragilisées afin d’assurer un suivi décent pour des enfants qui en ont besoin.

*les prénoms ont été modifiés pour garder l’anonymat

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