Lucky Luciano réinvente les codes de l’organisation (3)

0
579

Le parrain a fait assassiner Joe Masseria et Salvatore Maranzano. Ces meurtres sonnent la fin de la guerre des gangs et des vieux chefs. En 1929, il réunit tous les parrains mafieux du pays à Atlantic City. Le sommet de la pègre où Luciano dicte les nouvelles règles. À l’époque, il y avait environ gangs Italo-Américains. Il les a réunis et a décidé que la meilleure chose pour le business serait la paix. Luciano a aussi instauré ce qui se faisait en Sicile et en Italie.


Une cérémonie d’initiation, un pacte de sang. La règle de base serait l’omerta. Que personne ne coopère jamais avec les autorités. Le principe le plus important qu’il ait imposé à cette nouvelle mafia américaine était celui de la survie de l’organisation avant tout. L’individu ne compte plus.

Pour mettre fin au conflit interne, Lucky Luciano propose d’instaurer une commission, un organe de commandement central, qui règle les conflits internes et qui distribue les rôles entre les différents clans qui la compose. Il est sans nul doute, l’homme qui a bâti l’organisation de la Mafia telle que nous la connaissons.

Une entreprise de grande envergure, avec ses règles et ses codes à respecter avant toute chose. C’est à ce moment-là que la mafia Italo-Américaine est née, se nommant « Cosa Nostra » (Notre chose). L’organisation est régie par la loi du silence, l’omerta. Un chef est donc nommé dans chaque grande ville des États Unis, sauf à New-York, où il y cinq Familles dont l’organisation est plus puissante.

Les cinq Familles de la Big Apple sont :
– Lucchese
– Genovese
– Gambino
– Bonanno
– Colombo

Avec l’arrivée de la fin de la prohibition en 1933, la mafia italo-américaine a trouvé un nouveau moyen de diversifier les affaires de l’organisation. Les paris illégaux et les prêts usuraires deviennent leur nouveau terrain de jeu. La construction, les transports et le textile sont aussi infiltrés par les criminels. Tous les secteurs d’activités sont noyautés grâce aux syndicats des travailleurs. Au lieu d’utiliser les armes, ils allaient voir les chefs d’entreprise en leur soumettant un ultimatum.

« On va faire une grève, si tu ne veux pas de grève il faut nous payer ». De criminels de rue, à riches entrepreneurs, les mafieux deviennent des hommes respectables.

Le magazine Times classera Lucky Luciano parmi les principaux bâtisseurs d’empires du vingtième siècle. Cependant en 1936, Luciano est inculpé de 30 ans de prison pour son réseau de prostitution. La fin du règne est annoncée pour le « capo dei capi » (le parrain des parrains).

C’est sans compter avec la Seconde Guerre mondiale qui offrira une nouvelle opportunité à l’organisation. Le 7 décembre 1941, l’attaque-surprise de Pearl Harbor par les forces aéronavales japonaises contraint les États-Unis à entrer en guerre. A New-York, de nombreuses attaques de sabotage sont perpétrées dans le port de la ville. Les Américains étaient très inquiets, au sujet des quais. Une des raisons principales était qu’environ la moitié des gens qui y travaillaient étaient des Italo-américains. Il y avait beaucoup de sympathisants de Mussolini.

Lucky Luciano a fait « un deal » avec les services de renseignements américains, dans lequel il assurera la sécurité sur les quais et préviendra de possibles espionnages. Il a donné les instructions pour qu’il n’y ait pas d’arrêt de travail et que tout se passe dans le calme. A la fin de la guerre, il est libéré de prison en 1946 pour services rendus à la patrie. Sa libération est faite sous conditions. Luciano doit rentrer en Italie et ne plus remettre un pied aux États-Unis, sous peine de finir ses jours en prison. Son exil n’a pas empêché son règne de perdurer, mettant en place un trafic international de stupéfiants.

Ce nouveau terrain, florissant pour la mafia américaine, allait être remis en question en 1957 lorsque le Congrès passe une nouvelle loi punissant le trafic de drogue, d’une peine pouvant aller de 20 à 30 ans d’emprisonnement. En Italie, et plus précisément à Palerme, Lucky Luciano demande à former une commission comme celle établie 30 ans plus tôt sur le nouveau continent.
C’est à travers le trafic de drogue que vont naître les relations entre les mafias siciliennes et américaines. Le mafieux repenti Gaspare Mutolo déclara à des journalistes italiens que :

« Le mafieux servait de juge de paix. Quand on avait besoin d’un travail, ou que l’on avait un problème, on n’allait pas s’adresser à la police mais à la Mafia. C’est pour cela que j’en parle en bien ».

Une nouvelle ère va s’ouvrir aux États-Unis dans le conflit entre la mafia et l’état américain. À la suite de son élection le 8 novembre 1960, le président John Fitzgerald Kennedy nomma son frère Robert Francis Kennedy, dit « Bobby », procureur général. C’est le plus haut poste de la justice aux États-Unis. Ce dernier soupçonnait un lien entre les syndicats et la mafia. Il a forcé le FBI à prendre des mesures contre l’organisation criminelle, arrivant même à prouver l’existence de la mafia qui était ignorée par beaucoup. L’assassinat de John F. Kennedy le 22 novembre 1963, le contraint de se retirer de son poste de procureur général. Après cet événement tragique, plus personne n’encourageait le FBI de Hoover à enquêter.

L’âge d’Or de la Mafia a encore de beaux jours devant lui. Les révélations de Joseph Valachi prouvent la présence de la Cosa Nostra à Bobby Kennedy et permettent à Mario Puzo de publier son best-seller Le Parrain en 1969. Sous sa plume, le protagoniste s’en sort plutôt bien. C’est un père de famille aimant et vertueux. Il est judicieux dans les affaires criminelles et assez intègre pour s’opposer au trafic de drogue. Une prémonition pour les dégâts qu’apportera ce commerce à l’organisation.