Bruno Dumont et sa compagnie de très jeunes acteurs étaient présents le 11 septembre au Rialto pour l’avant-première du film Les Roches Rouges, tourné sur la Côte d’Azur. L’occasion pour le réalisateur de revenir sur son rapport à la jeunesse et sa manière si particulière de filmer des enfants livrés à eux-mêmes.
Présenté à la Quinzaine des cinéastes lors du dernier Festival de Cannes, Les Roches Rouges nous plonge dans le quotidien de Géo, cinq ans, et de sa bande qui s’affrontent en sautant des célèbres rochers rouges de la Méditerranée. Entre amitié, rivalité et premiers émois amoureux, le film capte la beauté sauvage d’une enfance livrée à elle-même.
Tourné en cinq semaines avec une équipe technique portugaise et entièrement à l’épaule, une première pour Bruno Dumont, le film assume entièrement cette volonté de proximité avec ses jeunes interprètes.
Réalisateur singulier du cinéma français, connu pour ses œuvres mêlant réalisme social et onirisme (P’tit Quinquin, Jeanne, France…), Bruno Dumont signe avec Les Roches Rouges un film financé à l’étranger, faute de soutien en France. Il sortira en salle le 23 septembre prochain.
Un tournage à hauteur d’enfant
Pour donner corps à cette histoire, le cinéaste a dû adapter entièrement sa méthode de travail à l’âge de ses jeunes interprètes. « On arrivait à travailler deux, trois heures et après c’était un peu fini », explique-t-il. Le reste du temps, les enfants poursuivaient leur scolarité avec une maîtresse.
Les journées étaient fractionnées en petites séquences de quelques minutes, assemblées ensuite pour reconstituer des scènes entières. Une contrainte qui, loin de le freiner, a fini par nourrir son écriture : « J’ai vite vu qu’ils s’appliquaient très vite quand j’avais leur attention. »
Restituer une enfance libre
Sur la liberté totale qui se dégage du film, Bruno Dumont ne cache pas sa position, presque militante, sur le rapport actuel des adultes à l’enfance : « Je pense que les enfants d’aujourd’hui ne sont pas des vrais enfants. Ils ne sont plus assez libres. Les vrais enfants, c’est ça, ils sont turbulents, ils n’obéissent pas. »
Cette liberté se retrouve d’ailleurs dans l’ensemble du film, où les enfants sont filmés presque comme de véritables adultes. Ils conduisent de petits quads sur la route, se déplacent où et quand bon leur semble, sous le regard distant des rares adultes présents à l’écran, qui semblent volontairement les ignorer.
Le cinéaste revendique une approche documentaire, et donc tournée à l’épaule pour capter cette spontanéité. « C’est une envie de montrer comment les enfants sont réellement. Et je pense qu’ils sont comme ça », affirme-t-il. Une démarche qu’il justifie par un refus de juger : « Le cinéma n’est pas là pour dire ce qui est bien, ce qui est mal. Le cinéma est là surtout pour dire la vérité de la réalité des choses. »
« C’est le miracle du cinéma »
Bruno Dumont raconte également comment le projet, initialement pensé comme une fiction plus classique, a dû s’ajuster à la réalité de ses jeunes comédiens. Lorsqu’il demande à l’un d’eux de jouer son personnage, celui-ci refuse net : « Il me disait “non, je ne m’appelle pas Géo, je m’appelle Kaylon !”, c’était donc à moi de trouver la clé pour qu’il rentre dans son rôle. »
Sur la question de la sécurité physique des enfants, le réalisateur évoque un tournage largement construit autour d’effets de montage : « Ils n’ont jamais sauté aussi haut, ils n’ont jamais été en danger d’une façon ou d’une autre. C’est le miracle du cinéma, c’est de croire que c’est vrai. »
L’éloge du risque et de la liberté
Au-delà du métrage, Bruno Dumont élargit son propos à une critique plus large de la société contemporaine, qu’il juge trop encline à la surprotection des plus jeunes : « C’est l’adulte qui a peur, c’est l’adulte qui surprotège. La vie est un risque, et la vie est belle aussi. »
Une philosophie qu’il résume en forme de conclusion, filant la métaphore du titre de son film : « Je pense que les rochers c’est ça, ce sont les enfants, des petits rochers qui deviennent humains. »
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