Le Groupe d’entraide mutuelle pour les personnes autistes (GEMA) tient un rôle essentiel dans la sensibilisation et la compréhension des personnes autistes. En dépit des obstacles encore omniprésents, cette association est porteuse d’espoir pour une société plus inclusive.
Rompre avec un isolement social, s’installant assez vite dès l’enfance, est indispensable pour les personnes autistes. Le Groupe d’entraide mutuelle (GEM), dédié aux personnes présentant un trouble du spectre de l’autisme, vise à offrir un espace sécurisant et bienveillant.
La spécificité du GEM des Alpes-Maritimes est qu’il existe très peu d’associations gérées en autonomie par des personnes autistes en France. Le but de la présidente, Coline Gil, et du vice-président, Benjamin Tabet-Costa, est d’encourager l’autonomie des personnes autistes. Les activités permettent de développer leurs compétences et contribuent à leur bien-être.
Le GEMA 06 regroupe 120 personnes inscrites, âgées de 16 à 75 ans. Les missions d’information et de sensibilisation de cette association sont d’ordre public aujourd’hui. « Les personnes sont résumées au fait d’être autiste, elles ne sont pas perçus comme des citoyens comme les autres », a déploré Alexis Leclaire, l’un des référents de l’association.
Pour les membres de cette association niçoise, plus les personnes autistes seront visibles et entendues, plus il y aura de chances que la société évolue.
Une autogestion porteuse d’avenir
Le GEMA 06 est une association gérée par des personnes autistes pour les personnes autistes. Alexis Leclaire et Emma Denis accompagnent au quotidien les adhérents. Depuis près de vingt ans, l’éducateur spécialisé de formation travaille aux côtés des personnes autistes : « je pars de ce que les personnes me disent pour pouvoir les aider. »
Cette association est devenue un lieu d’autodétermination permettant aux adhérents de regagner progressivement confiance en eux. « Nous avons compris que nous n’étions pas des incompétents et que nous sommes capables d’acquérir des connaissances et des compétences », a expliqué le vice-président de l’association.
Le GEM lutte quotidiennement contre le fléau de l’isolement social menaçant les personnes autistes. « Après quelques mois, nous voyons qu’ils reprennent confiance en eux, ne serait-ce qu’ils retrouvent le sourire. Ils apprennent à mettre en place leur façon de penser et à comprendre leurs émotions », a confié Emma Denis. Cette association incarne l’opportunité pour eux de pouvoir gérer leur vie d’adulte aux côtés de personnes qui les accompagnent, « présentent pour nous conseiller mais auxquelles nous ne sommes pas menottées », a ajouté le vice-président.
La méthode de gestion de cette association enseigne l’importance de placer les personnes concernées au centre du processus de décision. « La meilleure manière d’être au plus près des besoins des personnes autistes est d’entendre ce qu’ils ont à nous raconter. Nous avons la chance d’avoir des personnes qui peuvent nous expliquer leur fonctionnement pour nous permettre d’améliorer nos pratiques professionnelles », a expliqué Alexis L.
Cette autonomie apporte également une vision plus juste des personnes autistes, qui ont longtemps souffert d’une image pathologisante. « Je vois les conséquences de toutes les injustices que les personnes autistes vivent au quotidien, que ce soit le harcèlement, le rejet ou l’infantilisation », a assuré l’éducateur spécialisé.
Le GEM accompagne les adhérents dans un esprit de solidarité et d’entraide. « Nous avons tous plus ou moins des compétences et nous nous les partageons entre nous », a indiqué le vice-président de l’association. En guise d’exemples, une adhérente apporte son aide dans les démarches administratives, tandis qu’une autre propose de pratiquer de l’art thérapie. « Grâce à sa formation, elle est capable de nous suggérer des médiums différents et plusieurs thèmes et cela nous permet d’avoir accès à ces modes d’expression », a expliqué Benjamin Tabet-Costa.
Un pôle sensibilisation essentiel
Les personnes autistes font encore face à de nombreux obstacles, notamment liés aux perceptions que les personnes peuvent avoir. « Les fictions apportent des représentations des personnes autistes, qui font aujourd’hui, plus de mal que de bien. Dans les journaux, ils montrent surtout le côté sensationnaliste de l’autisme, c’est-à-dire le côté handicap lourd et sévère, en utilisant des mots qui peuvent être rabaissants », a confié Benjamin Tabet-Costa. Emma Denis a relevé « le manque d’intégration. »
Le manque d’information altère le bien-être des personnes autistes. Les préjugés leur attribuent une étiquette et les empêchent de se sentir comme des citoyens à part entière. « Nous sommes humains, nous avons des émotions, nous sommes capables de réfléchir, de ressentir, et même si nous passons par des chemins différents nous arrivons à comprendre ce qu’il se passe autour de nous », a clarifié le vice-président.
L’association niçoise a su se démarquer dans sa mission d’information et de sensibilisation. Entre activités, jeux, ateliers immersifs et conférences, le GEM apporte des outils de compréhension aux professionnels et au grand public. « Dans ces ateliers, nous faisons vivre des situations sensorielles de personnes autistes aux participants », évoqué Alexis Leclaire. Pour les membres de cette association, la sensibilisation est primordiale. « Nous ne pouvons pas comprendre ce qu’est d’être autiste sans le vivre », a ajouté Benjamin Tabet-Costa.
Le GEM intervient énormément auprès des institutions avec lesquelles des partenariats se créent, comme l’APREH (Association pour la Réadaptation et l’Épanouissement des personnes en situation de Handicap), le CRA (Centre de ressources autisme), la ville de Nice et bien d’autres encore. « Nice est l’une des rares villes en France où il y a carrément cinq jours de sensibilisation à l’autisme et ce sera maintenue en 2027 », a précisé Alexis Leclaire.
Le rôle de l’association dans la vie locale niçoise promet de s’étendre sur le plan national. Au mois de novembre prochain, l’association GEMA 06 sera invitée à présenter leurs outils de sensibilisation à la délégation ministérielle à l’autisme du Gouvernement. Pour Alexis Leclaire, cette invitation est annonciatrice d’un avenir peut-être plus serein pour les personnes autistes.
NicePremium est un média local indépendant et gratuit.
Pour nous aider à continuer, vous pouvez soutenir notre travail à partir de 5 € par mois.
