Transfert des cétacés de Marineland : des députés contestent la décision du gouvernement

Une semaine après le déplacement du ministre de la Transition écologique à Antibes, plusieurs députés demandent la suspension des transferts des orques et des dauphins de Marineland vers l’Espagne. Ils s’appuient sur des éléments jugés préoccupants et dénoncent un des mouroirs pour animaux.

Le 15 mai, le ministre de la Transition écologique, Mathieu Lefèvre, s’est rendu à Antibes pour examiner l’état des installations de Marineland, fermé depuis janvier 2025. À l’issue de cette visite, le ministre a confirmé son soutien au départ des deux orques encore présentes, Wikie et Keijo, vers Loro Parque, à Tenerife. Le transfert est annoncé « dans les prochaines semaines, avant fin juin », avec la volonté affichée de « ne pas faire du statu quo une solution. » Sur place, le PDG du parc, Pascal Ferracci, décrit depuis plusieurs mois des bassins « fissuré » et « délabré » et estime qu’« on ne peut évidemment plus attendre. »

Une semaine plus tard, le 22 mai, une lettre signée par plusieurs députés écologistes, LFI et socialistes demande la suspension immédiate des autorisations de transfert. Les élus rappellent que les conditions de détention des cétacés se seraient dégradées depuis la fermeture partielle du parc en 2023, mais que les destinations retenues ne garantiraient pas une amélioration. Le courrier souligne que « le taux de survie des orques au Loro Parque est extrêmement bas » et mentionne quatre décès entre 2021 et 2024. Les signataires évoquent aussi des attaques entre orques liées à la surpopulation, décrites dans un rapport de Sea Shepherd publié en mars 2025.

La lettre s’attarde également sur la situation du Selwo Marina, où 28 dauphins ont été transférés vers la Chine depuis 2022, dont neuf pour faire de la place aux animaux d’Antibes. La directrice de Sea Shepherd France, Lamya Essemlali, y voit un « véritable mouroir », en raison d’une réglementation chinoise jugée peu exigeante en matière de bien‑être animal. Les installations de l’Oceanogràfic de Valence sont aussi pointées du doigt. Selon One Voice, leur vétusté condamnerait les animaux à vivre dans des conditions plus difficiles que celles du Marineland.

L’association OneVoice affirme que « l’Espagne n’a pas accepté d’accueillir les orques et les dauphins de Marineland dans ses delphinariums. Une décision courageuse, prise malgré les pressions et qui ouvre enfin la voie à une autre direction : celle des sanctuaires. Pendant que la France multiplie les manœuvres, recule, tergiverse et laisse planer la menace de nouveaux projets commerciaux comme celui de Beauval, l’Espagne rappelle une évidence : ces animaux n’ont pas à être déplacés d’un bassin à un autre pour continuer à être exploités. Ils doivent être protégés. Éloignés des delphinariums. Accompagnés vers des solutions dignes. Merci à l’Espagne de tenir bon. Merci à toutes celles et ceux qui se battent pour que les sanctuaires deviennent (très bientôt) enfin une réalité. Nous continuerons le combat, sans relâche, pour les orques et les dauphins de Marineland. Contre les delphinariums. Contre les projets commerciaux. Pour des sanctuaires. »

Des conditions jugées incompatibles avec la loi de 2021 ?

Douze dauphins vivent encore à Antibes. Le plan présenté prévoit une répartition entre Valence et Malaga, avant un éventuel transfert vers le zoo de Beauval, où un espace adapté doit être créé. Les associations de défense animale contestent ces choix et dénoncent le maintien des cétacés dans des structures où la reproduction et les spectacles restent pratiqués. La lettre parlementaire rappelle que ces orientations contredisent l’esprit de la loi de 2021, qui visait à mettre fin à l’exploitation des mammifères marins en captivité.

Les élus avancent d’autres pistes. La création d’un sanctuaire marin sur les côtes bretonnes, proposée par Sea Shepherd et soutenue par des scientifiques, a été écartée par l’IGEDD. Des centres semi‑naturels en Grèce ou en Italie pourraient aussi accueillir les animaux, même si la prise en charge ne serait pas immédiate. Ces solutions demanderaient un calendrier plus long, mais offriraient, selon les signataires, une amélioration réelle des conditions de vie des cétacés.

La lettre insiste sur les capacités cognitives et les besoins sociaux complexes des orques et des dauphins. Elle affirme que maintenir la décision actuelle reviendrait à « augmenter la quantité de souffrances que ces animaux ont déjà subies. » Les députés demandent donc la suspension des transferts vers Loro Parque, Selwo Marina et l’Oceanogràfic, et appellent l’État à privilégier une solution conforme à la loi de 2021.

Une pétition ayant recueilli près de 125 000 signatures a d’ailleurs était lancée contre le transferts des cétacés en Espagne.

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