Jusqu’au 17 mai, l’artiste Hannaka investit la Villa Cameline à Nice avec une exposition intitulée Des histoires simples. Photographies, dessins, textes et installations se répondent dans les différentes pièces de cette demeure atypique, invitant le visiteur à un parcours artistique à la fois intime et universel.
Née en 1966 et diplômée de l’École nationale supérieure des Beaux-Arts de Paris, Hannaka vit et travaille à Nice. Son travail, qui mêle plusieurs disciplines artistiques, s’intéresse avant tout à l’observation de la nature humaine et à la manière dont les émotions se traduisent dans le corps et dans l’esprit.
Un parcours artistique dans une maison transformée en galerie
Pour cette exposition, l’artiste a choisi de transformer l’espace de la Villa Cameline en véritable terrain d’exploration. Les œuvres sont disséminées dans les différentes pièces de la maison, comme autant d’étapes d’un cheminement artistique. « Il y a plusieurs salles, sept en tout », explique Hannaka. « Dans chaque salle, il y a des petites expositions avec quelques explications. Mais je ne voulais pas qu’il y ait beaucoup de textes. »
Le visiteur est ainsi invité à circuler librement, passant d’une pièce à l’autre et d’un étage à l’autre. Portraits, dessins, objets ou installations composent un ensemble qui raconte des histoires personnelles tout en abordant des thèmes universels. Dès l’entrée, une série de portraits accueille les visiteurs. Placés dans l’escalier, ces visages semblent observer ceux qui passent. « Je voulais que les personnages soient un peu au-dessus de nous, comme s’ils nous regardaient », explique l’artiste. « Quand j’étais enfant, ma tante vivait dans un couvent. Il y avait les portraits des mères supérieures dans les escaliers. En voyant cette maison, j’ai repensé à ça. »
Les « Invisibles », miroir de nos contradictions
Parmi les séries présentées figure Les Invisibles, un travail photographique centré sur le visage humain et ses contradictions. Le principe est simple : partir d’un portrait et le transformer en image symétrique. Les expressions du visage sont ensuite retravaillées pour créer deux moitiés différentes. « Je prends un portrait et je sépare les expressions à droite et à gauche », explique Hannaka. « Quand on les met côte à côte, on voit apparaître deux visages différents pour une seule personne. »
Pour l’artiste, cette démarche révèle les tensions qui traversent chaque individu. « Dans nos visages, il y a souvent une partie plus dure, une autre plus douce, parfois masculine, parfois féminine. On porte toutes ces facettes en nous. C’est pour ça que je les appelle les Invisibles. »
Certaines œuvres reposent aussi sur des métaphores visuelles. Dans l’un des portraits, une femme tient à la fois un rocher et une fleur. « La roche représente la dureté qu’elle montre à l’extérieur », raconte Hannaka. « Mais la fleur symbolise sa sensibilité. C’est quelqu’un de très direct, très dur parfois, mais qui peut aussi être extrêmement émotive. »
Une exposition construite autour d’histoires de vie
À l’étage, plusieurs salles sont consacrées à des récits plus personnels, souvent inspirés de la famille de l’artiste. Un diaporama retrace ainsi certains souvenirs, accompagnés de textes. Une pièce reconstitue également une chambre figée dans le temps. Les personnages photographiés y ont posé avant l’exposition, comme s’ils habitaient encore l’espace. Pour renforcer l’immersion, un parfum a été spécialement créé pour la salle. « Je voulais que ce soit une pièce un peu suspendue dans le temps », explique Hannaka. « Le parfum est volontairement un peu ancien, avec une odeur de poudre. »
Dans une autre salle, le visiteur peut découvrir des histoires singulières racontées par des dessins et des textes. Certaines sont inspirées de proches de l’artiste. L’une d’elles raconte par exemple l’histoire d’une cousine qui a quitté sa cérémonie de mariage au dernier moment. « Tout était prêt, les familles étaient là, la salle aussi… et au dernier moment, elle n’est pas entrée dans la mairie », se souvient Hannaka. « Les gens vivent des choses incroyables. »
Une boîte à secrets pour les visiteurs
L’une des installations invite également le public à participer directement à l’exposition. Un petit bureau et une boîte permettent aux visiteurs de laisser un secret, un souvenir ou une confession. « L’idée, c’est que les gens puissent écrire des histoires un peu inavouables », explique l’artiste. « Certaines sont très touchantes, d’autres très dures. Mais c’est ça aussi qui m’intéresse : montrer tout ce que nous sommes. » Ces témoignages pourraient d’ailleurs nourrir un futur projet artistique. « Je vais peut-être travailler à partir de ces mots, en photo ou en dessin. Ce sera peut-être une prochaine série », confie-t-elle.
L’artiste insiste enfin sur la dimension accessible de son travail. « Ce n’est pas quelque chose d’élitiste », assure-t-elle. « Même les gens qui ne sont pas spécialement intéressés par l’art peuvent s’y reconnaître, parce que ce sont des histoires simples, des choses que tout le monde vit. »
L’exposition Des histoires simples est visible à la Villa Cameline, 43 avenue Monplaisir à Nice, jusqu’au 17 mai, avec des ouvertures principalement les mercredis et samedis après-midi.
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