Le procès en appel de Jack Sion s’est ouvert ce mercredi 6 mai 2026 à Nice. L’homme de 78 ans est rejugé pour des faits de viols dits « par surprise », après une première condamnation à huit ans de prison en 2021. Les débats portent notamment sur la notion de consentement face à une usurpation d’identité présumée. L’accusé, Niçois de 79 ans selon d’autres sources judiciaires, comparaît libre après avoir été libéré sous contrôle judiciaire quatre mois après sa condamnation initiale.
Dès cette première journée d’audience au tribunal de Nice, les débats ont principalement porté sur le rappel des faits, le rapport des experts et les témoins appelés à la barre. La cour est revenue sur le mode opératoire décrit par les enquêteurs : un stratagème élaboré, utilisé pendant plusieurs années, où Jack Sion un Niçois de 78 ans, se présentait sous l’identité d’« Anthony Laroche », un trentenaire blond aux yeux bleus, architecte d’intérieur monégasque selon le profil fictif. Plus de 342 femmes auraient échangé avec lui en ligne, et au moins 24 se seraient rendues à son domicile de la Promenade des Anglais.
Une affaire fondée sur une usurpation d’identité présumée. Selon l’accusation, Jack Sion aurait utilisé de faux profils sur des sites de rencontre afin de séduire plusieurs femmes en se présentant comme un homme plus jeune. Derrière ce personnage virtuel, il aurait entretenu des échanges prolongés pour instaurer un climat de confiance avant de proposer des rencontres à son domicile, situé à Nice. Le scénario décrit par les plaignantes était toujours le même : une porte entrouverte, un appartement plongé dans la pénombre, la demande de se dévêtir et de se bander les yeux avant de rejoindre le lit. Celles qui acceptaient découvraient ensuite un homme « dégarni », « ridé », « bedonnant », « vouté », « avec un gros nez », très loin du mannequin dont il utilisait les photos.
Des témoins et témoignages que tout oppose ?
Des femmes, des hommes, de son passé mais aussi de son présent s’exprime au fur et à mesure que les heures passes. De sa concubine actuelle, à l’ex mari de l’une de ces ex-femmes, en passant par sa première femme. Pour l’heure, tous s’accordent à dire qu’il est cultivé, et qu’il sait travaillé. La défense insiste sur l’idée que les relations étaient consenties et que « rien n’a été imposé », tandis que les parties civiles rappellent que la Cour de cassation a déjà jugé en 2020 que « constitue un viol par surprise l’acte de pénétration sexuelle obtenu à l’aide d’un stratagème visant à tromper la victime sur son identité civile et physique. »
Les débats doivent se poursuivre pendant encore deux semaines. À l’issue des audiences, la cour d’assises de Nice rendra son verdict en appel, très attendu dans cette affaire qui interroge la frontière entre tromperie et consentement dans les relations en ligne. Verdict : vendredi 15 mai. Les avocats de la défense, Mes Margaux Mathieu et Lou Ferdinand Dreyfus, annoncent qu’ils plaideront l’acquittement, estimant que « ces rapports sexuels avaient été définis en amont entre les deux partenaires. » À l’inverse, Me Mohamed Maktouf, avocat des parties civiles, rappelle que ses clientes « espèrent que l’âge avancé de l’accusé ne soit pas un obstacle à la condamnation. »
Pour rappel, en 2021, Jack Sion avait été jugé devant la cour d’assises de l’Hérault, à Montpellier. Il avait alors été reconnu coupable de viols qualifiés de « par surprise » et condamné à huit ans de prison. Le procès avait duré trois jours et avait été marqué par des témoignages particulièrement précis, dont celui d’une victime racontant : « au moment où j’ai enlevé le bandeau, il a éteint la lumière. J’ai vu sa silhouette, un homme plus petit, pas athlétique du tout, et j’ai vu son nez qui n’avait rien à voir avec Anthony Laroche. »
La cour avait retenu que l’accusé avait trompé ses victimes sur son identité dans le cadre de rencontres organisées via internet, ce qui avait été au cœur de la qualification des faits. Cette première décision est aujourd’hui examinée en appel à Nice. L’affaire avait failli ne jamais être jugée : un non-lieu avait été prononcé en 2018 par la chambre de l’instruction d’Aix-en-Provence, avant que la Cour de cassation ne casse cette décision et renvoie l’affaire devant la cour criminelle départementale de l’Hérault.
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