À Nice, la condamnation de Freeze Corleone divise ses auditeurs

Condamné lundi 27 avril par le tribunal correctionnel de Nice pour apologie du terrorisme, le rappeur Freeze Corleone a écopé de 15 mois de prison avec sursis et 50 000 euros d’amende. Sur le campus de Université Côte d’Azur, certains étudiants continuent pourtant d’écouter l’artiste, tandis que d’autres estiment que la ligne rouge a été franchie.

Campus Saint-Jean d’Angély, 17 heures. Dans la cour, les discussions vont bon train à la sortie des cours. Quelques mètres plus loin, devant la bibliothèque universitaire, les écouteurs restent vissés dans les oreilles de certains étudiants. Mais depuis la condamnation du rappeur Freeze Corleone, la question revient souvent : peut-on continuer à écouter un artiste dont les propos sont jugés répréhensibles ?

Le tribunal correctionnel de Nice a condamné l’artiste à 15 mois de prison avec sursis et 50 000 euros d’amende pour apologie du terrorisme, à la suite de paroles contenues dans la chanson Haaland, accusées de faire référence à l’attentat du 14 juillet 2016 sur la Promenade des Anglais : « j’arrive dans l’rap comme un camion qui bombarde à fond sur la – ». Une décision judiciaire qui suscite de nombreuses réactions parmi les jeunes niçois.

« J’écoute la musique, pas les idées »

Assis sur un banc du campus, Hugo, 21 ans, reconnaît écouter régulièrement Freeze Corleone, qui totalise plus de 2,5 millions d’auditeurs mensuels sur Spotify. Mais pour lui, la musique doit être distinguée du reste. « Honnêtement, je comprends que certaines paroles puissent choquer. Surtout quand ça touche à un événement comme l’attentat de Nice. Mais je ne vais pas arrêter d’écouter un artiste pour ça. J’écoute la musique pour l’ambiance, pour les prods, pas pour les idées qu’il peut mettre dans ses textes », explique l’étudiant en économie.

Un avis partagé par plusieurs étudiants rencontrés sur le campus. Pour eux, le rap fonctionne souvent sur la provocation et les métaphores. « Dans le rap, il y a toujours eu des punchlines violentes ou provocatrices. Ça fait partie du style. Ça ne veut pas forcément dire que l’artiste soutient ce qu’il dit », estime Leo, étudiant de 19 ans.

« La liberté d’expression existe, mais elle a aussi des limites »

D’autres étudiants, en revanche, jugent que certaines limites ne devraient pas être franchies. Alors qu’elle prend sa « pause clope » devant l’entrée de la bibliothèque universitaire de Saint-Jean-d’Angély, Manon, 20 ans, ne cache pas son malaise face aux paroles du rappeur.

« Quand on a une grande audience, on doit faire attention à ce qu’on dit. Beaucoup de jeunes écoutent ce genre de musique. Si les paroles banalisent des sujets aussi graves que le terrorisme, ça devient problématique », affirme-t-elle. Selon elle, la condamnation judiciaire envoie un signal clair : « la liberté d’expression existe, mais elle a aussi des limites. »

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