Présente à Nice depuis avril 2025, l’association HopHopFood récupère les invendus alimentaires de commerces partenaires pour les redistribuer à des personnes en situation de précarité. Sa responsable locale, Nolwenn Poupon, explique le fonctionnement d’une initiative qui entend lutter à la fois contre le gaspillage et les difficultés d’accès à l’alimentation.
Installée dans les Alpes-Maritimes depuis un peu plus d’un an, l’antenne locale de HopHopFood poursuit son développement. Grâce à une application mobile, l’association met en relation des commerçants disposés à donner leurs invendus et des bénéficiaires orientés par des organismes partenaires. Une solution simple qui permet de redistribuer chaque jour plusieurs dizaines de paniers alimentaires.
Pouvez-vous présenter l’association HopHopFood et son fonctionnement ?
N.P. : « HopHopFood est une association qui lutte à la fois contre le gaspillage alimentaire et contre laprécarité alimentaire. Concrètement, nous mobilisons des commerçants qui préfèrent donner leurs invendus plutôt que de les jeter. La différence avec les systèmes classiques, c’est que tout passe par une application. Les commerçants mettent en ligne leurs invendus sous forme de paniers, et les bénéficiaires peuvent les réserver directement pour venir les récupérer dans le magasin. Cela évite les coûts de transport, de stockage ou de logistique.
Qui peut bénéficier de ces paniers solidaires ?
Nous nous adressons surtout à des personnes en situation de petite précarité, c’est-à-dire des gens qui ont un logement et une cuisine pour préparer les produits récupérés, mais qui ont du mal à se nourrir une fois leurs charges payées. Elles sont orientées vers l’application par des structures partenaires : associations, organismes publics ou institutions. Cela peut être par exemple des étudiants boursiers via le Crous Nice‑Toulon, des familles accompagnées par des associations ou encore des personnes suivies par des services sociaux.
Vous avez récemment établi un partenariat avec la CAF. En quoi consiste-t-il concrètement ?
Le partenariat avec la CAF fonctionne comme avec n’importe quelle structure partenaire. L’idée, c’est de pouvoir toucher les bénéficiaires de la CAF qui peuvent être en situation de petite précarité. La CAF définit des critères et, sur cette base, certaines personnes peuvent être orientées vers notre solution. Elles reçoivent alors un code qui leur permet de s’inscrire sur l’application et de réserver des paniers alimentaires chez les commerçants partenaires.
Jeter de la nourriture reste aujourd’hui légal en France…
Oui, et c’est assez surprenant. La seule obligation concerne les très grandes surfaces de plus de 400 m², qui doivent trouver une solution pour leurs invendus. Mais tous les petits commerces peuvent parfaitement jeter de la nourriture consommable sans que cela pose de problème juridique. Pourtant, c’est un non-sens : socialement, parce que des gens ont besoin de manger, et environnementalement, parce que transporter et détruire ces déchets produit du CO₂.
Ces applications peuvent-elles vraiment changer les habitudes ?
Elles sauvent concrètement des produits de la poubelle. Tout ce qui est mis sur une application anti-gaspillage, que ce soit la nôtre ou d’autres, est de la nourriture qui aurait été jetée autrement. Cela permet aussi de créer un cercle vertueux : les commerçants donnent, les bénéficiaires récupèrent des produits et tout le monde participe à limiter le gaspillage.
Quel est aujourd’hui l’impact du dispositif sur le territoire ?
Nous distribuons environ une soixantaine de paniers alimentaires par jour. L’antenne locale a été ouverte il y a seulement un an : au départ, personne ne connaissait la solution, il n’y avait ni commerçants partenaires ni bénéficiaires. Aujourd’hui, nous avons une trentaine de commerces solidaires et l’activité continue de se développer. Nous nous sommes déjà étendus à des villes comme Cagnes‑sur‑Mer, Antibes ou Vallauris, et un lancement est prévu prochainement à Cannes.
Les commerçants répondent-ils facilement à l’appel ?
Ce n’est pas toujours simple, parce que beaucoup ne savent pas que ce type de solution existe. Aller les rencontrer et leur expliquer la démarche prend du temps. Mais une fois qu’ils comprennent le principe, ils sont souvent très motivés. En plus, le don alimentaire peut ouvrir droit à une réduction fiscale, ce qui constitue un petit encouragement supplémentaire.
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