La série « Été 36 » s’invite à Nice : quand la Promenade des Anglais replonge dans l’Histoire

Ce jeudi 23 avril 2026, le cinéma Variétés de Nice a vibré au rythme d’une avant-première hors norme. Deux épisodes. Un meurtre. Une époque ressuscitée. Quatre héroïnes : Julie de Bona, Sofia Essaïdi, Nolwenn Leroy et Constance Gay et une salle qui en redemande.

C’est Iris Bucher, Présidente Directrice Générale de Quad Drama Production, qui a eu l’idée. Forte des succès de Le Bazar de la Charité et Les Combattantes, TF1 lui demande un troisième opus. Elle choisit l’été 1936 : l’avènement des premiers congés payés, la classe ouvrière qui débarque pour la première fois sur la Riviera, et le clash frontal avec une bourgeoisie qui considère la plage comme sa propriété exclusive. « C’était une période charnière, parfaite pour y glisser une enquête policière à la ‘Agatha Christie‘ », explique-t-elle. Le ressort dramatique vient d’un détail historique peu connu : en janvier 1936, la police française ouvre pour la première fois un poste d’auxiliaire aux femmes. Une héroïne qui enquête était dès lors possible, légitime, inévitable. Avec les autrices Marie Deshaires et Catherine Touzet, puis le réalisateur Fred Garson derrière la caméra, « Été 36 » est née. Quinze ans après ses débuts dans la production, Iris Bucher a confié ce soir-là, émue, que c’est peut-être la série dont elle est le plus fière.

Un défi pharaonique au cœur de Nice. Recréer Nice en 1936 en plein 2025 relevait de l’exploit. Fred Garson, ne minimise pas l’ampleur du chantier. « Le moindre accessoire devait être d’époque, le moindre geste cohérent. » Des centaines de figurants, plus d’une trentaine de voitures d’époque, la Promenade des Anglais bloquée deux jours entiers, des embouteillages qui, selon un restaurateur local, remontaient jusqu’en Italie. Les bars du Négresco, restés dans leurs jus depuis les années 30, a servi de décor naturel. L’hôtel Masséna a été métamorphosé en palace fictif. Les effets visuels ont restitué le mythique Palais de la Jetée. Sur le plateau, la coordination d’une troupe aussi nombreuse relevait elle aussi du défi : « il y a énormément de scènes dans lesquelles nos presque 12 personnages principaux interagissent. C’est comme une chorégraphie. Il suffit qu’il y en ait un qui prenne un peu de retard, la chorégraphie ne marche plus », confie le réalisateur. Et les fous rires n’ont pas manqué. Iris Bucher se souvient : « Antoine Simony qui joue le jeune Gabriel sortait de l’eau en tremblant de la tête aux pieds. Il nous faisait vraiment pitié. Mais pendant qu’il jouait, on ne lui voyait que du feu. Il était incroyable. ». Un esprit de troupe qui a sans doute contribué à attirer un casting d’exception : Julie de Bona, Sofia Essaïdi, Nolwenn Leroy, Constance Gay, François-Xavier Demaison, Pascal Elbé, Miou-Miou. Des noms du cinéma et du théâtre qui ont tous dit oui à « l’ampleur de l’aventure », selon les mots du réalisateur.

Nice et ses institutions, fières d’avoir dit oui

La soirée était aussi celle de la reconnaissance institutionnelle. Zara Boutayeb, adjointe au maire de Nice déléguée à la promotion des productions cinématographiques et audiovisuelles, représentait Éric Ciotti. Elle a rendu hommage à l’ensemble des équipes et du casting, évoquant « une ville de cinéma, source d’inspiration pour de nombreux créateurs », avant de remercier les studios de la Victorine et les équipes municipales qui ont accompagné le tournage au quotidien.

Le Préfet des Alpes-Maritimes Laurent Hottiaux a rappelé avec fierté que les équipes de la préfecture avaient accueilli sur place une partie des équipes de maquillage et de soutien au tournage. Il a également souligné que le département est une terre de cinéma, rappelant que le Festival de Cannes, dont la prochaine édition ouvre le 12 mai, a été créé en 1939 à l’initiative du Front Populaire, avec Jean Zay, ministre de l’Éducation nationale, et que sa première projection eut lieu le 1er septembre 1939, jour de l’invasion de la Pologne, avant d’être reporté à 1946.

Charles Ange Ginésy, président du département des Alpes-Maritimes, a raconté comment Iris Bucher l’avait convaincu en visioconférence de co-financer la production. « Elle est arrivée avec tout le talent de sa conviction », a-t-il souri. Il a tenu à souligner le rôle moteur du département, rappelant que depuis 2006, plus de 100 projets ont été soutenus par le fonds départemental, relancé en 2026. « C’est avec une grande fierté que le département s’est engagé comme partenaire majeur pour soutenir cette production, contribuant ainsi à faire vivre la création et à valoriser les talents locaux », a-t-il déclaré. Il a également salué le territoire dans toute sa diversité : « Entre la Méditerranée lumineuse et les cimes enneigées du Mercantour, notre département offre un cadre exceptionnel, véritable studio de tournage à ciel ouvert. » Avant d’ajouter, avec enthousiasme : « au lendemain du World Artificial Intelligence Film Festival, à l’approche de Canneseries et bien sûr du mythique Festival de Cannes, je tiens à réaffirmer notre détermination à soutenir toutes celles et tous ceux qui font des Alpes-Maritimes un territoire d’ouverture, de partage et de renouveau culturel. »

Un public conquis, une impatience totale

L'affiche de l'été 36 projeté sur un écran de cinéma avec des élus à côté en train de parler.

Dans la salle, le verdict était sans appel. Philippe, venu des Alpes-de-Haute-Provence en spectateur, a couru interroger la productrice dès la fin de la projection : « comment on fait pour savoir la suite ? Ça vous tient en haleine tout le long », confie-t-il. Karina également spectatrice résume parfaitement l’esprit de la série : « ça retrace une vie que le commun des mortels peut vivre, qu’on soit riche ou pauvre. » La date de diffusion sur TF1 ? Iris Bucher reste énigmatique : « Je ne vous la donnerai pas. » Une chose est sûre : Nice n’a pas fini de faire parler d’elle.

Adama Sanogo

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