Inspirée du célèbre conte « La Petite Sirène » d’Hans Christian Andersen (1837), Rusalka du compositeur tchèque Anton Dvorak connut à sa création au Théâtre national de Prague le 31 mars 1901, un succès immédiat : rien d’étonnant lorsqu’on sait que cette histoire d’amour malheureux entre deux mondes, née de légendes moyenâgeuses, traversa la Renaissance avant de nourrir l’imaginaire de nombreux artistes, chorégraphes et musiciens du XIXème siècle, tous animés par l’épopée romantique qui redécouvre les merveilles du fantastique. Qu’on en juge : Karl Friedriech Hensler avec « Das Donauweibchen » créé en février 1798 à Vienne, « La Rusalka du Dniepr » de Nikolaï Krasnopolski et Stéphan Davidov en 1805, « L’Ondine » de La Motte-Fouqué, jouée au Schauspielhaus de Berlin en 1816, suivie d’une nouvelle « Rusalka » de Pouchkine en 1819, d’une autre « Ondine » mise en scène au Théâtre national de Magdebourg en avril 1845, encore revisitée par une « Rusalka » russe du compositeur Dargomyjsky interprétée au Théâtre-Cirque de Saint Pétersbourg en mai 1856. Mendelssohn s’en inspirera dans son opéra de 1863 puis Wagner dans ses « Filles du Rhin ». Rimski-Korsakov fera vivre sa « Rusalka » dans la « Nuit de mai » au Théâtre Mariinsky en 1880 tandis que Charles Gounod fera surgir des « eaux du Rhône, les Trèves et autres filles mortes » dans « Mireille » de 1864. Autant dire que les interprétations de cette œuvre n’ont pas manqué.
Au lieu de cela, Marion Wasserman donne le sentiment d’avoir constamment hésité entre réalisme et symbolisme, entre classicisme et modernité, entre provocation scénique et scrupuleux respect du livret : à certains moments, sa mise en scène suggère, à d’autres, elle s’impose lourdement ballotant un spectateur jusqu’à l’abandon entre incompréhension et perte des repères dramatiques. Malgré la césure d’un décor dissociatif -le palais et l’au-delà du miroir- susceptible d’exciter une certaine créativité, cette ambivalence dramaturgique a également eu pour fâcheuse conséquence de transformer le plateau en no man’s land, désorientant des artistes contraints à d’ennuyeuses répétitions ou mimétismes scéniques.
Heureusement, la beauté musicale de la partition est finement restituée par l’Orchestre philharmonique de Nice, fort harmonieusement placé sous la direction de Claude Schnitzler, chef à l’imperturbable sourire malicieux, malgré tant de déconvenues.
Photos: Dominique Jaussein
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