De moins en moins de professionnels pour accueillir les jeunes enfants, des conditions de travail dégradées, des salaires jugés indignes, manque de formation…, le secteur de la petite enfance s’est mobilisé ce matin pour faire bouger les choses. Au départ de la place Garibaldi à Nice, ils étaient une cinquantaine à avoir uni leurs forces pour faire entendre leur voix.
Après les revendications lycéennes, c’est au tour des professionnels de la petite enfance de lancer un mouvement de grève et de manifestation qui s’étend partout en France. Leur principale revendication est simple : il faut renforcer le taux d’encadrement, c’est-à-dire baisser le nombre d’enfants à la charge d’un professionnel.
Comme l’explique Marianne Caruso, référente de la section petite enfance au syndicat CGT Nice Métropole Côte d’Azur, la pénurie de professionnels dans le secteur de la petite enfance met à mal les conditions d’accueil : « Actuellement, le taux d’encadrement est d’un professionnel pour cinq enfants qui ne marchent pas, et un pour huit qui marchent. Nous, on veut un pour cinq, quel que soit l’âge, de manière à pouvoir véritablement répondre aux besoins des enfants. »
Au-delà de leurs propres conditions de travail, les professionnels du secteur estiment que c’est tout un système qui pâtit de cette mauvaise gestion. « Aujourd’hui, cette pénurie impacte directement les enfants dans leur développement, et ça c’est dramatique, autant pour les bébés que pour leurs familles », alertait Marianne avant le départ du cortège.
Même sentiment pour Gaëlle, agent de crèche dans l’arrière-pays niçois : « On est là pour dire que l’enfant n’est pas un objet. On ne peut pas nous demander d’encadrer beaucoup d’enfants, tout le temps, dans des conditions qui se dégradent. On ne peut pas se dédoubler. »
Dans la foule, les pancartes traduisaient parfaitement ces revendications : « Formées mais pas surhumaines, nous ne sommes pas des pieuvres » ou encore « un pays qui s’occupe mal de ces bébés est un pays qui va mal », pouvait-on lire en scrutant le groupe.
Quelles solutions pour changer la donne ?
Pour lutter efficacement contre cette pénurie d’agents dans les établissements d’accueil, la solution est claire pour Marianne Caruso : « Il faut redonner de l’attractivité à nos métiers ».
Pour cela, plusieurs solutions sont portées par le mouvement : augmentation des salaires, formation renforcée, reconnaissance de la pénibilité ou encore développement des établissements de formation. Tous les moyens sont bons pour rééquilibrer le rapport entre le nombre d’enfants et le nombre de professionnels.
Comme Gaëlle, Loana est agent de crèche. Elle insiste sur les difficultés auxquelles elle fait face dans sa structure : « Imaginez-vous avec huit enfants en même temps, c’est impossible à gérer correctement, et c’est de plus en plus fatiguant pour nous […] Je trouve aussi que les salaires sont bien trop bas par rapport aux responsabilités sur nos épaules. »
Dans beaucoup de crèches, la pression qui pèse sur les professionnels est difficilement supportable sur le long terme, et beaucoup finissent en arrêts maladie, souvent sans être remplacés. Les agents de crèche restants doivent alors redoubler d’efforts pour faire face à un nombre d’enfants qui ne baisse pas.
Alors pour Marianne Caruso, la situation est urgente. Les solutions, elle les énumère sans difficultés. Elle espère enfin que l’Etat saura entendre leur détresse : « le gouvernement doit débloquer des moyens pour le secteur de la petite enfance, c’est évident. On n’arrive plus à recruter. Il faut développer des écoles, retrouver de la qualité dans les formations, susciter des vocations. »
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