Le 9 juillet dernier, le site de la Pinède Gould à Juan les Pins a eu l’insigne honneur d’accueillir le dernier crooner encore en activité, le légendaire Tom Jones. Une soirée mémorable, comme le Jazz à Juan à l’habitude de nous en concocter depuis, tenez-vous bien, 65 ans maintenant et oui, le Jazz à Juan a célébré cette année sa 65ème édition.
Retour donc sur une soirée festive, empreinte d’émotion et de nostalgie. Son altesse sérénissime, Sir Tom Jones, a donc décidé de poser ses immenses valises du côté de Juan les Pins. Déballant au fur et à mesure, tel un conteur venu d’un autre temps, des pièces d’anthologie de l’histoire de la musique et pour cause, à l’âge plus que respectable de 86 printemps, ce dernier a tout connu, de Chuck Berry, à Willie Nelson en passant par Elvis ou encore Janis Joplin. Ladies and Gentlemen, veuillez enfiler vos gilets de sauvetage, la croisière Tom Jones s’apprête à prendre le large, ne vous fiez pas à l’apparente mer d’huile, des rugissantes venant du passé risquent de venir quelque peu vous secouer.
Tom Jones c’est, à la louche, 66 ans de carrière, plus de 100 millions de disques vendus à travers le monde, des titres devenus cultes puis éternels grâce à la télévision et le cinéma. Il anime d’ailleurs sa propre émission, intitulée: « This is Tom Jones » de 1969 à 1971. Des collaborations avec les plus grands, je pense notamment à Elvis Presley à qui il vole presque la vedette alors que ce dernier était en résidence à Las Vegas au début des années 70. Il a également été fait officier de l’ordre de l’Empire britannique en 1998 et finalement anobli en 2005. Ne boudons pas notre plaisir plus longtemps et plongeons dès à présent dans un océan de souvenirs musicaux, plus cultes les uns que les autres. Un Lord à Juan, it’s not so usual…
L’histoire de la pop musique sous nos yeux
Le concert démarre donc avec le très solennel et touchant: I’m growing old, un morceau sur lequel le roi de la soirée, impressionne par sa maîtrise vocale, le poids des années donnant à sa voix une patine et une sensibilité qui font que chaque mot prononcé nous hérisse l’épiderme, un peu à l’instar d’un Johnny Cash sur la fin de sa vie quand il reprendra: Hurt, une pièce d’orfèvrerie musicale composée par le leader du groupe NIN, le surdoué Trent Reznor. « I’m Growing wise, I’m growing, yes I’m growing old… » C’est un fait, l’idole multigénérationnelle vieillit, mais vieillit plus que bien et cette somptueuse interprétation vient nous rappeler, à toute fin utile, pourquoi il est absolument iconique.
Une soirée estivale qui sera émaillée d’une constellation de tubes, que l’on pourrait presque qualifier d’interplanétaires, tant ils paraissent tous mythiques. Dans l’ordre, l’incontournable: It’s not so usual, festif en diable malgré des paroles tragiques et rendu extrêmement populaire dans les années 90 grâce à la série télé: « le Prince de Bel-Air » et bien évidemment grâce au film: « Mars Attack », qui redonnera des ailes à ce morceau emblématique des années 60. L’auditoire est survolté, ça danse un peu partout aux quatre coins du site, la magie Tom Jones semble intacte, pour le grand plaisir d’une foule massée en nombre, transie d’amour et d’admiration pour son idole.

Il interprétera par la suite le très polisson: What’s new pussycat ? qui a servi de B.O pour le film du même nom, un morceau qui lancera d’ailleurs la carrière de ce dernier et sur lequel il cabotine comme s’il avait de nouveau la trentaine. L’immense tube: Sexbomb, s’invitera également à la fête, un titre qui lui a permis d’ailleurs de faire un come-back inespéré au début des années 2000, relançant par là même son immense carrière.
Là aussi, le public ne boude pas son plaisir et communie avec le maître de cérémonie. Nous aurons également droit à des morceaux beaucoup plus introspectifs, voire même puissamment contemplatifs, je pense notamment au magnifique et poignant: Across the Borderline de Ry Cooder, au très apaisant: This is the Sea des Waterboys, pour finir par le très évocateur: Lazarus Man de Terry Callier. L’interprétation est magistrale, puissante et assurée, tel un mantra répété à l’infini, Lazarus Man fait plus que jamais écho à la longue vie du héros de la soirée, celle d’un voyageur fatigué ayant traversé les épreuves du temps, plus que je jamais en quête de sens et du repos de l’âme.
Un set qui fera donc la part belle aux reprises, on sent que l’invité d’honneur du festival a envie de se faire plaisir en reprenant pêle-mêle des morceaux d’artistes qu’il affectionne tout particulièrement, à l’image de Bob Dylan, Cat Stevens ou encore Prince. A noter une version de Kiss ô combien enthousiasmante et enjouée mais aussi et surtout une reprise de Johnny B. Goode, qui marquera longtemps les esprits et avec laquelle il clôturera cette magnifique soirée.
Il nous confiera d’ailleurs, qu’un soir où il chantait à Las Vegas, dans la même salle où Elvis était alors en résidence (excusez du peu), ce dernier l’aurait emmené voir monsieur Chuck Berry en personne qui était en loge, lui demandant s’il voulait aller saluer le véritable inventeur du rock’n roll ? Une anecdote qui nous fait soudain prendre conscience du caractère exceptionnel de voir ainsi performer une telle légende de la musique et par là même, prendre toute la mesure de la carrière hors norme du dernier des crooners, qui a traversé toute l’histoire de la « pop music », pour venir jusqu’à nous ce soir.
Les derniers rugissements d’un géant
Une fois n’est pas coutume, le Jazz à Juan nous a permis de vivre un moment inoubliable, entre terre et mer, quelque part sous le soleil de Californie et le désert de Vegas. L’immortel Tom Jones, nous a offert un récital en tout point inoubliable empreint d’une très grande classe mais aussi d’une solennité propre à son âge vénérable. Comment ne pas être ému et reconnaissant d’assister aux derniers rugissements d’un tel géant ? Dans la jungle de la Pinède Gould, le lion, loin d’être mort ce soir, au terme d’un show de presque deux heures, avec pas moins d’une vingtaine de morceaux, n’est visiblement pas encore prêt à céder sa couronne.
Aurélien Maccarelli

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