Municipales 2026 à Nice : les propositions d’Estelle Jaquet (Lutte Ouvrière)

À la veille du 1er tour des élections municipales, la rédaction de Nice Premium vous propose une série d’entretiens identiques avec les têtes de liste ayant répondu favorablement à notre demande. L’objectif est de vous permettre de mieux comprendre les prises de position des différents candidats à l’élection municipale à Nice.

Trois listes n’ont pas donné suite malgré plusieurs relances : Tous pour Nice (Christian Estrosi), pour des raisons d’agenda ; À la Reconquête de Nice (Cédric Vella), qui n’a pas honoré son rendez-vous ; et Le Meilleur est à venir (Eric Ciotti), qui a ignoré nos demandes.

Les quatre autres listes, à savoir Nice Front Populaire (Mireille Damiano), Nice Démocratie Directe (Céline Forjonnel), Lutte Ouvrière – Le camp des travailleurs (Estelle Jaquet) et Unis pour Nice (Juliette Chesnel-Le Roux), ont répondu à dix questions généralistes et adressé un message aux électeurs niçois.

C’est au tour d’Estelle Jaquet de répondre à nos questions :

Si vous êtes élu, quelle serait votre priorité absolue pour Nice durant les 100 premiers jours de votre mandat ?

« Je ne pense pas que j’aurai un mandat sur Nice, il faut quand même être clair. Je ne me présente pas pour avoir un programme seulement pour Nice. Moi, si je me présente à ces élections, qui sont municipales, c’est pour mettre en avant un programme pour l’ensemble du monde du travail.

Les travailleurs niçois, les travailleuses niçoises ont exactement les mêmes intérêts que l’ensemble des travailleurs de ce pays, qui seraient de mettre en cause cette société capitaliste qui nous amène à la catastrophe qu’on voit d’ailleurs en ce moment, avec cette guerre qui est en train de se généraliser. Donc moi, c’est ce programme pour les travailleurs que je mets en avant dans ces élections.

Nous avons un programme communiste révolutionnaire. Nous pensons que le capitalisme, c’est une société qui est fondée sur la propriété privée, la recherche du profit individuel, la concurrence, et qui mène à la catastrophe et à l’exploitation du monde du travail.

Pour nous, dans cette société où on a une science, des techniques qui sont arrivées à faire des progrès extraordinaires, on pourrait tout à fait tous vivre correctement, produire ce dont on a besoin, libérer l’humanité des problèmes matériels. C’est ça, le communisme. Une société où on vivrait tous de notre travail en fonction des intérêts de la planète, parce qu’on produirait en fonction de nos besoins, tout simplement.

Quelle sera votre stratégie en matière de sécurité dans l’espace public ?

La sécurité, c’est un vrai problème dans cette société. Dans les quartiers, mais pas que. La sécurité, en général, c’est un problème parce qu’on vit dans une société qui laisse de côté de plus en plus de monde. La précarité augmente, la pauvreté augmente, le nombre de quartiers dans lesquels cette pauvreté s’entasse augmente. On ne se débarrassera pas des problèmes de sécurité, d’insécurité, avec plus de policiers, plus de caméras de surveillance.

On le voit, de toute façon, malheureusement, la sécurité, on ne la trouvera que lorsque les gens, dans les quartiers, arriveront à se mobiliser pour remettre en cause la façon dont ça fonctionne. Et puis quand tout le monde aura accès à un niveau de vie correct, dans une société — en plus à Nice, qui regorge de richesses, avec des yachts, des milliardaires de plus en plus nombreux et de plus en plus riches — et qui laisse à côté de plus en plus d’enfants, de monde, qui n’ont même pas accès à un logement pour y dormir. Je pense que la sécurité, on ne peut pas la trouver comme ça. Ça ne peut pas exister réellement.

Quelles mesures concrètes proposerez-vous pour faire face à la crise du logement à Nice ?

Alors la crise du logement, d’abord, elle n’est pas niçoise, elle est générale. Bien sûr, il faudrait produire des logements, sauf que je pense que le maire n’est pas vraiment la seule personne qui puisse avoir la main dessus. Ceux qui décident de construire des logements, ce sont des entreprises du bâtiment. C’est Vinci, par exemple. Ces entreprises, leur objectif, c’est de faire des profits. Donc leur objectif, c’est de faire des logements qui rapportent de l’argent. Les logements sociaux, déjà pour eux, je pense que ce n’est même pas un sujet.

L’autre aspect, et ce sur quoi la mairie n’a absolument pas la main, c’est les salaires. Or, pour pouvoir se loger entre 25 et 34 ans, il faut pouvoir en avoir les moyens. Et qui décide des salaires ? Ce sont les patrons, qui aujourd’hui ne sont pas en train de vouloir les augmenter, au contraire. Pour augmenter leurs bénéfices, leurs profits, ils sont plutôt en train de chercher à les diminuer de plus en plus. Donc le logement, c’est pareil. Il faudra que demain, ceux qui produisent ces logements, ceux qui les construisent, puissent avoir la possibilité de les construire pour eux. Parce qu’aujourd’hui, ils les construisent à Monaco, par exemple, pour des milliardaires. Et ce sont les mêmes qui, quand ils rentrent chez eux après le travail, parfois, sont dans des logements qui ne sont pas dignes, en fait.

Quelle politique de mobilité mettrez-vous en place pour réduire les embouteillages et améliorer les transports au quotidien ?

Il faudrait beaucoup plus de transports publics gratuits. Je pense que ça changerait beaucoup les choses. Un autre aspect aussi : c’est aberrant qu’on ait autant de kilomètres à faire pour aller à son travail. Tout ça est lié au prix des loyers, parce qu’on vit là où on peut vivre, et pas obligatoirement à côté de son entreprise. Donc pour résoudre les problèmes de transport, c’est pareil, il faudrait qu’on se mette autour d’une table.

Pour aller à la zone industrielle de Carros, vous avez un, deux, trois bus qui partent du coin à des horaires qui permettent effectivement aux travailleurs qui commencent le plus tôt d’y aller. Mais ça n’est pas possible. En réalité, une immense majorité des travailleurs sont obligés de prendre leur voiture. Ça veut dire qu’il faut vraiment changer aussi la façon dont on raisonne sur le logement des travailleurs.

Comment soutiendrez-vous le commerce local du centre-ville ?

Pour que les commerces marchent, il faut que les salaires soient élevés. Vous savez, c’est quand même toujours un petit peu le problème. C’est qu’effectivement, moi je crois qu’aujourd’hui il y a beaucoup de petits commerçants qui ont bien du mal à s’en sortir. D’abord parce qu’ils sont en concurrence avec des très gros, comme les grands centres de distribution — Leclerc, Carrefour — qui eux font des milliards de bénéfices. Effectivement, quand on a un petit commerçant face à ça, c’est difficile.

Les travailleurs et les commerçants ont le même intérêt à s’opposer à ces grands capitalistes de la distribution qui font des milliards de bénéfices. Je crois que pour qu’ils puissent vivre, il faut que tous les salaires augmentent, que les pensions augmentent, que le pouvoir d’achat augmente pour que tous puissent avoir accès à ces petits commerces de centre-ville.

Comment garantirez-vous un accès équitable au sport, à la culture et aux équipements publics dans tous les quartiers de la ville ?

Je vous le dis, je ne pense pas que je serai maire. Ce serait bien que tout le monde puisse avoir accès au sport, ce serait bien que tout le monde puisse avoir accès même à la musique, à la culture. Mais pour ça, il faut qu’on soit dans une société qui a comme objectif que tout le monde ait les mêmes accès à toute la vie culturelle qui peut exister.

Alors il faut bien sûr des lieux pour faire du sport, mais il faut surtout que ce soit gratuit. Peut-être que l’école pourrait être ce lieu-là. On a des moyens, il y a des écoles quand même qui sont publiques. On a des moyens de permettre à toute la jeunesse, à tous les enfants, de faire du sport, de se cultiver. Mais ce n’est pas ça qui est prioritaire dans cette société et ça ne dépend pas de la mairie. Aujourd’hui, on a des politiques de l’école qui consistent à diminuer le nombre d’enseignants, à diminuer toujours plus le nombre d’adultes qui s’occupent des enfants. On ne va pas là-dedans, et on ira de moins en moins avec la guerre qui commence : l’argent de l’État va plus aller pour faire des Rafale que pour faire des écoles.

Quelle place accorderez-vous à la démocratie locale et à la participation citoyenne dans votre processus de prise de décision ?

Pour qu’il y ait moins d’abstention, il faudrait peut-être que les gens aient l’impression que ça les concerne, les élections, et que ça permet de changer les choses. J’invite les gens à aller voter pour moi, pour dire qu’effectivement il faut que ça change. Je les invite à voter pour exprimer leur colère aussi contre cette société. Mais je peux comprendre qu’ils ne voient pas trop pourquoi voter.

On a rencontré énormément de travailleurs et de travailleuses, justement quand on a confectionné notre liste, qui ne comprennent pas l’intérêt, qui sont désabusés, qui ne voient pas pourquoi aller voter. Sans compter tous ceux qui n’ont pas le droit de voter. Il y a quand même des centaines de milliers de travailleurs dans ce pays qui travaillent, qui paient leurs impôts et qui n’ont pas le droit de voter. Moi, je suis pour que tout le monde ait le droit de voter. Et puis je serais pour que, quand on vote, on puisse avoir le pouvoir en réalité.

Demain, ce qui permettra que ça change, ce ne sera pas en allant voter. Ce sera quand on s’emparera collectivement des moyens de production sur nos lieux de travail, dans nos quartiers, qu’on fera la politique nous-mêmes et qu’on dirigera nous-mêmes cette société. C’est ça, en réalité, la perspective que je défends, plus que le fait que tout le monde aille voter.

Comment comptez-vous lutter contre l’abstention et renforcer la participation électorale à Nice ?

Moi, je suis pour une démocratie très, très directe. Je suis même pour qu’en permanence ce soient les gens qui votent les décisions, qui élisent. Et je suis pour la révocabilité des élus. Je suis pour que ceux qu’on élit, on les contrôle, qu’ils soient contrôlés par la population qui les élit.

Et puis qu’on les révoque s’ils ne font plus l’affaire. Je suis même pour que la démocratie soit dans les entreprises. Je suis pour que les gens qui travaillent puissent décider comment ils travaillent, ce qu’ils font.

Et pareil, qu’ils élisent aussi leurs représentants qui dirigeraient ces entreprises. Donc moi, je suis pour une démocratie partout. Et une démocratie populaire qui n’existe pas du tout dans notre société.

Dans notre société, il ne peut pas y avoir de démocratie parce qu’en réalité il n’y a pas d’intérêt général. Il y a une classe sociale qui en exploite une autre. Et ça, on ne peut pas le décider.

On n’élit pas nos exploiteurs. On ne peut pas décider de quoi que ce soit en réalité dans cette société. Les décisions qui sont prises ne sont pas prises en fonction de tout le monde. Elles sont prises en fonction des intérêts de cette petite minorité.

Quel message souhaitez-vous adresser aux Niçois ?

Il faut qu’on se préoccupe de l’avenir. Je les appelle d’abord à regarder ce qu’on dit, à se poser le problème de l’avenir, à arriver à la conscience que oui, c’est possible que ça change, mais que dans cette société capitaliste ce n’est pas possible.

Le capitalisme, la seule perspective qu’il nous offre, c’est cette guerre qui est en train de se généraliser. C’est la barbarie en réalité pour de plus en plus de monde. C’est la précarité, l’exploitation.

Là, dans l’avenir, ça va empirer les conditions de travail. La bourgeoisie, les capitalistes, ils mènent une guerre aux travailleurs. Ils se mènent une guerre entre eux sur notre dos.

Une guerre économique, sociale, une guerre tout court, et ça, c’est sur notre dos. J’appelle les Niçois à prendre conscience de leur capacité, de notre capacité, nous les travailleurs, à changer ça, et de la nécessité de nous organiser, de discuter entre nous et de nous préparer demain à remettre en question cette société capitaliste et à la renverser. »

Propos recueilli par Maïlys Le Deunff

N.D.L.R : les questions portant sur l’aménagement du littoral niçois et la dette municipale, n’ont pas été posées à Estelle Jaquet, celle-ci n’ayant pas exprimé d’ambitions précises pour Nice.

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