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24 juillet 2024

L’Edito du Psy – les feux zoroastriens du nouvel An iranien

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jpg_bobine2008-81.jpgPour les célébrations du nouvel An iranien, le 21 mars prochain, le régime des mollahs ne sera sans doute pas à la fête. Il suffit de se connecter sur Twitter pour se faire une petite idée des surprises que réserve la jeunesse en révolte aux autorités de Téhéran. Cette année plus que jamais, les feux brûlants de Zoroastre -né, dit-on, dans la province iranienne d’Ardabil sur la Caspienne- pourraient enflammer plusieurs quartiers de la capitale comme les grandes artères des villes de province. Le dernier mercredi avant l’équinoxe de printemps, jour du « Norooz », se déroule en effet la fête zoroastrienne du « Chaharshanbe Souri ». Malgré ses tentatives récurrentes, le régime iranien contemporain n’est jamais parvenu à l’éradiquer des traditions populaires. Symbolisant le combat victorieux de Ahura Mazda contre les forces des ténèbres, cette célébration ante islamique -le chiisme n’est religion d’Etat en Iran que depuis 1501- consiste à réunir tous les habitants d’un quartier autour d’un feu nourri du vieux mobilier domestique. Elle donne lieu à un cérémonial particulier : les participants enjambent à vive allure les flammes en prononçant des paroles incantatoires « zardie man az to, sorkhie to az man » qui appellent à « jeter au feu ses faiblesses et à retirer de celui-ci sa force » pour l’année à venir. Toujours placée sous la haute surveillance des milices islamiques qui la tiennent pour une survivance inacceptable d’une ancienne croyance face au dogme mahométan censé parfaire l’engagement du fidèle, une « dégénérescence » même selon le Guide Ali Khamenei, cette cérémonie devrait ce 17 mars revêtir des formes particulièrement violentes : les militants les plus déterminés de l’opposition annoncent la confection de cocktails Molotov pour alimenter un « feu plus purificateur que jamais ». Signe des risques de sanglants débordements et d’arrestations massives, les leaders de la « vague verte » ont soudainement multiplié les appels à la modération : Mehdi Karroubi, Mir Hossein Moussavi et l’ancien président Hachémi Rafsandjani ont tour à tour exhorté les jeunes iraniens à « exprimer dans le calme » leurs revendications afin d’être « mieux entendus ». L’épouse de Moussavi, Zahra Rahnavard, a exprimé elle aussi ses craintes dans un long entretien accordé au site www.kaleme.org. En vain. La minorité active rejette désormais « tout encadrement par les réformistes » et réclame l’abolition du Velayat-e faqih, le principe religieux au cœur des institutions de la république islamique. poster_iranok.bmpMême dispersée, cette mouvance bénéficie d’un vaste élan de solidarité en provenance d’artistes jusqu’alors inconnus du grand public : spontanément, ceux-ci créent des vidéos, composent des partitions, dessinent des graffitis ou peignent des affiches protestataires au point de se voir rassemblés sous le générique de « Green Art », qui mêle slogans révolutionnaires, vœux de mort et symbolisme. La fin du nouvel An ne signifiera d’ailleurs en rien la cessation des hostilités pour les responsables politiques iraniens. Le mouvement de protestation devrait exploiter peu après un autre événement, celui du treizième jour après le « Norooz ». Moins suivi à l’époque moderne, le « Sizda bedar » invite à quitter sa maison en laissant toutes portes et fenêtres ouvertes pour passer une journée entière à la campagne ou en forêt, le temps de « laisser les mauvais esprits » vider les lieux qu’ils occupaient l’année précédente. Des « mauvais esprits » aux bassidjis qui « hantent » encore l’Iran, il n’y qu’un pas que les jeunes iraniens s’apprêtent à franchir. L’un d’entre eux, en liberté sous caution contre une somme de deux cent mille euros -il n’y a pas de petits bénéfices pour les mollahs- disait en le regrettant son peu d’espoir de voir la situation évoluer favorablement sans un recours à la violence. Et de citer le poète iranien Ahmad Chamlou, disparu il y a une dizaine d’années « Man an rooz ro entezar mikesham, hatta roozi ke khod digar nabasham » : « j’ai tant attendu ce jour, qu’il advienne même si c’est après ma mort ».

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