À la veille du 1er tour des élections municipales, la rédaction de Nice Premium vous propose une série d’entretiens identiques avec les têtes de liste ayant répondu favorablement à notre demande. L’objectif est de vous permettre de mieux comprendre les prises de position des différents candidats à l’élection municipale à Nice.
Trois listes n’ont pas donné suite malgré plusieurs relances : Tous pour Nice (Christian Estrosi), pour des raisons d’agenda ; À la Reconquête de Nice (Cédric Vella), qui n’a pas honoré son rendez-vous ; et Le Meilleur est à venir (Eric Ciotti), qui a ignoré nos demandes.
Les quatre autres listes, à savoir Nice Front Populaire (Mireille Damiano), Nice Démocratie Directe (Céline Forjonnel), Lutte Ouvrière – Le camp des travailleurs (Estelle Jaquet) et Unis pour Nice (Juliette Chesnel-Le Roux), ont répondu à dix questions généralistes et adressé un message aux électeurs niçois.
Pour clôturer cette série d’entretien, la parole est à Juliette Chesnel-Le Roux :
Si vous êtes élu, quelle serait votre priorité absolue pour Nice durant les 100 premiers jours de votre mandat ?
La première chose que nous mettons en œuvre, c’est d’organiser la gratuité des transports pour les moins de 26 ans, afin que cela soit mis en place dès la rentrée des classes. À la rentrée, il y aura donc la gratuité des transports pour les moins de 26 ans, qu’ils soient étudiants, collégiens, lycéens ou jeunes travailleurs.
Quelle sera votre stratégie en matière de sécurité dans l’espace public ?Quelles mesures concrètes proposerez-vous pour faire face à la crise du logement à Nice ?
La sécurité à Nice, c’est du bleu dans la ville. C’est-à-dire une présence de police municipale dans tous les quartiers, pas dans une voiture ni derrière un bureau, mais présente sur le terrain. Nous mettrons aussi en place des médiateurs : nous commencerons par 50 médiateurs dans les quartiers prioritaires, pour être au plus proche des habitants et prévenir la délinquance.
Quelles mesures concrètes proposerez-vous pour faire face à la crise du logement à Nice ?
La mesure concrète que nous allons mettre en place ne peut pas se faire seule : il faut le faire avec le préfet. Il s’agit de l’encadrement des loyers. Ce dispositif, déjà mis en œuvre à Paris et dans d’autres villes de France, permet de contenir la surinflation des loyers et de remettre à niveau les loyers trop abusifs.
Quelle politique de mobilité mettrez-vous en place pour réduire les embouteillages et améliorer les transports au quotidien ?
La politique de mobilité, c’est d’abord la gratuité des transports au cours du mandat pour tous les Niçois et Niçoises. Nous lancerons aussi le chantier de la ligne 5, qui est prioritaire pour cette mandature, parce qu’elle desservira de nombreux quartiers très densément peuplés aujourd’hui en situation de discrimination territoriale. Ces habitants sont coincés dans les embouteillages, et même les bus peuvent y rester bloqués le matin, lorsqu’ils viennent des quartiers du bord du Paillon. Enfin, à chaque fois qu’il y aura des travaux de voirie, nous déploierons des pistes cyclables sécurisées.
Comment soutiendrez-vous le commerce local du centre-ville ?
Le commerce local ne doit pas se limiter au centre-ville : il doit être présent dans tous les quartiers. Sinon, les habitants sont contraints de se déplacer, par exemple pour faire leurs courses avenue Jean-Médecin, et certains quartiers deviennent de simples quartiers-dortoirs. Nous voulons donc permettre l’arrivée de commerces dans tous les quartiers. Pour cela, nous proposons de créer une foncière commerciale, qui permettra de préempter des locaux commerciaux disponibles et de les mettre à disposition d’entrepreneurs et de commerçants souhaitant lancer un projet, avec un loyer modéré au démarrage.
Comment garantirez-vous un accès équitable au sport, à la culture et aux équipements publics dans tous les quartiers de la ville ?
L’accès au sport et à la culture pour tous est un vrai enjeu. Aujourd’hui, au moment des inscriptions de rentrée, dans les clubs sportifs ou les centres d’apprentissage artistique comme le dessin, la musique ou la danse, il n’y a souvent des places que très tôt le matin, et beaucoup de familles n’arrivent pas à en obtenir. Nous allons donc travailler au déploiement de lieux de pratique du sport et de la culture dans tous les quartiers.
Les AnimaNice ont aujourd’hui des horaires assez restreints. Il faut qu’il y ait des activités le soir, pour que les adultes puissent pratiquer leurs activités en soirée, et que la journée ou l’après-midi soient davantage réservées aux plus jeunes. Les AnimaNice sont un bon outil, et il faut en déployer d’autres ailleurs.
Il faut aussi faire un important travail sur le périscolaire, c’est-à-dire les activités culturelles, sportives et de culture scientifique, pendant les heures où les enfants sont à l’école mais n’ont pas d’activités encadrées. Courir et jouer dans la cour est évidemment important, mais lorsque cela dure deux heures, cela peut devenir des moments de tension dans les cours d’école. C’est ce que nous disent les enseignants et les encadrants.
Il est donc important de mettre du périscolaire dans toutes les écoles. Aujourd’hui, à Nice, il n’existe pas réellement de périscolaire généralisé : il y a des intervenants ponctuels, mais pas de dispositif présent dans toutes les écoles.
Quelle sera votre vision pour protéger et aménager le littoral niçois face au changement climatique ?
C’est un sujet très important qui a souvent été délaissé, parce qu’on considérait que la mer était un décor immobile et loin des habitations. Or, nous sommes une ville construite sur de nombreux cours d’eau qui se déversent dans la mer. Quand il y a des coups de mer ou des tempêtes, on voit bien que l’eau remonte et remonte dans les caves, dégrade les habitations. Et puis il y a la menace d’une montée des eaux d’un mètre d’ici la fin du siècle, qui fait qu’une partie du Vieux-Nice pourrait être sous l’eau.
Il faut prendre en compte ces sujets et respecter les Plans de Prévention des Risques (PPR, N.D.L.R) : les plans de prévention des risques d’inondation, les plans de prévention des risques d’éboulement, puisqu’on a aussi ce problème d’éboulements, souvent sur la voie ferrée. Il ne faut pas contester ces dispositifs, comme l’a fait le maire Christian Estrosi, qui avait contesté le dernier plan de prévention des risques d’éboulement, parce que cela classait certaines zones en rouge, et les rendait donc inconstructibles.
C’est un sujet important. La construction effrénée dans la plaine du Var, notamment dans la zone de Nice Méridia, en est un exemple. On l’a vu avec l’immeuble de l’Arénas, qui s’est affaissé de 15 centimètres et qui est aujourd’hui un chantier dont on ne sait pas encore comment il se terminera. Cela montre qu’il faut prendre des précautions lorsque l’on construit, et que l’on ne construit pas n’importe où, notamment dans le lit majeur d’un fleuve comme le Var. L’embouchure du Var est un lieu qui peut être très dangereux, avec des tempêtes liées à des systèmes de basse pression. La construction doit donc être prise au sérieux : on ne peut pas simplement se dire qu’une zone est plate et décider d’y construire. C’est pour cela que nous arrêterons les constructions dans certaines zones. Les zones autorisées à la construction seront clairement délimitées, et nous cesserons d’empiéter sur la plaine du Var.
Comment financerez-vous votre programme sans augmenter la dette municipale ni les impôts locaux ?
Nous ne promettons pas de baisser les impôts locaux, parce que les grands travaux doivent être financés. Par exemple, il faut terminer la station d’épuration, ce qui est un sujet très important. Nous voulons également y ajouter des systèmes de filtrage, notamment pour les polluants médicamenteux, qui aujourd’hui ne sont pas pris en compte dans cette nouvelle station d’épuration. C’est un sujet grave pour la biodiversité. Il faut aussi financer les travaux de la ligne 5 du tramway, qui représenteront entre 300 et 500 millions d’euros. C’est une priorité pour nous.
Il y a évidemment un enjeu de bonne gestion. Au cours des trois derniers mandats, nous avons vu une gestion calamiteuse des fonds publics, notamment avec l’affaire du circuit du Castellet, révélée par la presse. L’enquête et le rapport de la Cour des comptes, eux aussi révélés par la presse, confirment ce que nous redoutions : une mauvaise gestion. Dans ce cas précis, cela représente 15 millions d’euros. La tempête Tempête Alex nous a coûté 11 millions d’euros. Et à cause de cette mauvaise gestion, nous avons perdu le soutien de l’État dans le chantier lié à la tempête Alex. L’État a indiqué que, tant que la situation ne serait pas clarifiée, il ne financerait pas sa part.
Il y a aussi des chantiers engagés puis annulés parce que les procédures d’appel d’offres ont été mal conduites, comme le parking Vauban. Nous avons toute une série de dossiers de ce type qui coûtent des millions d’euros chaque année. L’investissement peut être financé par de la dette lorsqu’il est utile, mais le fonctionnement doit reposer sur une gestion rigoureuse des finances publiques. C’est pour cela que nous ne nous engageons pas à baisser les impôts, en tout cas pas immédiatement.
La seule petite marge de manœuvre concerne la taxe de séjour. Nous pouvons l’augmenter légèrement, car nous ne sommes pas au plafond : le plafond est de 4,90 € et nous sommes aujourd’hui à 4,80 €, soit une hausse possible d’environ 2 %. Notre proposition est de transférer toutes les dépenses liées aux grands événements à l’Office de tourisme métropolitain, puisque c’est lui qui peut collecter la taxe de séjour. Cela permettrait d’utiliser cette ressource pour financer les événements touristiques, comme le Nice Jazz Festival, Ironman Nice ou Carnaval de Nice. Cela représenterait environ 10 millions d’euros.
Nous augmenterons également le prix du ticket de bus et de tramway pour les touristes, puisque les transports deviendront gratuits pour les Niçois. Aujourd’hui, le ticket est à 1,70 € ; il passerait à 2,30 € pour les touristes, ce qui reste dans la moyenne des grandes villes françaises.
Quelle place accorderez-vous à la démocratie locale et à la participation citoyenne dans votre processus de prise de décision ?
Nous ne voulons pas nous appuyer uniquement sur les comités de quartier, qui se sentent souvent trop dépendants de la mairie. Nous mettrons en place des budgets participatifs réguliers, avec une véritable consultation en amont, comme cela se fait déjà dans plusieurs villes, notamment à Grenoble. Et avec un budget conséquent, pas simplement symbolique.
Nous mettrons également en place de l’open data sur le site internet de la mairie. Le site doit être clair et accessible. Aujourd’hui, si vous cherchez une délibération municipale, il faut presque connaître à l’avance le fonctionnement administratif pour la trouver.
L’objectif est donc de publier les décisions municipales en open data, mais aussi de consulter les habitants en amont. Il ne s’agit pas de communication, comme le faisait Christian Estrosi, qui annonçait ses décisions dans la presse avant chaque conseil municipal. Nous voulons plutôt dire : voici les décisions que nous proposons de voter, puis échanger avec les citoyens et les comités de quartier concernés, avant la décision finale.
Comment comptez-vous lutter contre l’abstention et renforcer la participation électorale à Nice ?
L’abstention est liée à plusieurs facteurs, mais principalement au désintérêt pour la politique, souvent lié au spectacle que la politique donne. Pour ma part, j’ai essayé de susciter l’intérêt en parlant du fond, alors que certains de mes adversaires ont donné un spectacle que je juge pitoyable. Pour nous, parler aux habitants au quotidien, les écouter et présenter des projets concrets, c’est déjà une première étape.
Il faut aussi mieux former les citoyens au fonctionnement de la vie politique : ce que peut faire un maire, ce qui dépend de l’État, et comment les deux travaillent ensemble. Ce sera un vrai chantier d’éducation à la vie publique dans les écoles. Par exemple, demander aux élus qui siègent dans les conseils d’administration des écoles d’intervenir dans les classes, pour expliquer ce qu’est le conseil municipal, ou inviter les élèves à visiter la mairie ou assister à un conseil municipal.
Même si la ville n’est pas responsable des collèges, les collégiens et les lycéens sont sans doute le public le plus réceptif à ce type d’initiative.
Quel message souhaitez-vous adresser aux Niçois ?
Le message que je souhaite adresser aux Niçoises et aux Niçois, c’est que je veux, en tant que candidate à la mairie, rendre la ville de Nice à ses habitants. Faire de Nice une ville plus respirable, plus abordable pour le pouvoir d’achat, plus sûre avec davantage de présence policière et de médiation, et plus solidaire, avec une attention portée à tous les quartiers. Et je leur dis aussi de saisir l’occasion d’aller voter, pour donner leur voix à quelqu’un qui s’occupe des habitants, et pas seulement de son propre rayonnement personnel.
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