À la veille du 1er tour des élections municipales, la rédaction de Nice Premium vous propose une série d’entretiens identiques avec les têtes de liste ayant répondu favorablement à notre demande. L’objectif est de vous permettre de mieux comprendre les prises de position des différents candidats à l’élection municipale à Nice.
Trois listes n’ont pas donné suite malgré plusieurs relances : Tous pour Nice (Christian Estrosi), pour des raisons d’agenda ; À la Reconquête de Nice (Cédric Vella), qui n’a pas honoré son rendez-vous ; et Le Meilleur est à venir (Eric Ciotti), qui a ignoré nos demandes.
Les quatre autres listes, à savoir Nice Front Populaire (Mireille Damiano), Nice Démocratie Directe (Céline Forjonnel), Lutte Ouvrière – Le camp des travailleurs (Estelle Jaquet) et Unis pour Nice (Juliette Chesnel-Le Roux), ont répondu à dix questions généralistes et adressé un message aux électeurs niçois.
C’est au tour de Céline Forjonnel de répondre à nos questions :
Si vous êtes élu, quelle serait votre priorité absolue pour Nice durant les 100 premiers jours de votre mandat ?
« Notre ligne de conduite, c’est de remettre en place le référendum local pour les décisions sur des budgets importants, sur des projets structurants de la ville, durant les 100 jours et ceux d’après.
On fera un audit auprès de la population, avec des comités de quartier aussi, pour savoir ce qu’il est vraiment nécessaire de faire, parce que notre liste, en réalité, veut être à l’écoute du citoyen.
Nous mènerons un audit des finances également, pour voir sur quelles parties du budget on pourrait peut‑être faire des économies, et voir, en fonction de cela, ce qu’on pourrait proposer, par exemple pour éventuellement des baisses de taxes foncières, comme le proposent certains candidats. Je ne veux pas m’avancer avant d’avoir vu la situation financière de la ville.
Quelle sera votre stratégie en matière de sécurité dans l’espace public ?
Nous pensons remettre en place une police de proximité, qui soit formée à l’éthique et aussi au secourisme. Certains le sont peut‑être déjà, mais cela permettrait d’obtenir des résultats concrets, surtout dans des quartiers où il y a davantage de délinquance.
Quelles mesures concrètes proposerez-vous pour faire face à la crise du logement à Nice ?
On doit construire à peu près 2 500 logements, ce qui est énorme. Certains candidats proposent de surélever des immeubles. Nous, on propose plutôt des types d’habitat participatif et la restauration du patrimoine communal. Beaucoup d’appartements appartenant à la mairie sont vides aujourd’hui et pourraient être réutilisés.
L’habitat participatif, ce sont des immeubles où les gens vivent en se rendant des services, ou avec des pièces communes, des ateliers communs, des choses comme ça. Beaucoup de gens qui sont propriétaires sur les collines, avec des terrains assez grands, où le coefficient constructible est atteint au maximum, auraient peut‑être la place de mettre ce qu’on appelle des tiny houses (des micromaisons, N.D.L.R.). Ce sont des habitats légers où l’on peut faire des économies d’énergie notamment. Cela dépannerait des personnes qui cherchent vraiment un logement et qui n’arrivent pas à se loger.
Ça pourrait être une situation gagnant‑gagnant pour les propriétaires et les locataires, puisque les propriétaires toucheraient un loyer pour l’occupation d’une partie de leur terrain, et les gens trouveraient des habitats confortables, décents et peut‑être un peu plus à la campagne.
Quelle politique de mobilité mettrez-vous en place pour réduire les embouteillages et améliorer les transports au quotidien ?
Il faut inciter les gens le plus possible à prendre le tramway, peut‑être en mettant des transports gratuits, surtout pour les étudiants et les personnes âgées, pour libérer de la place.
C’est aussi le cas pour les parkings à Nice, qui sont assez encombrés. Il faudrait les rendre gratuits pendant deux heures et les week‑ends, au‑delà des forfaits de stationnement pour les habitants. On pourrait aussi réduire le prix des parkings publics, qui sont assez hors de prix à Nice. Je ne sais pas pourquoi, à Monaco, ils peuvent avoir des prix aussi bas sur les parkings, et chez nous, à Nice, on a des prix aussi élevés. C’est à voir.
Comment soutiendrez-vous le commerce local du centre-ville ?
On avait pensé peut‑être mettre en place des réductions d’impôts pour les commerçants, en fonction du loyer qu’ils paient, s’ils louent un fonds de commerce, par exemple. Cela permettrait éventuellement de faire une économie sur la location d’un local commercial pendant deux ans.
Il faudrait que la personne qui perçoit la rente puisse défalquer le manque à gagner de ses impôts. Si, par exemple, un local devait coûter 1 000 euros, peut‑être qu’on pourrait en réalité faire payer aux commerçants ne que 700 euros, et 300 euros seraient défalqués des impôts pour le bailleur.
Comment garantirez-vous un accès équitable au sport, à la culture et aux équipements publics dans tous les quartiers de la ville ?
L’accès à la culture à Nice est de nouveau réduit puisqu’on a détruit le théâtre de Nice. Il faudrait remettre en place tout un tas de choses. Peut‑être par l’école : il faut qu’il y ait plus d’activités pour faire découvrir toutes les possibilités qu’offre la culture niçoise.
On a aussi prévu d’ouvrir des maisons de la citoyenneté, des maisons de quartier, où l’on prend en compte les besoins des habitants. Et si, effectivement, il se trouve que c’est dans leurs préoccupations principales, on traitera avec des artistes qui seront aussi parties intégrantes de ces maisons.
On pourra également réfléchir à l’ouverture de petits stades — basket, football… — et de théâtres aussi. Mais tout cela dépend toujours de l’audit qu’on aura fait au début, en fonction du budget. Nous ne voulons pas surendetter la ville.
Quelle sera votre vision pour protéger et aménager le littoral niçois face au changement climatique ?
Pour ce qui est du changement climatique, je pense que c’est quand même difficile d’anticiper ce genre d’événements. Je ne suis pas sûre qu’on puisse réellement le faire, mais dans ce cas‑là, on mandatera des experts spécialisés dans le sujet, pour voir ce qu’on peut mettre en place.
Comment financerez-vous votre programme sans augmenter la dette municipale ni les impôts locaux ?
Il faut d’abord voir sur quels postes on peut faire des économies. Aujourd’hui, on sait qu’au niveau de l’argent public, certaines dépenses ne sont pas vraiment contrôlées. Par exemple, sur les chantiers publics, très souvent, des marges importantes sont récupérées par les entreprises.
Nous devons gérer le budget au plus près, de façon saine et transparente : c’est ce qu’on veut. Comme je gère mon porte‑monnaie, je gérerai la ville si je devais le faire. Je sais que les dépenses sont énormes. Quand on fait refaire les toilettes du Nikaïa pour 750 000 euros, est‑ce qu’on n’aurait pas pu faire beaucoup moins cher, par exemple ? Il y a énormément d’argent qui est dépensé, et ce n’est pas forcément utile. Cela permettrait de faire des réductions sur d’autres postes.
Quelle place accorderez-vous à la démocratie locale et à la participation citoyenne dans votre processus de prise de décision ?
C’est la place principale, la ligne phare de notre programme, ce qu’on a envie de mettre en place pour que les citoyens se sentent de nouveau concernés.
On viserait à faire diminuer fortement l’abstention niçoise sur les différents scrutins, dans les six prochaines années. Avec l’outil numérique, aujourd’hui, c’est facile. Quand vous regardez le système suisse, par exemple, dès qu’il y a des décisions qui doivent être prises, on les soumet à la population. On pourrait imaginer une application où toutes les délibérations traitées en conseil municipal seraient votées par la population, avec un oui ou un non. La vraie démocratie, c’est prendre la majorité des votes.
Comment comptez-vous lutter contre l’abstention et renforcer la participation électorale à Nice ?
En réalité, le citoyen a l’impression d’être concerné par ce qui se passe, mais il n’est pas impliqué. Si on lui redonne un pouvoir de décision, il va se sentir plus impliqué et se dire : « oui, ça sert à quelque chose que je vote. » Nous, on imagine qu’on puisse effectivement réduire fortement les taux d’abstention avec un mode de fonctionnement comme ça.
Quel message souhaitez-vous adresser aux Niçois ?
On veut vraiment redonner la ville aux Niçois. Aujourd’hui, je pense qu’il est vraiment important de changer le système de la démocratie locale pour justement obtenir de vrais résultats. Nous sommes une liste sans étiquette, parce que je pense que beaucoup de gens se rendent compte que gauche‑droite, aujourd’hui, ça n’a plus vraiment de sens. On aspire à autre chose. »
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