Il y a des querelles politiques qui lassent. Et puis il y a celles qui épuisent. À Nice, l’affrontement permanent entre Christian Estrosi et Éric Ciotti appartient désormais à cette seconde catégorie. Une rivalité devenue mécanique, presque pavlovienne : chaque prise de parole appelle une riposte, chaque annonce déclenche une contre-attaque. Conférences de presse, sites dédiés, classements brandis comme des preuves irréfutables. Pendant ce temps, les Niçois assistent à ce spectacle avec un mélange de fatigue et d’incompréhension.
Pourtant, les premières semaines de campagne avaient laissé place aux argumentaires. Les projets prenaient le dessus sur les invectives. Puis le débat a glissé vers un règlement de comptes façon OK Corral. Rappelons que les candidats ont signé début décembre une « charte de respect mutuel », s’engageant à ne pas entraver le travail journalistique et à ne pas diffuser sciemment de fausses informations.
Nous passerons sur l’épisode du certificat médical, qui a davantage alimenté la polémique que le débat de fond et contribué à brouiller encore un peu plus la lisibilité de cette campagne.
Hier, l’équipe de Christian Estrosi a lancé un nouveau dispositif : le site Bilan noir d’Éric Ciotti, présenté comme une analyse « documentée » de son passage à la tête du département. Hausse de la fiscalité, dette en progression, recul des politiques sociales, désengagement vis-à-vis de Nice : les critiques sont nombreuses et s’appuient, selon ses auteurs, sur des données publiques.
En face, le camp d’Éric Ciotti a répliqué sans tarder. Dans un communiqué, il dénonce une ville « mal gérée », un maire « classé 45e sur 49 » dans le dernier palmarès de Challenges et BDO, et une municipalité qui « privilégie la communication au détriment des résultats concrets. » Là encore, chiffres à l’appui : attractivité en recul, finances fragilisées, attentes des familles et des quartiers populaires non satisfaites.
Deux diagnostics. Deux récits. Deux visions. Et au milieu, une ville qui mérite mieux qu’un duel permanent.
Car derrière cette bataille de bilans, les Niçois disparaissent. Les familles qui cherchent un logement accessible. Les entrepreneurs qui attendent des infrastructures fiables. Les quartiers qui réclament des services publics solides. Les acteurs du tourisme qui s’inquiètent de l’attractivité du territoire. À force de se répondre, les deux protagonistes semblent oublier que Nice n’est pas un ring.
Il est temps de sortir de cette dramaturgie politique qui tourne en boucle. Elle nourrit surtout le premier parti de France : l’abstention. Les Niçois n’attendent ni des sites à charge, ni des classements brandis comme des sentences. Ils attendent un débat clair, argumenté, transparent. Un débat où chacun expose sa vision, ses priorités, ses engagements — et où les habitants peuvent comparer et décider.
C’est pourquoi nous lancerons dans les prochains jours une série d’entretiens avec l’ensemble des candidats qui souhaitent s’exprimer dans nos colonnes. Les mêmes questions pour tous sans filtre ni mise en scène. Pour que les Niçoises et les Niçois puissent enfin entendre autre chose que le bruit de la querelle. Pour juger sur pièces. Et pour que le débat démocratique retrouve sa place.
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