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28 mai 2024

Hervé de Carmoy et « L’Euramérique »: Why not?

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hdc-2.jpg L’homme se dit volontiers « paysan bourguignon ». Cette modestie l’honore. Mais à égréner la liste de ses anciennes fonctions, Directeur de la Chase Manhattan Europe, Directeur général de la Midland Bank plc, Président de Thomas Cook, Administrateur délégué de la Société Générale de Belgique.., on le situe plutôt dans la catégorie des grands propriétaires terriens. La hauteur aristocratique de vue n’exclue toutefois pas le bon sens campagnard. C’est peut-être cette étrange synthèse qui caractérise le dernier ouvrage de cet ancien Professeur de stratégie internationale des entreprises à l’IEP de Paris. Hervé de Carmoy en appelle à une révolution intellectuelle, quasi civilisationnelle, rendue possible par « un éveil pressant des consciences individuelles » débarrassées des a priori autant que des fausses évidences: « l’Allemagne c’est nous », affirme l’auteur dès son introduction car il n’y a « plus de vraies frontières sur terre ». Peu importe que des divergences apparaissent dans les sommets franco-allemands entre Angela Merkel et Nicolas Sarkozy, l’heure n’est déjà plus à la mondialisation mais, pour le meilleur comme pour le pire, à celle de la « mondialité », un avènement du « monde en tant qu’acteur principal de la totalité des affaires terrestres ». L’on croit inévitable et proche une envolée conceptuelle déshumanisée et froide sur le libéralisme mais l’on se trompe: la terre glaise colle aux bottes de ce « Gentleman farmer ». L’inaliénable et l’essentiel, ce qui, si l’on ose dire, fait tourner la boutique planétaire, c’est l’homme. Ou plutôt les hommes: des « milliards de pratiques, accomplies par la quasi totalité des vivants ». Une idée que ce vice-Président de la Commission Trilatérale inculquait déjà à ses élèves de Sciences Po et qu’il avait expérimentée, avec certains succès semble-t-il, dans la finance internationale. N’affirmait-il pas en effet dans son ouvrage « L’entreprise, l’individu, l’Etat, Conduire le changement » (Odile Jacob 1999) qu’au coeur de la démarche de l’entrepreneur réside le fait d’ordonner « des milliers de micro-changements qui prennent place jour après jour, semaine après semaine, dans une communauté humaine spécifique »?

A cette « mondialité » difficilement cernable en terme de masse humaine mais ô combien réelle dans ses effets ressentis par cette dernière au quotidien, l’auteur propose d’associer la notion de « l’Empirie », dénomination nouvelle de ce moteur aux accélérations et aux arrêts incontrôlables. Seules deux entités peuvent, selon lui, parvenir encore à canaliser la violence inhérente, en d’autres temps fondatrice de mutations positives, de cet acteur « monde », sorte de Léviathan des temps capitalistiques modernes: les Etats-Unis et l’Europe. A condition qu’ils cessent leur vaine rivalité et apprennent à retrouver leur « socle de valeur et leurs intérêts communs ». Et d’inverser, ce qu’en d’autres lieux, on nomme la chaîne de commandement: redescendre des organisations internationales aux Etats, puis aux individus, en acceptant de réinvestir ces derniers d’un pouvoir de changer la donne. Seuls, observe Hervé de Carmoy, Américains et Européens possèdent en commun une histoire, une éducation et une culture qui non seulement les rassemblent mais qui les rendent également aptes à induire cette mutation fondamentale à l’échelle humaine. Les pays du BRIC (Brésil, Russie, Inde et Chine), englués dans les paradoxes de leur développement économique chaotique, se révèlent pour le moment incapables de prendre une part active, et par surcroît inoffensive pour l’être humain, à cette révolution des esprits.

L’auteur a bien conscience de « l’angélisme » de certaines de ses propositions. Croire de nos jours en l’intelligence de l’homme en ferait sourire plus d’un. Mais le ton de ses engagements laisse à penser qu’il se s’agit pas d’une réflexion factice. Certes, on sent encore poindre ici ou là une nostalgie – et quelques contradictions subséquentes dans le texte – sur le rôle éminent tenu par l’Etat: au point que l’auteur semble parfois hésiter sur les missions de la dernière chance qu’il convient de confier à ce dernier. Mais les faits, doublés des chiffres, tendent à le conforter dans l’universalité de son raisonnement. Hervé de Carmoy, on ne s’en plaindra guère en ces temps de constantes compromissions et de tiédeur idéologique, est un partisan parfois acharné, sinon féroce, de la démocratie occidentale. Les dérapages dictatoriaux de la Russie, l’enrichissement stérile du monde arabo-musulman, le rôle du Japon ramené à un « trait d’union » entre deux continents, une Amérique latine minée par des « pustules de brigandages », une Afrique qui « compte moins, hors énergie, que le rocher de Hong-Kong lorsqu’on en vient au PNB » et une « Chine au milieu du gué » ne sauraient donc trouver grâce à ses yeux. Sans parler du terrorisme islamiste dont la seule victoire est d’avoir « organisé le monde autour de lui », obérant de presque un « point la croissance mondiale » mais voué à terme à l’échec certain.

Qu’il irrite – ce qu’il ne manquera pas de faire tout en ravissant son auteur – ou qu’il suscite l’enthousiasme par son audace, cet opuscule vient en fait à point nommé: après la désolante expérience de l’actuelle administration aux USA, et pour cette raison même, les Etats-Unis devraient connaître de profondes évolutions alors que l’Europe, emmenée par une Chancelière allemande et un Président français plus en phase avec Washington, ouvrent de nouvelles perspectives de coopération outre-atlantique. Autant dire que les conditions d’une « Euramérique » évoquée par Hervé de Carmoy n’ont jamais été aussi réunies. Livre prémonitoire ou « wishful thinking »? Réponse après l’élection américaine.


Hervé de Carmoy, « L’Euramérique », Collection « Quadrige, essais débats », Editions PUF, 2007, 180 p., 14 euros.

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